Les détournements impertinents de Mehdi-Georges Lahlou

C’est à une véritable promenade à travers les identités religieuses et culturelles qu’invite l’artiste franco-marocain Mehdi-Georges Lahlou, jusqu’au 5 novembre, au Centre culturel bruxellois Le Botanique. Une balade réjouissante entre faux-semblants et réappropriation poétique des a priori déguisés en tabous.

Jannah, Mehdi-Georges Lahlou.

Dans la culture musulmane, le mot Jannah renvoie au jardin autant qu’à l’idée de paradis. C’est aussi un prénom et le titre de l’œuvre qui accueille le visiteur de l’exposition consacrée à Mehdi-Georges Lahlou au Botanique. Le buste totémique avec son imposante coiffe en corde et en végétal rappelle l’Afrique fabriquée par l’imagerie coloniale. Mais il y a un twist, la sculpture est façonnée à partir de pois chiches, aliment typique des populations d’Afrique du Nord. Un fantasme en rencontre un autre. L’artiste cultive et se nourrit de ces dérapages de sens. Avec une évidente gourmandise, il s’empare des signes et repères culturels et religieux pour les hybrider et changer notre regard.
Né d’une mère espagnole catholique et d’un père marocain musulman, il a grandi avec une double identité qui est aussi celle de nos sociétés contemporaines en Europe. Procédant comme les surréalistes, l’écriture automatique en moins, il juxtapose des éléments a priori éloignés ou opposés, pour voir ce qui se passe. Le Notre Père brodé en calligraphie arabe sur un tapis de prière musulman, la figure de la madone noircie qu’on distingue à peine derrière les ouvertures d’un moucharabieh. Il travaille de la même manière avec les matériaux, le buste en pois chiches ou encore le très beau et fascinant Hourglasses, un sablier empli de semoule destiné à mesurer le temps qui sépare les prières. Le recours à la semoule va bien au-delà de ses ironiques vertus décoratives car, en raison de ses propriétés physiques, le volume de la céréale, et donc sa vitesse d’écoulement, changent avec l’humidité ambiante, rendant chaque passage différent et le temps aléatoire. Séducteur, Mehdi-Georges Lahlou a conçu une exposition qui est le royaume des faux-semblants.
Il représente le réel pour mieux le détourner. Ce qui ressemble à des vestiges de terre cuite patiemment assemblés sur un panneau sont sculptés dans la semoule. La musique chantée que l’on entend en fond sonore pourrait passer pour un air d’un disciple de Monteverdi, alors qu’il s’agit en fait de sourates chantées phonétiquement sur un mode baroque.

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, fondatrice et rédactrice en chef du site d’actualité artistique belge Mu-inthecity.com, nous vous proposons de poursuivre la lecture de cet article d’un clic.

Contact
Crédits photos