Détour footballistique avec Guillaume Bresson

Red Star Bresson

Il y a quelques semaines, le Red Star Football Club, installé à Saint-Ouen, inaugurait le fruit d’une commande artistique passée auprès de Guillaume Bresson dans le cadre du programme des Nouveaux Commanditaires (1). L’œuvre est actuellement présentée à La Villette, aux côtés d’une quarantaine de pièces réunies jusqu’au 10 juillet pour l’exposition La Grande Galerie du Foot.

Guillaume Bresson
Sans titre, Guillaume Bresson, 2016.

Dimanche 8 mai. Sous un soleil radieux et dans l’ambiance festive de la Danone Nations Cup – compétition internationale de football réservée aux jeunes de 10 à 12 ans –, qui fait ce jour-là étape au Stade Bauer de Saint-Ouen, au Nord de Paris, une petite foule d’invités et de curieux patiente de part et d’autre de l’escalier central d’une des tribunes. Un tapis rouge mène au pied d’une haute paroi couverte d’une large pièce de tissu noir vers laquelle convergent les regards intrigués. « Il y a des centaines d’enfants. C’est très beau, on n’a jamais vu une inauguration pareille !, s’enthousiasme Jérôme Poggi, médiateur pour l’action Nouveaux Commanditaires de la Fondation de France. C’est une commande qui s’inscrit dans l’histoire de l’art : il s’agit d’une peinture que l’on dévoile au public un peu comme on le faisait à la Renaissance, en montrant l’œuvre à la foule par la fenêtre. »
Une commande qui s’inscrit également dans l’histoire d’un club de sport atypique. « Travailler le corps autant qu’éveiller l’esprit », telle était la devise du fondateur du Red Star, Jules Rimet, assumée depuis près de 120 ans par les responsables successifs du deuxième plus ancien club de football français – créé en 1897, vingt-cinq ans après celui du Havre –, qui ont toujours cherché à assurer un encadrement non seulement sportif, mais aussi culturel, citoyen et artistique. Pendant les vacances, des ateliers d’écriture, de théâtre, de musique ou encore de cinéma sont organisés parallèlement aux entraînements de foot. Il y a quelques années, l’équipe dirigeante (2) engage une réflexion autour de l’acquisition d’une œuvre, que les jeunes licenciés pourraient appréhender au quotidien. Dans leur entourage, un supporter et amateur d’art leur fait part du programme Nouveaux Commanditaires. Une lettre est alors rédigée à l’attention de Jérôme Poggi, laquelle détaille la longue tradition humaniste du club. « Le meilleur moyen de sensibiliser à l’art, c’est d’être en contact avec l’œuvre », se souvient avoir lu l’intéressé, qui engage alors une réflexion pour préciser la demande et aboutir à la rencontre avec un artiste. « Je voulais vraiment aller vers quelque chose qui soit de l’ordre du chef-d’œuvre. D’autant qu’à l’entrée du club, il y a une grande vitrine dans laquelle sont exposés toutes les coupes, ainsi que divers objets d’art et autres souvenirs : c’est leur musée ; elle contient la quintessence du Red Star, son histoire, sa mémoire. Il fallait imaginer une œuvre qui puisse concentrer dans sa forme l’ensemble des valeurs de ce stade. Or, seule la peinture est capable d’une telle synthèse. » Très tôt, le travail de Guillaume Bresson, porté par une technique picturale « assez classique », lui semble pouvoir apporter une réponse pertinente aux souhaits des commanditaires. Ses toiles respirent la vie, l’humain… leur violence, souvent. Hyperréalistes, elles adressent inlassablement les notions de mise en scène et de récit. « Il y est question de l’affrontement des corps, du physique, de la chorégraphie, de la jeunesse, de la vigueur », précise encore Jérôme Poggi.

Du défi à l’émotion

Contact est pris. L’artiste est emballé. Outre les souvenirs d’enfance, ravivés par le contexte footballistique, c’est le défi de la thématique même qui le séduit. « J’ai toujours été intéressé par les sujets difficiles, or le foot en peinture n’est pas vraiment considéré comme légitime dans l’art ! » Durant près de deux années, il s’imprègne des lieux et de ses « habitants » qu’il photographie au fil de multiples rencontres, s’appliquant à enregistrer les relations entre le terrain et les tribunes, entre les supporters et les médias, discutant avec les joueurs, mais aussi les vigiles et les bénévoles. C’est en agençant plusieurs images les unes avec les autres, après les avoir toutes transférées sur ordinateur, que les contours de l’œuvre prennent corps – « C’est la volonté de faire la synthèse de plein de photos, le processus de travail, qui ont engendré la forme. » – : il s’agit d’un polyptyque constitué de huit panneaux en bois de différents formats, peints à l’huile et représentant chacun un élément de la vie du club. Un écran de télévision, une vue panoramique du stade, des joueurs en pleine action, des supporters que l’on devine derrière des fumigènes, des journalistes au bord du terrain, un vestiaire, des couloirs, la friterie. « Les formes s’imbriquent, définies par des collages photographiques, relève Jérôme Poggi, dessinant comme une sorte de totem, voire un robot. » Guillaume Bresson évoque aussi la notion de retable, tout en précisant la place particulière occupée par le numérique : « Il est très présent dans cette œuvre. Jusqu’à peu, je l’utilisais beaucoup, mais en le masquant. De plus en plus, je laisse apparentes les traces du travail numérique, au moins d’un point de vue conceptuel. » « Les noirs sont également très importants, poursuit-il. Je les ai fait circuler, ils viennent contredire le format. » L’œuvre n’a pas de titre ; Guillaume Bresson n’en donne jamais, considérant que les histoires que sa peinture raconte ne sauraient se résumer un quelques mots.
Douze heures sonnent, en ce dimanche 8 mai au stade Bauer. Par haut-parleurs interposés, le speaker invite les jeunes joueurs et leur public à rejoindre les abords du tapis rouge. Patrice Haddad, président du Red Star FC, dit quelques mots, tandis que le drap noir glisse enfin pour révéler le « chef-d’œuvre » du club. Un attroupement se forme, de nombreux enfants ont le nez collé à la paroi transparente qui protège la toile. Guillaume Bresson répond à leurs questions, touché par leur curiosité, amusé par leur étonnement d’apprendre qu’il s’agit de peinture et non de photographie. Dans quelques heures, le jeune artiste de 33 ans doit s’envoler direction New York pour une résidence de six mois dans le cadre du programme Residency Unlimited. En attendant, il est tout à l’émotion des échanges du jour et aux souvenirs liés à ce travail particulier, dont il confie, dans un sourire, qu’il est celui qui lui a « le plus plu » de réaliser.

(1) Le protocole établi par les Nouveaux Commanditaires permet, avec l’appui de la Fondation de France, à toute personne issue de la société civile, seule ou associée à d’autres, de faire appel à un médiateur pour l’accompagner dans la prise de responsabilité d’une commande d’œuvre d’art. Depuis 1991, plus de 460 œuvres ont été réalisées, en France et à l’étranger, par des artistes contemporains de tous horizons.
(2) Les commanditaires sont Patrice Haddad (président du Red Star FC), Pauline Gamerre (directrice du Red Star FC), François- Xavier Valentin (responsable de la communication du Red Star FC), Vincent Doukantie (entraîneur équipe Première) et Sébastien Robert (responsable formation).

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