Les dessins imprévisibles d’Iglika Christova

Faire sortir les artistes de leurs ateliers et les scientifiques de leurs laboratoires pour les amener à échanger et concevoir des projets transdisciplinaires et accessibles à tout public, telle est l’ambition du Festival La Science de l’Art, dont la 7e édition bat actuellement son plein à travers l’Essonne et jusqu’à Paris. La manifestation, dont le thème est cette année « La culture du risque », a également pour particularité d’investir des lieux les plus divers : musées, centres culturels et médiathèques, mais aussi universités, hôpitaux, espaces associatifs ou encore châteaux. Parmi les vingt-quatre projets conduits en 2017, Un coup de gènes jamais n’abolira le hasard est né d’une collaboration entre l’artiste Iglika Christova et la scientifique Paula Fontanilla. Il est à découvrir, jusqu’au 10 décembre, à L’Orangerie-Espace Tourlière à Verrières-le-Buisson.

L’une est franco-bulgare, plasticienne et chercheure-doctorante à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – son sujet de recherche a pour titre « Dessin élargi et microscopie : une pollinisation réciproque » –, l’autre est colombienne, biologiste et également doctorante à l’Université Paris Saclay, au sein du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) basé à Fontenay aux Roses. Toutes deux sont passionnées par l’exploration de l’infiniment petit. A travers le projet Un coup de gènes jamais n’abolira le hasard, elles invitent à découvrir le fruit d’un dialogue entremêlant dessin et image scientifique qui, tout en traduisant l’insaisissable, questionne plus particulièrement les dangers potentiels liés à la technique de transgénèse végétale. « Si aujourd’hui le débat autour des risques, encore peu connus, que représentent les OGM pour la santé humaine et l’environnement est d’actualité, la grande diversité d’opinions parmi les scientifiques ne permet pas d’établir un réel consensus », fait remarquer Iglika Christova sur son site Internet. L’artiste choisit ainsi d’articuler ses œuvres autour d’une exploration expérimentale des images de microscopie d’organismes produisant des toxines utilisés classiquement en agriculture, telle que la bactérie Bacillus thuringiensis. L’exposition présente notamment un ensemble de boîtes de pétri en verre que l’artiste a dessinées avant qu’y soient déposées des bactéries. Peu à peu, au fil de leur développement, celles-ci interagissent avec le dessin original, le transformant en organisme vivant car soumis à une incessante, et imprévisible, métamorphose. Les micro organismes, quant à eux, intègrent le champ de la création en mettant au jour un langage graphique inédit. Au-delà du débat sociétal, dans lequel le geste artistique ne prétend d’ailleurs pas ici prendre position, mais simplement être un outil de décryptage pour offrir un autre regard à la science, l’exposition se propose de questionner notre relation à la nature comme à nous-mêmes. Avec force imagination et poésie.

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