De la peinture d’Etel Adnan naît la lumière

Inauguré en 2005 à Berne, le Zentrum Paul Klee abrite la plus importante collection au monde – constituée de 4 000 tableaux, aquarelles et dessins – du peintre d’origine allemande, disparu en Suisse en 1940. Si l’une de ses missions premières est d’exploiter scientifiquement l’œuvre artistique, pédagogique et théorique de Paul Klee, l’institution n’a de cesse de tisser des liens avec des questionnements contemporains et des artistes d’aujourd’hui. C’est dans ce cadre qu’est présentée, jusqu’au 7 octobre, une exposition dédiée à la poète, peintre et philosophe libanaise Etel Adnan, dont le travail a été durablement marqué par sa découverte des œuvres de Paul Klee.

« Je pense que Klee a été le premier peintre de qui je suis tombée amoureuse, raconte Etel Adnan. Il m’obsédait. Par obsédée, j’entends que ses toiles me mettaient dans un état extatique. Elles m’habitaient. » C’est au début des années 1960 que l’artiste découvre les textes et les toiles de Paul Klee. Peu à peu, l’obsession qu’elle évoque se mue en fascination, puis en processus d’apprentissage. « Il représentait un monde à la fois intime et étranger. La diversité de ce monde dissimulait des surprises. Ses couleurs étaient pour moi comme des émaux. Même si je ne disposais pas des connaissances requises en histoire de l’art ou en théorie artistique, je croyais déceler dans certains de ses tableaux – même dans les plus lumineux – une peur effroyable. C’était un homme de l’entre-deux-guerres. Je l’ai appris plus tard, mais je l’ai vu tout de suite. » Née en 1925 à Beyrouth, au Liban, Etel Adnan a grandi dans un environnement multiculturel : sa mère était grecque et chrétienne, son père syrien et musulman et son pays natal à l’époque administré par les Français. Après le lycée, elle fera des études de lettres et de philosophie, successivement à Beyrouth, Paris et aux Etats-Unis, où elle enseignera un temps la philosophie de l’art. Ses origines, sa famille et l’histoire du Proche-Orient sont particulièrement présentes dans son œuvre, comme elle l’explique dans un film réalisé par le duo d’artistes libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, diffusé dans le cadre de l’événement que lui consacre le Zentrum Paul Klee. Depuis la poésie, le dessin et la calligraphie, souvent réunis dans des leporellos, jusqu’à ses tapisseries et tableaux hauts en couleur, l’exposition revient sur toute la diversité d’une pratique où littérature et peinture ne font qu’une, à ceci près que l’art abstrait est pour Etel Adnan une écriture poétique plus indépendante que la langue, marquée par sa culture d’appartenance. « Nietzsche disait qu’“autour du héros tout devient tragédie, autour du demi-dieu tout devient danse”, rappelle encore l’intéressée. Nous pourrions ajouter qu’autour de la peinture tout devient lumière. »

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