De l’esthétique des nouveaux langages hommes-machines

Interroger la relation entre l’homme et les nouvelles technologies dans un monde toujours plus automatisé et connecté, aborder la question du langage et des échanges, telles sont les grandes lignes du thème de l’exposition The Electric Comma, présentée actuellement par la Fondation V-A-C à Venise. Conçue en collaboration étroite avec Kadist, organisme à but non lucratif basé à Paris et San Francisco et dédié à la promotion d’artistes explorant des problématiques inhérentes à nos sociétés contemporaines, la proposition s’appuie sur des œuvres issues de la collection de chacun des deux organisateurs.

The Electric Comma (La virgule électrique) est un titre, emprunté au poème et à l’installation éponymes de la plasticienne américaine Shannon Ebner, qui donne le ton d’une exposition placée sous le signe du langage à l’heure du tout numérique, de l’intelligence artificielle et des dialogues noués entre cerveaux humains et « consciences » algorithmiques. Au cœur des préoccupations de nombre d’artistes invités, l’impact écologique lié au développement exponentiel des nouvelles technologies et à l’intensification de notre interaction quotidienne avec ces vies artificielles ; l’idée d’une frontière de plus en plus floue entre l’homme et la machine pour tout ce qui est prise d’initiative et de décision ; l’omniprésence de l’écran, également, comme filtre du réel et les changements radicaux qui en découlent sur notre perception du monde et notre dynamique sociale. Donnons quelques exemples. Soft Staycation (Gaze Track Edit), une installation vidéo signée Daniel Keller, montre non seulement de quelles manières nous regardons l’écran, mais aussi comment l’écran « observe » tous nos faits et gestes. Dayanita Singh invite, quant à elle, le visiteur à se faire explorateur d’un monde de papier oublié, de labyrinthes d’archives abandonnées, au profit des nouveaux outils de stockage, tout en pointant du doigt le caractère inquiétant de la collecte d’informations perpétrée par ces mêmes outils (File Room, 2011). Alors que Nicolas Consuegra évoque notre ignorance et notre impuissance face à ces derniers, le reflet faussement vrai qu’ils nous transmettent (Instituto de Vision, 2008), Cheyney Thompson s’en empare pour inventer des « normes » esthétiques inédites : Stochastic Process Paintings est une série de toiles réalisées avec des données fournies par un programme informatique conçu par l’artiste à partir d’un algorithme utilisé par les analystes financiers. Dans un court métrage intitulé The Pudic Relationship Between Machine and Plant, Pedro Neves Marques explore pour sa part l’interaction entre vie artificielle et vie organique, en mettant en scène un bras robotisé qui vient toucher un brin de mimosa ; ce dernier se rétracte alors sous l’effet du froid communiqué par le métal. Comme un leitmotiv qui rythmerait le pas du visiteur, le poème d’une dizaine de lignes de Shannon Ebner défile en boucle sur un panneau à leds, invitant inlassablement à l’ouverture et la redécouverte de notre monde. A découvrir jusqu’au 31 mars, l’exposition réunit les œuvres signées Erick Beltrán, Alighiero Boetti, Mircea Cantor, Nicolás Consuegra, Anthony Discenza, Shannon Ebner, Valentin Fetisov, Piero Golia, Wade Guyton, Jacqueline Humphries, Daniel Keller, Daria Martin, Pedro Neves Marques, Jonathan Monk, Trevor Paglen, Bridget Riley, Andrey Shental, Fabien Giraud & Raphaël Siboni, Dayanita Singh, Cheyney Thompson et Urban Fauna Lab.

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