(D)dessin en pleine(s) forme(s) !

DDessin célèbre cette année son cinquième anniversaire. Attachée à l’atmosphère à la fois conviviale et intime qui caractérise l’Atelier Richelieu, la manifestation parisienne y réunit, du 23 au 26 mars, une vingtaine de galeries françaises, mais également venues d’Angleterre, de Belgique, des Etats-Unis, du Japon et de Tunisie. Comme chaque année, un prix sera décerné à l’un des artistes exposés. Plusieurs projets spécifiques, des projections et des conférences ponctueront par ailleurs ces trois journées dédiées au dessin contemporain.

Ashley Oubre
Beautiful nude albino, Ashley Oubré, 2015.

« Avec DDessin, nous avons opté pour un positionnement décalé par rapport à d’autres foires, nous confiait en 2014 Eve de Medeiros, fondatrice et directrice de DDessin. D’une part, en affichant une sélection composée essentiellement de galeries récentes œuvrant pour la reconnaissance de jeunes artistes et, d’autre part, en choisissant un format intime présentant une vingtaine d’établissements seulement. Nous misons sur la génération montante. » Un pari tenu et qui porte ses fruits puisque, trois ans plus tard, DDessin continue de privilégier la rencontre et le dialogue, comme le soutien à la jeune scène artistique. Se définissant la fois comme un tremplin et une passerelle, la manifestation propose au public de s’immerger dans l’univers du dessin contemporain et d’en appréhender la très grande variété. Si crayon, aquarelle, pastel, stylo, feutre, fusain ou encore encre de Chine font partie des techniques récurrentes, le visiteur s’apercevra également que la vidéo et le numérique, mais aussi le fil, le végétal, le feu et même le café sont susceptibles de servir le médium exploré ici par quelque 90 artistes.

Harold Guerin
Abrasives – explosion, Harold Guérin, 2016.

Alors qu’un espace est dédié au travail de l’Américaine Ashley Oubré, lauréate du Prix DDessin 2016, trois solos shows sont respectivement consacrés aux artistes français Harold Guérin, Cyrielle Gulacsy et Brigitte Lurton. Le premier, dont la démarche de plasticien s’intéresse de manière générale à l’architecture et au paysage, présente un ensemble de dessins réalisés sur des feuilles de papier de verre (Abrasives) qui laisse entrevoir des nuages de poussière inspirés de photographies de destruction d’immeubles. La deuxième, issue du monde du graphisme et de l’illustration, voue une affection particulière aux objets et aux histoires intimes et collectives dont ils sont porteurs – « Mon travail est tout en détails, surréaliste, onirique et s’inspire de la science-fiction  », explique-t-elle sur son site Internet – ; Cyrielle Gulacsy dévoile ici une série spécifiquement imaginée pour le salon sur le thème de l’espace, en déclinant, tels des totems, diverses silhouettes de modules lunaires et autres capsules utilisées lors des missions Apollo. La troisième, Brigitte Lurton, explique que le conte et la mythologie « au sens large du terme » sont « la matrice » de son travail. « Qui dit conte dit texte, poursuit-elle, c’est la parole qui orne et sert de fond et de lien aux personnages posant comme pour une photo de groupe, le regard tourné vers l’observateur à travers celui de l’objectif. » Dessinant à l’encre sur de longs rouleaux de papier calque, l’artiste évoque de façon singulière la diversité intrinsèque de l’humanité.

Brigitte Lurton
Humains (fragment), Brigitte Lurton, 2016.

Tandis que le Corner Illustrateurs réunit cette année cinq artistes de générations différentes – Philippe Caillaud, Margot Denvers, Clémence Monnet, Popy-Loly de Monteysson et Anne Touquet –, le Coup de Cœur 2017 met à l’honneur l’œuvre du Nordiste François Andes, à découvrir à travers Les préparatifs, cinq dessins de format identique (75 x 224 cm) qui dialoguent entre eux tels autant d’épisodes d’un cadavre exquis.

Les préparatifs (fragment), François Andes, 2014.
Les préparatifs (fragment), François Andes, 2014.

« Entrer dans l’univers de François Andes revient à s’aventurer dans une plongée dans le temps, analyse l’historienne de l’art Isabelle de Maison Rouge. (…) Le monde qu’il nous offre à sillonner du regard n’appartient pas tout à fait au nôtre, tout au moins ce ne sont pas les mêmes règles qui le régissent. Le surnaturel y a droit de cité. Au cœur d’une forêt fantastique se croisent des êtres hybrides mi-humains, mi-animaux, dans un ailleurs intemporel. On y rencontre des personnages sortis de contes de fées, de mythes ancestraux, de fables, de légendes, d’épopées et de “fantasy”… (…) On sent dans les dessins de François Andes des croisements de cultures au sein de récits issus de la tradition orale, religieux ou païens, truffés de références non citées, marqués par l’absence totale de frontière entre le rêve, l’imaginaire, l’hallucination et le monde de la réalité. »

Corinne Borgnet
Bourgeoisie, Corinne Borgnet, 2016.

Parmi les projets inédits portés par cette édition 2017 de DDessin, citons la mise en exergue des liens existants entre le dessin de plasticiens et celui de BD, dans le cadre d’une collaboration initiée avec, entre autres, la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême ; le salon accueille également la Trans Galerie, structure itinérante née de la rencontre entre l’artiste Corine Borgnet et l’auteur et théoricien de la BD Renaud Chavanne, qui présente les travaux de Corine Borgnet, Jessy Deshais, Aurélie Dubois et Myriam Mechita, quatre plasticiennes questionnant leur féminité, la place qui est la leur et ses transformations. Un programme de projections – vidéos, reportages, films d’artistes et d’animation – offrira encore une autre entrée dans l’univers du dessin, tandis qu’une table ronde intitulée « Le dessin à l’ère numérique » fera le point sur les liens parfois étroits noués entre cette pratique ancestrale et les nouvelles technologies. Animée par Marie-Laure Desjardins, docteur en Sciences de l’art et fondatrice d’ArtsHebdoMédias, elle réunira, ce vendredi 24 mars à 18 h, les artistes Joanie Lemercier et Emo de Medeiros ainsi que la codirectrice de la galerie Charlot, Valentina Peri. « Le dessin à l’ère numérique est protéiforme, rappelle Marie-Laure Desjardins. Il est un point, devient une ligne, un réseau, puis s’extirpe de la planéité de la feuille. Il prend forme, se déforme, tourne sur lui-même… Des circonvolutions géométriques naissent des mots qui s’envolent et ne reviennent jamais à leur point de départ. Ainsi font font font les doses d’aléatoire injectées dans les algorithmes ! (…) Désormais, il n’est pas rare de rencontrer des artistes qui dessinent sur leur tablette ou sur leur Smartphone. De plus, l’apparition et la multiplication des applications autorisent l’hybridation des supports. (…) Parler du numérique dans l’univers du dessin, c’est également aborder l’utilisation des nouveaux médias et notamment des réseaux sociaux. (…) La rapidité de diffusion est telle qu’un dessin peut être vu des millions de fois sans même que son auteur soit connu. (…) La question de l’apparition d’une nouvelle esthétique du trait sera posée. »

Début des festivités ce jeudi 23 mars à 18 h pour le vernissage (sur invitation), puis dès 11 h vendredi 24 mars. La programmation complète du salon peut être consultée au lien suivant.

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