Danse avec les Smartphones à l’Asia Now

Au 9 de l’avenue Hoche se tient jusqu’à dimanche soir la deuxième édition d’Asia Now, véritable bol d’air dans la dense semaine parisienne consacrée à l’art contemporain. L’environnement cossu de cette artère partant de la place de l’Etoile ne saurait masquer le dynamisme du monde de l’art asiatique. Trente-quatre galeries, associations et centres d’art ont fait le voyage pour promouvoir des œuvres issues de territoires aussi variés que le Bangladesh, le Cambodge, la Chine, la Corée du Sud, Hong Kong, le Japon, Singapour ou le Vietnam.

Seulgi Lee
Pièces signées Seulgi Lee.

Ce qui frappe immédiatement, c’est l’accueil. Peu importe que vous soyez ou non un acheteur potentiel, l’enthousiasme de l’échange est une priorité. Les conversations se tiennent le plus souvent en français (l’effort est louable et les interlocuteurs touchants dans leur volonté affichée de parler notre langue) même si quelques mots d’anglais sont parfois nécessaires. Aux cimaises, la qualité est de rigueur. Citons en guise de raccourci les couvertures traditionnelles coréennes réinterprétée par Seulgi Lee à partir de proverbes – « Dès que le corbeau s’envole, la poire tombe », par exemple –, à la Park Ryu Sook Gallery, les aériennes suspensions de charbon de Seong Ghi Bahk et le boulier très symbolique de Gemini Kim, présentés par le 313 Art Project, l’étonnante vidéo d’Ishu Han – l’artiste, transformé tour à tour en statues célèbres, y prend la pause du bouddha allongé – et les huiles sur toile de Toshiyuki Konishi, à la galerie Urano, qui expose également quelques très délicates pièces de Takahiro Iwasaki, qui représentera le Japon à la Biennale de Venise en 2017. Difficile de s’arrêter là !

Angela Su
Broderie signée Angela Su.

A la Blindspot Gallery, une sensationnelle broderie de cheveux sur soie signée Angela Su est à découvrir absolument, à quelques mètres d’un emblématique caisson lumineux de Leung Chi Wo. Non loin, le Leo Xu Projects présente notamment les photographies de Pixy Liao, jeune artiste chinoise installée à Brooklyn qui interroge les relations femmes/hommes à travers sa culture et son quotidien. A ne manquer sous aucun prétexte : un échange avec Margaux Bonopera autour des artistes accueillis par Sa Sa Bassac. Le centre d’art cambodgien s’attache à promouvoir des œuvres explorant des questions propres à l’Asie du Sud-Est. Politique, économie, religion, les trois thèmes se croisent, se juxtaposent pour donner à comprendre ce vaste territoire aux énergies parfois contraires. A noter le travail de Maline Yim : fabriquées avec des matériaux pauvres comme l’argile, le bois et les boîtes de conserve, de petites pièces attirent l’attention sur la gestion polémique des stocks de riz cambodgiens qui partent en nombre à l’exportation, obligeant le pays producteur à acheter ailleurs et plus cher les quantités dont il a besoin, comme l’explique Margaux Bonopera.

Li Zhenhua
Snowman, Li Zhenhua.

Finissons ce petit tour de piste des galeries avec une vidéo découverte au Thousand Plateaus Art Space. Un attendrissant Snowman émerge d’une suite de plans étranges tournés, imagine-t-on, dans une cuisine : morceaux de poisson cru, ustensiles, bouillon… En fait de neige, le bonhomme de Li Zhenhua est en saindoux ! Installé dans un espace de circulation, Hongrui Chu se tient près de son installation qui présente Exit, une vidéo le montrant assiégé par des livres. L’artiste chinois marque ainsi une conviction : nombre d’écrits occidentaux sur l’art sont beaucoup trop lourds à porter !

Li Hongbo
Pièce signée Li Hongbo.

Au rez-de-chaussée, la marque Etam fête ses 100 ans en proposant Women’s Independance, une exposition collective dont le commissariat a été confié à la galeriste Magda Danysz. On y retrouve avec plaisir le travail délicat de Stella Sujin et celui surprenant de Li Hongbo. Dans le même bâtiment, un escalier mène à l’étage occupé par le magazine LEAP, qui présente pour l’occasion le deuxième numéro de son édition française. Remarquable source d’information sur l’art contemporain d’Asie. Si vous avez la chance d’être encore sur place en fin de journée, n’hésitez pas à attendre l’heure de la performance dirigée par Teow Yue Han. Performing the Smart Nation interroge le rôle des Smartphones à Singapour. La cité-état, dont l’ambition affichée est de devenir une « Smart Nation », promeut l’idée d’une communauté hyperconnectée capable de fournir les données nécessaires à une gestion collective et performante des bâtiments, des transports, de l’énergie, des déchets… sans se préoccuper des effets collatéraux d’une telle quête : surveillance des individus, détournement des informations individuelles, par exemple. Face à la puissance d’une action collective et programmée, l’artiste met en avant l’expression singulière de chaque individu. Trois danseurs français (Camille Ouin, Vicky Muller et William Zedin) évoluent dans un espace restreint. Leur téléphone tactile et connecté à la main, ils se filment et nous filment pendant que l’artiste, tel un DJ des images, monte en direct une vidéo projetée sur un écran, comme un miroir tendu. Teow Yue Han signe ainsi une des excellentes surprises d’Asia Now.

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