Dans l’abîme de Dirk Braeckman

Ses énigmatiques images grand format sont comme des autoportraits invisibles où il n’apparaît pas. Le photographe belge Dirk Braeckman est à l’honneur d’une double exposition proposée conjointement par Bozar, à Bruxelles, et le M-Museum, à Louvain.

Photographie signée Dirk Braeckman.

Le noir des photos de Dirk Braeckman est si profond qu’on s’y perd volontiers. Obscurcis d’un voile de soie charbonneuse, les sujets s’estompent derrière la matière. En 2016, l’artiste gantois fut choisi par la Communauté flamande pour représenter la Belgique à la Biennale de Venise. L’exposition proposée à Bozar reprend certaines des images grand format montrées aux Giardini auxquelles s’ajoutent de nouvelles œuvres. Dirk Braeckman fait de la photographie comme un peintre. Chaque tirage réalisé manuellement dans un grand bac est unique et porte d’ailleurs comme titre la date de son passage en chambre noire et non le jour de la prise de vue. Le photographe préfère rester évasif quant à ses sujets qu’il photographie lui-même, comme il peut les emprunter à Internet ou à d’autres supports. Il a aussi coutume de dire que c’est toujours le spectateur qui raconte une histoire, pas l’image.

Pour cela, il faut prendre le temps de contempler, de laisser tâtonner le regard. La séduction et l’envoûtement que suscitent ces images tiennent bien évidemment à l’univers très reconnaissable que l’artiste façonne depuis des années avec ses codes et ses sujets. Apparaissent des salles vides avec de lourdes tentures, parfois des portes en bois sombre vernissé où se reflète l’éclat d’un flash. Un carrelage dont les motifs semblent tout à coup échapper à la perspective. Les lieux sont toujours anonymes, intemporels, sans inscription ni présence humaine. Vides pour être mieux remplis par le spectateur. Parmi les photos présentées à Venise, il y a cette série de marines avec des vaguelettes qui se dissolvent sur la plage et leur crête d’écume scintillante. Les trois images, réalisées à partir d’un même négatif, semblent prises à des moments différents. Illusion. La présence humaine et féminine hante aussi l’œuvre de Dirk Braeckman. Sur une image qui se décroche d’un mur, une femme dans une robe couture ; ou est-ce fin de siècle ? Plus loin, ce sont des jambes qui se dressent dans l’obscurité comme une flamme vacillante, ailleurs une femme allongée sur un lit que l’artiste iconoclaste surexpose jusqu’à la brûlure pour faire de sa chevelure noire une flamme qui se consume sur un corps diaphane. (…)

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, fondatrice et rédactrice en chef du site d’actualité artistique belge Mu-inthecity.com, nous vous proposons de poursuivre la lecture de cet article d’un clic.

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