Coup de spleen sur la Villa Empain

Pour sa nouvelle exposition, présentée jusqu’au 19 août à la Villa Empain, à Bruxelles, la Fondation Boghossian réunit 70 œuvres d’une quarantaine d’artistes belges et internationaux sur le thème de la mélancolie. A l’heure des changements irréversibles du climat de la planète et des bouleversements engendrés par la révolution numérique, toutes ont en commun d’explorer des questions telles que la nostalgie d’une époque révolue, la représentation de la solitude, de l’absence ou encore du temps qui passe.

De gauche à droite, Wastepaper Bag (2003) d’El Anatsui et Liepaja (2004) de Geert Goiris.

C’est un parcours riche et éclectique que propose l’exposition Melancholia, avec quelques pièces qui prennent une belle ampleur dans le cadre Art Déco de la Villa Empain. Dès l’entrée, une grande installation, Senza Titolo de Claudio Parmiggiani, faite d’un groupe de têtes antiques tombées sur le sol en un effondrement qui semble dire la chute d’une civilisation. Dans la première petite salle, l’idée d’une grotte, celle où l’on peut se cacher pour ruminer ses pensées, The unreachable part of us, un grand dessin couvrant tous les murs signé Abdelkader Benchamma. Vers la baie vitrée, qui donne sur la lumineuse piscine, deux œuvres magistrales de Pascal Convert sur le thème de la disparition : Bibliothèque, 500 livres de verre réalisés en moulant puis brûlant par le verre en fusion des livres anciens. Le verre, légèrement marqué par la cendre du papier, reste translucide. L’histoire que contenait le livre a complètement disparu. Ainsi que Falaise de Bâmiyân, des photographies en noir et blanc montrant les vastes creux dans la falaise afghane laissés par la destruction des Bouddhas sculptés par les Talibans. Tant sont impressionnantes ces œuvres et de nombreuses autres dans l’exposition, tant on cherche le fil rouge proposé – la mélancolie – entre celles-ci.
La cabane construite dans les arbres du jardin par Tatiana Wolska, qu’on avait pu voir chez Irène Laub, nous parle de la nostalgie de l’enfance. Deux toiles de Chirico (1888-1978) et Homme à mi-corps de Giacometti (1901-1966), toutes trois somptueuses, nous parlent de la solitude et du sentiment de perte. Deux autres pièces tout aussi somptueuses, une grande photographie, Liepaja, de Geert Goiris, présentant une ruine partiellement immergée dans l’eau et Wastepaper Bag d’El Anatsui, une immense poubelle faite de fines feuilles de métal imprimés de pages de journaux, nous évoquent la perte, la peur de l’avenir. Des dizaines de galets peints sur le dessous d’une teinte violette, marqués tous d’une même ligne, sont posés par Lionel Estève sur le parquet d’une des chambres du premier étage. La Beauté des Cicatrices évoque le fil de l’eau, les crues, le temps qui passe. Même chose avec l’installation sonore One Million Years (Past and Future) d’On Kawara (1933-2014). (…)

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, fondatrice et rédactrice en chef du site d’actualité artistique belge Mu-inthecity.com, nous vous proposons de poursuivre la lecture de cet article d’un clic.

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Melancholia, jusqu’au 19 août à la Fondation Boghossian – Villa Empain, à Bruxelles.

Crédits photos

Image d’ouverture : The unreachable part of us, 2018 © Abdelkader Benchamma, photo Lola Pertsowsky courtesy Fondation Boghossian – Wastepaper Bag et Liepaja © El Anatsui, Geert Goiris, photo Lola Pertsowsky courtesy Fondation Boghossian