Changer de paysage avec la Biennale d’Issy

Inaugurée la semaine dernière à Issy-les-Moulineaux (92), dans ce lieu atypique qu’est le Musée français de la carte à jouer, la douzième édition de la Biennale d’Issy a pour thème « Paysages, pas si sages ». Une soixantaine de peintres, sculpteurs, photographes et vidéastes y livrent, avec lucidité, inquiétude ou ironie, leur vision singulière du monde environnant.

« Les guerres du XXe siècle, les connaissances de notre cosmos, la croissance de la population mondiale, les différents problèmes climatiques, agronomiques, nucléaires, etc. ont modifié notre conception artistique des paysages, ils deviennent notre questionnement sur l’avenir », constate Chantal Mennesson. Comme pour chaque édition de la manifestation, orchestrée par ses soins depuis plus de quinze ans, la présidente et commissaire de la Biennale d’Issy s’est inspirée d’une citation pour définir sa thématique. Cette année, c’est le philosophe Maurice Merleau-Ponty qu’elle a choisi de convoquer par ces mots : « L’artiste fabrique un spectacle qui se suffit. » Parmi les 63 artistes invités, près de la moitié ont été sélectionnés (1) sur dossier dans le cadre d’un appel à candidatures destiné à mettre en exergue des travaux de jeunes plasticiens aux côtés de ceux de créateurs reconnus sur la scène nationale et internationale, tels Barthélémy Toguo, Jean-Michel Alberola, Anselm Kiefer, Jean-Pierre Attal, Nils-Udo, France Bizot, Robert Combas ou encore Vincent Bioulès, pour ne citer qu’eux. Du côté des noms à (re)découvrir, l’on retiendra notamment celui d’Ariane de Briey (Dans la ville, il y a l’arbre), qui entremêle dans une installation toute en délicatesse et poésie, cartographie, dendrologie, sculpture, dessin, texte et jeux d’ombres ! Dans un message visuel sans détour, Isabelle Terrisse compose les alvéoles d’un nid de frelons à l’aide des douilles usagées de 22 long rifle (Galettes de nids de frelons asiatiques), laissant chacun interpréter à sa guise cette configuration inédite de l’habitat d’un insecte réputé tueur d’abeilles… Connu pour l’humour avec lequel il interroge, avec la complicité du monde animal, les travers et les contradictions de la nature humaine, Ghyslain Bertholon présente, entres autres, trois de ses Land(e)scapes ; des personnages miniatures y jouent, sur les reliefs et dans les cavités de crânes d’animaux, des scènes où l’absurde côtoie la violence ordinaire tout en interrogeant la condition féminine. Caroline Secq nous invite, quant à elle, à embarquer sur son radeau insolite (Le 8e (in-)continent), séduisant trompe-l’œil chamarré de bleus tout entier constitué d’objets en plastique « vomis » par la mer. Plus léger, et non moins réussi, le détournement opéré par Christophe Dalecki immerge le visiteur dans un paysage champêtre imaginaire bercé d’une lumière verte, révélant les atouts esthétiques insoupçonnés de la tirette à cornichons ! De la précision du trait de Delphine Moniez, dévoilant une intrigante anatomie mi-humaine, mi-végétale, au perturbant lavis signé Justin Weiler évoquant des stores de commerce métalliques libanais criblés de balles, en passant par l’envoûtante vidéo réalisée par France Bizot à partir d’un travail photographique sur l’île Seguin (92) mené treize années durant, l’ensemble des œuvres réunies témoignent d’une diversité de champs de réflexion et d’exploration des plus réjouissantes. A découvrir jusqu’au 12 novembre.

(1) Le jury est composé du peintre Pat Andrea, de la directrice de la Culture d’Issy Cynthia Beaufils, du cinéaste et peintre Joël Brisse, du galeriste Eric Dereumaux, de la vice-présidente et cocommissaire de la biennale Sophie Deschamps-Causse, du scénographe Didier Genty et de la présidente et cocommissaire de la biennale Chantal Mennesson.
(2) En anglais, « landscape » signifie paysage et « escape » échapper.

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