Catherine Seher ou la force d’un rêve inachevé

Installée à Noirmoutier-en-l’Ile, en Vendée, la galerie Florence B. propose, à travers l’exposition A fleur de pierre, une mise en regard des sculptures de Jean-Yves Gosti et des toiles de Catherine Seher. Rencontre avec une artiste singulière qui aborde la peinture comme un lieu de promenade et d’échanges.

Catherine Seher.

Comme dans un rêve entêtant, les tableaux de Catherine Seher sont habités de jeunes femmes ou d’enfants évoluant dans des paysages indéfinis. Un animal s’y invite parfois. Une palette insolite est mise au service de l’incertitude qui flotte sur ces scènes oniriques et énigmatiques. Rêves ou souvenirs ? L’ambiance apaisée qui semble régner reste mélancolique, vaguement inquiétante. Comme s’il restait une trace de l’énergie qui meut l’artiste quand elle crée. « Je suis caractérielle et en colère quand je peins. Je travaille plus la matière que le contenu ; de la première surgit d’ailleurs le second. Après cinq ou six couches, il faut que les choses sortent de ce magma. » Néanmoins, une composition bien charpentée achève de mettre de l’ordre dans ce chaos qui n’en est pas un. Catherine Seher structure sa toile par vagues, par taches, par aplats, par champs chromatiques qui créent une impression de profondeur.

« La composition est une des premières choses que j’ai apprises aux Beaux-Arts de Paris », précise l’artiste. Celle-ci en est sortie diplômée à la fin des années 1970 avec une mention très bien en dessin. « Nous avions des cours de nu, de modèle vivant en mouvement. Notre professeur nous disait de tout dessiner. Je jouais le jeu, mais ça ne me disait rien d’être prof. Alors après, je devins rien… » Pas rien, mais pas peintre. Pas encore. La jeune femme va d’abord restaurer des meubles anciens avant de s’autoriser le grand saut, quinze ans plus tard. Le réel valide son choix. « J’ai commencé par des salons comme Mac2000 et ça a marché assez rapidement, sans que j’aie à chercher. » Un conte de fées professionnel en quelque sorte.

Son attachement à son métier de peintre l’éloigne cependant de la facilité. Catherine Seher cherche sans cesse à se renouveler. « Je me promène dans ma peinture, explique-t-elle. Je ne sais jamais où je vais et ce que je vais rencontrer. C’est hyper captivant. Mes attaques sont plus franches quand je dessine. Je rentre tout de suite dans le vif du sujet. Mes dessins sont moins narratifs d’ailleurs. J’emprunte un chemin plus brut, plus abstrait. »

La totale liberté qu’elle s’accorde se ressent aussi sur la palette qu’elle utilise. Les couleurs sourdes cohabitent en contrepoint avec des teintes plus rares, plus curieuses, vert anis ou rose tendre, lignes mélodiques qui fusionnent en harmonie. Les figures s’imposent d’elles-mêmes. « Ces personnages ne sont pas réfléchis, reconnaît-elle. Il faut qu’ils sortent malgré moi. Je me surprends à beaucoup travailler un visage et l’autre visage arrive, en un geste. Mais j’aime beaucoup la peinture abstraite. C’est ce qui m’émeut le plus. » Cy Twombly (1928-2011), Joan Mitchell (1925-1992), Robert Motherwell (1915-1991), mais aussi Marlène Dumas ont ses faveurs, sans cependant l’inspirer. « Je n’ai jamais été fan de personne et je n’ai pas de modèle. » C’est sans doute ce qui rend sa peinture si personnelle, reconnaissable en un coup d’œil, sans risque de se tromper.

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