Buren : un magicien à la Fondation Vuitton

Daniel Buren

A Paris cet été ? Un détour par la Fondation Louis Vuitton s’impose : tant pour y découvrir les jeux de couleurs, les effets d’ombre et de lumière nés de la monumentale installation réalisée in situ par Daniel Buren, que pour déambuler parmi les œuvres chinoises de la collection, présentées au fil d’un accrochage inédit jusqu’à fin août.

Daniel Buren Fondation Vuitton
L’Observatoire de la lumière, Daniel Buren, 2016.

La métamorphose s’est opérée au mois de mai dernier : après plus de quatre semaines d’un méticuleux travail nocturne, le majestueux vaisseau dessiné par Frank Gehry est apparu coiffé d’un habit de couleurs signé Daniel Buren. Une intervention réfléchie de longue date entre les deux hommes, le premier ayant plusieurs mois avant l’inauguration de la Fondation Louis Vuitton, en octobre 2014, invité le second à venir dialoguer avec son œuvre architecturale. L’Observatoire de la lumière est le résultat pour le moins spectaculaire d’un projet qui s’appuie sur l’ensemble des douze voiles emblématiques du bâtiment, composées de plus de 3 500 vitres de verre, chacune à la courbure propre. « Frank Gehry avait lui-même travaillé sur la transparence, les reflets et les effets de miroirs, rappelait Suzanne Pagé, directrice artistique de la fondation, lors de l’inauguration de l’œuvre le 10 mai. Daniel Buren est parti exactement de cela, d’une analyse très précise de l’existant, en insistant seulement sur les données du lieu à partir d’un jeu très minimal. » Treize couleurs* – celles simplement disponibles chez le fabricant de filtres en plastique consulté – ont été mobilisées, s’alternant en quinconce au fil des verrières à raison de trois lés par vitre travaillée (une sur deux). A intervalles réguliers – un panneau de verre sur six en est recouvert –, l’on distingue les célèbres bandes blanches de 8,7 cm de large – récurrentes dans le travail de l’artiste français depuis les années 1960 –, toutes rigoureusement perpendiculaires au sol. « L’ensemble est à la fois très mobile, à cause de la couleur, et stabilisé par cet effet des rayures, précise Suzanne Pagé. Avec à chaque fois un effet de projection créant une nouvelle surprise. »

Daniel Buren explique s’être appuyé sur l’omniprésence d’éléments, au-delà des voiles, reflétant l’architecture et le ciel : les portes, les arrivées d’ascenseur, les rambardes de sécurité, etc. « Même le sol, par temps de pluie, devient parfois un énorme miroir ! », glisse-t-il en souriant. « Il y a dès le départ un jeu d’ombres, assez neutres, qui sont accentuées par l’effet de la couleur. C’est l’architecture elle-même qui joue et se transforme. » Créant une immersion ludique à vivre au gré d’une balade sur les différentes terrasses de l’institution et par tous les temps – même s’il faut reconnaître que le soleil offre les images les plus spectaculaires – : « La météo fait partie de l’œuvre dans un travail de ce type, confirme l’intéressé, lequel est ici complètement immergé dans ce que l’on aura comme qualité de ciel. C’est un travail qu’il faudrait revenir voir à intervalles réguliers, à différentes saisons. » L’Observatoire de la lumière est à (re)découvrir plusieurs mois durant, jusqu’en février prochain.

* Bleu trafic, jaune or, rose, rouge foncé, turquoise, vert, orange, orange rouge, vert foncé, rose saumon, rouge clair, bleu azur et bleu vert.

Des cimaises à l’heure chinoise

L’accrochage actuel de la collection de la Fondation Louis Vuitton offre d’appréhender, jusqu’au 29 août, les démarches de onze artistes nés en Chine* et d’un Britannique, Isaac Julien, dont l’installation vidéo Ten Waves est un hommage à la culture chinoise. De L’arbre fabuleux d’Ai Weiwei à la fascinante tête de Bouddha de Zhang Huan, en passant par les toiles grand format aux tons sombres de Yan Pei-Ming ou encore l’inquiétante sculpture de Xu Zhen superposant les figures d’un Bodhisattva célèbre et de la Victoire de Samothrace, sculptures, peintures et vidéos entraînent le visiteur dans un entre-deux où s’entremêlent références occidentales et orientales, propice à la rêverie comme à la réflexion.
* Ai Weiwei, Huang Yong Ping, Zhang Huan, Yan Pei-Ming, Xu Zhen, Yang Fudong, Cao Fei, Zhang Xiaogang, Tao Hui et Zhou Tao.

Crédits photos

Retrouvez Daniel Buren sur le site Gallery Locator.