« Biotopia » ou la quête d’alternative(s)

Présentée jusqu’au 30 juillet à la Kunsthalle de Mayence, en Allemagne, Biotopia est une exposition qui fait peur ! La vie et ses mutations y sont examinées. Un futur proche est sondé. L’horizon est bouché. Une dizaine d’artistes de diverses nationalités, particulièrement attentifs à notre façon de contrôler et de menacer la nature, sont néanmoins en recherche d’alternatives aux impasses annoncées et proposent des pistes.

« Désireux d’emprunter des pistes inédites et de bâtir des modèles pouvant servir de base à de nouveaux concepts de vie, ou tout du moins de participer à changer notre manière de penser, les artistes se frayent un chemin aux quatre coins du monde, s’intéressant aux parts inexplorées de la nature que sont encore quelques pans de jungle et autres abysses », explique l’historienne de l’art et commissaire de l’exposition Sabine Rusterholz Petko, dans sa note d’intention. Réalité virtuelle, animation numérique et impression 3D sont ici convoquées dans des œuvres qui oscillent entre l’évocation de scénarios post-apocalyptiques et celle d’autres possibles en matière d’écologie, entre poésie et dénonciation abrupte de la réalité.
Né en Espagne et installé au Brésil, Daniel Steegmann Mangrané entraîne, par exemple, le visiteur au cœur de la forêt amazonienne par le biais de la réalité virtuelle. C’est aussi de forêt dont il est question dans le travail vidéo du Belge David Claerbout ; une forêt idyllique dont la traversée prend la forme d’un voyage visuel et sonore propice à la relaxation et à la méditation. Changement de décor et d’ambiance avec la projection de Dark Matter – One Million Years Later (2017). L’œuvre signée Monica Studer et Christoph van den Berg fait virtuellement bouillir une soupe primordiale, montrant une origine de la vie aussi multicolore qu’inquiétante. La Lettone Daiga Grantina déploie à travers l’espace d’exposition un ensemble d’objets hybrides et de sculptures dont les formes organiques semblent en constante métamorphose, comme autant de personnages tout droit sortis d’un scénario de science-fiction. L’artiste suisse Julian Charrière, qui vit à Berlin, dévoile un immense réfrigérateur empli de plantes tropicales figées par le froid et dont les origines nous font remonter le temps de manière vertigineuse (plusieurs dizaines de millions d’années) jusqu’au Crétacé. Installée pour sa part à Zürich, l’Américaine Elodie Pong s’intéresse aux espèces de plantes protégées, et reproduites par synthèse chimique par l’industrie de la parfumerie, en proposant de les faire « pousser » grâce à une imprimante 3D. Travaillant autour de la figure du ver de terre, qu’il utilise pour déployer la métaphore d’un monde modelé par les hommes pour les hommes, l’artiste germano-américain Phillip Zach rappelle combien cette forme de vie primitive a souffert, en tant que cobaye de laboratoire, de notre obsession pour la recherche. Le plasticien suisse Dominique Koch choisit quant à lui la méduse, dont il assure qu’il est biologiquement possible de créer une espèce quasiment immortelle, pour nous parler du modèle économique capitaliste. Enfin, le duo de biohackers autoproclamés Baggenstos-Rudolf se livre à des expérimentations in situ à partir de matériaux de récupération électriques pour questionner le futur de notre environnement naturel à l’âge des cyborgs.
« En s’intéressant tout autant à notre avenir écologique que technologique, ces œuvres mettent en relief un même dilemme, relève Sabine Rusterholz Petko, celui de parvenir, d’un côté, à préserver l’équilibre fragile de la coexistence entre les hommes et la nature, et de prendre, de l’autre, des mesures radicales pour enrayer la dynamique apocalyptique. (…) Finalement, cette exposition propose rien moins que d’examiner la façon dont l’humanité s’appréhende elle-même en tant qu’espèce. »

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