Le bel âge d’Art Paris Art Fair

La vingtième édition d’Art Paris Art Fair vient d’être inaugurée dans la nef du Grand-Palais, à Paris. 142 galeries, qui représentent plus de 990 artistes en provenance de vingt-trois pays, sont réunies pour fêter en grandes pompes l’anniversaire de cette foire d’’art moderne et contemporain qui s’est imposée au fil des ans dans le paysages des haltes essentielles pour les collectionneurs de France et d’Europe. L’édition 2018, qui explore l’art européen de l’après-guerre à nos jours, met en exergue la scène française, offre à la Suisse le place d’invité d’honneur, et explore les nouveaux horizons de la création internationale, dessinés au préalable en Amérique latine, en Afrique, en Asie ou au Moyen-Orient.

Hervé Di Rosa dans l’espace de l’AD Galerie.

La scène française sous les projecteurs. En référence à sa vocation d’origine de soutien au marché de l’art français, Art Paris Art Fair a demandé à François Piron, commissaire d’exposition, critique d’art et éditeur, de porter son regard sur la scène française en sélectionnant 20 artistes parmi les projets défendus par les galeries présentes au Grand-Palais. Ce choix met en avant des figures singulières des années 1960 à nos jours qui se sont plutôt tenues en marge et dont le travail mérite aujourd’hui une plus grande visibilité. Seront donc mises en avant les œuvres de Geneviève Asse par la galerie Oniris, de Bernard Aubertin par la galerie Jean Brolly, d’Hervé Di Rosa par l’AD Galerie, de Vera Molnar par la galerie La Ligne et la galerie Berthet-Aittouarès, de Tania Mouraud par la galerie Rabouan Moussion et la galerie Claire Gastaud. Entre autres.

Espace de la collection Tissot.

La Suisse invitée d’honneur. Chaque année, Art Paris Art Fair nous fait voyager. Après l’Afrique, l’an dernier, c’est au tour de la Suisse de nous faire rêver. Confiée à Karine Tissot, historienne de l’art et commissaire d’exposition, cette invitation s’attache à promouvoir la scène artistique helvétique prolifique et diverse à l’image d’un pays à la croisée de différentes traditions et cultures européennes. Un riche programme a été mis en place : la sélection d’une centaine d’artistes représentés aussi bien par des galeries suisses qu’européennes ; la présentation des dernières acquisitions de la Collection d’Art Helvetia qui se concentre sur les jeunes talents suisses et compte aujourd’hui plus de 1 700 œuvres de 400 artistes ; une programmation vidéo au sein de la Project Room qui offre une tribune à 25 artistes femmes et suisses de différentes générations ; des projections numériques sur la façade du Grand-Palais signées Camille Scherrer, Alan Bogana et Yves Netzhammer – trois artistes qui représentent, par leur origine, trois régions culturelles différentes de la Suisse (Camille Scherrer pour la Suisse romande, Alan Bogana la Suisse italienne, Yves Netzhammer la Suisse alémanique) – ; des compositions murales conçues spécifiquement pour la foire par Renate Buser, Christian Gonzenbach, Sébastien Mettraux et Christoph Rütimann.

Signal et Vache qui rit, Oscar Rabine, 2002.

Les projets spéciaux. Parmi les projets spéciaux présentés à Art Paris Art Fair, deux retiennent particulièrement l’attention. Aux cimaises du stand G9, les toiles d’Oscar Rabine. Né à Moscou en 1928, l’artiste vit en France depuis 40 ans. Elève du peintre et poète Evguenyi Kropivnitzki, il est connu pour ses natures mortes et ses paysages si singuliers. Voies ferrées, panneaux de signalisation, hangars, journaux, palissades, lignes électriques… et parfois une bouteille de vodka en gros plan s’agencent dans des mises en scène reconnaissables entre toutes. Le monde d’Oscar Rabine ne ressemble à aucun autre. Le gouvernement soviétique profitera d’un voyage du peintre à Paris, en 1978, pour le déchoir de sa nationalité et le contraindre à l’exil. Rabine attendra la Pérestroïka pour retourner à Moscou. Ses œuvres furent alors exposées au Musée Russe de Saint-Pétersbourg, à la galerie Trétiakov, ainsi qu’au Musée Pouchkine, à Moscou. Aux cimaises du stand B23, de la galerie Ernst Hilger, l’univers d’Erró. Installé à Paris depuis 1958, l’Islandais est connu, quant à lui, pour l’audace de ses accumulations de références tant historiques que picturales et ses télescopages aux couleurs explosives. Son nom est associé au renouveau de la figuration picturale, à travers l’invention de tableaux-collages narratifs à visée critique ou satirique, et au mouvement des happenings ainsi qu’au cinéma expérimental. Souvent rattaché à des groupes artistiques, comme le surréalisme, la Figuration narrative ou le Pop Art, il n’est réductible à aucun d’eux.

Le soutien aux jeunes galeries. Réservé aux enseignes de moins de six ans d’existence, le secteur « Promesses » met en avant 12 galeries prometteuses invitées à présenter un maximum de trois artistes. Le « Prix l’art est vivant, Promesses » viendra récompenser un des jeunes talents représentés par ces jeunes établissements. L’art est vivant est un fonds de dotation créé par Denis Fizelier, qui réunit des amateurs d’art et des collectionneurs de la scène émergente contemporaine. Ses actions : aide à la production et à la diffusion, soutien et organisation d’expositions et d’événements, édition de publications et de livres d’artiste, achats d’œuvres et prêts en France et à l’étranger.
Cette édition d’Art Paris Art Fair, plus que toutes les autres, célèbre la diversité et le dynamisme de la création contemporaine. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir les noms des 36 artistes qui y bénéficient d’un solo show. Ils appartiennent à des générations, des disciplines, des univers différents. Parmi eux Pierre Célice, Blek Le Rat, Monique Frydman, Todd Hido, Kengo Kuma, Simone Pheulpin, Jean-Pierre Raynaud et Yuping Wang. Parfois difficile pour une galerie, ce choix de ne présenter qu’un seul artiste est à saluer. De toutes les surprises qui vous attendent sous la célébrissime verrière du Grand-Palais, c’est celle de cette possible rencontre avec une œuvre qui demeure la plus exaltante. Art Paris Art Fair a 20 ans. Le bel âge.

Contacts

Art Paris Art Fair, du 5 au 8 avril, au Grand-Palais, à Paris. www.artparis.com

Crédits photos

Photo d’ouverture : Peinture signée Erró © Erró courtesy Galerie Claire Gastaud, Galerie Ernst Hilger – © Hervé Di Rosa courtesy AD Galerie – © Oscar Rabine– Les vidéos sont signées Orevo