Balade au clair de lune avec Katie Paterson

Inauguré en 2011 et nommé en hommage à William Turner (1775-1851), qui passa quelques années de son adolescence à Margate, sur la côte sud-est de l’Angleterre, le Turner Contemporary est un musée qui entend célébrer l’héritage du célèbre peintre britannique tout en faisant la part belle à la création contemporaine. Il accueille actuellement une exposition, inédite par son ampleur, dédiée aux travaux de l’Ecossaise Katie Paterson.

« J’ai toujours été très curieuse envers la science, plus particulièrement l’astronomie et la cosmologie, confie Katie Paterson dans une interview vidéo mise en ligne sur le site du Turner Contemporary. Elles permettent d’explorer les confins de l’imagination. Ma pratique s’appuie sur tout un travail de collaboration. Je n’aurais pas pu réaliser la plupart de mes pièces sans l’aide d’experts scientifiques. Leurs idées font partie des œuvres. » Durant la dernière décennie, l’artiste de 38 ans a par exemple travaillé avec la Nasa, afin de recréer l’odeur de Titan, la lune de Saturne (Candle – from Earth into a Black Hole, Bougie – depuis la Terre vers un trou noir, 2015), et l’Agence spatiale européenne, pour renvoyer une météorite dans l’espace (Campo del Cielo, Champ du ciel, 2012-1014). Dès 2007, l’une de ses premières œuvres avait fait date : Vatnajökull (the sound of) offrait à n’importe qui, depuis n’importe où dans le monde, d’écouter la fonte du glacier islandais éponyme grâce à un microphone immergé et via une ligne téléphonique dédiée. L’exposition présentée à Margate réunit un grand nombre de pièces – sculptures, installations et photographies documentant différents projets – qui explorent notre relation avec l’immensité et le merveilleux de l’univers, ainsi que notre désir de percevoir, de connaître ce que l’on ne peut voir. Deux œuvres ont été produites spécifiquement pour l’occasion. L’une d’elles s’intitule Cosmic Spectrum (Spectre cosmique) : conçue en étroite relation avec des pionniers de la recherche sur le spectre cosmique, elle prend la forme d’une roue tournant sur elle-même et arborant les différentes couleurs adoptées par l’univers depuis le Big Bang et jusqu’à sa fin supposée. Sur les murs se déploient une trentaine de ses Ideas (Idées) écrites en argent : « Des œuvres qui peuvent, ou pas, voir le jour, précise Katie Paterson. Ce sont de courtes phrases, ressemblant à des haïkus, censées prendre forme dans l’imagination de celui qui les lit. » A place that exists only in moonlight (Un endroit qui n’existe qu’au clair de lune), qui donne son titre à l’exposition, est l’une d’entre elles. L’artiste a par ailleurs été invitée à entrer en conversation avec l’œuvre de son illustre aîné, William Turner, tout comme elle curieux de la nature et du monde de la science de son époque ; elle a dans ce cadre sélectionné plus de 20 aquarelles qu’elle a mises en regard avec son propre travail. « Ce fut un grand privilège d’explorer les préoccupations liées à la couleur, la lumière, l’espace et le temps que je partage avec Turner, glisse Katie Paterson. Dans cette exposition, des montagnes de sable en train de disparaître, des étoiles qui explosent et des constellations dialoguent avec les rivières éclairées par la Lune, les volcans en éruption et les couchers de soleil d’un autre monde signés Turner. » Une exploration aux ramifications insoupçonnées à découvrir jusqu’au 6 mai.

Contacts

A place that exists only in moonlight, jusqu’au 6 mai au Turner Contemporary, à Margate au Royaume-Uni.
Le site de l’artiste : http://katiepaterson.org.

Crédits photos

Image d’ouverture : Vue de l’exposition A place that exists only in moonlight © Katie Paterson, photo Stephen White courtesy Turner Contemporary – Totality © Katie Paterson, photo Flora Bartlett courtesy Arts Council Collection – Toutes les vues de l’exposition A place that exists only in moonlight sont créditées © Katie Paterson, photo Stephen White courtesy Turner Contemporary