Art(s) contemporain(s) & Jeunesse – Les idées cool de juin

Jason deCaires Taylor

Encore quelques coups de rames avant les grandes vacances ! En attendant, voici quelques pistes de sorties « art contemporain » à explorer le week-end avec enfants et ados – ou les y envoyer seuls ! – un peu partout en France, chez nos voisins européens ou via le Web. Ce mois-ci, notre parcours vous emmène jusqu’à Monaco, en passant par Guise, Grenoble ou encore Saulieu. Bonnes découvertes !

DU NORD AU SUD…

Francis Cape
Bancs d’utopie, Francis Cape.

Le banc en partage au Familistère de Guise. Lieu d’habitat social utopique créé au XIXe siècle par l’industriel Jean-Baptiste André Godin dans le département de l’Aisne, le Familistère de Guise est aujourd’hui un musée classé monument historique. Jusqu’au 18 septembre, il offre d’expérimenter Bancs d’utopie, une installation signée Francis Cape et constituée de 20 bancs en bois au design légèrement différent ; chacun étant une copie d’un type d’assise utilisé par une communauté utopique américaine ou européenne, historique ou encore active. En invitant les visiteurs à s’asseoir sur le siège de leur choix, seuls ou à plusieurs, l’artiste britannique entend les inciter à réfléchir aux notions de partage et de hiérarchie, d’individualisme et de résistance à ce dernier. Tous les dimanches, à 15 h 30, les enfants de plus de 7 ans ont la possibilité de participer à un atelier dans le cadre duquel ils réalisent un banc à l’aide d’éléments standardisés, tout en étant censés répondre à un cahier des charges précis (relatif au lieu d’accueil et à la fonction du siège, notamment). Plus d’infos et réservations au 03 23 61 35 36 et sur www.familistere.com.

Alick Tipoti
Installation signée Alick Tipoti sur le toit du Musée océanographique de Monaco.

Voyage en terres aborigènes à Monaco. Taba Naba est une chanson enfantine, évoquant la pêche, de la communauté indigène du détroit de Torres, qui relie la Papouasie-Nouvelle-Guinée au nord-est de l’Australie. Elle donne son nom à une vaste exposition, organisée jusqu’au 30 septembre par le Musée océanographique de Monaco, consacrée à l’art aborigène et océanien et articulée autour du thème des océans et de l’eau. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur la culture et l’histoire de ces populations lointaines – sont notamment mises en regard des œuvres d’artistes insulaires avec celles d’artistes australiens – comme de rappeler le caractère vital de la préservation de nos ressources en eau. Six installations monumentales, réalisées par quelque 50 artistes aborigènes contemporains du détroit de Torres sont notamment présentées, avec subtilité et humour, comme autant de cris d’alarme contre la pollution des océans. Un ensemble de peintures appartenant à la Collection Sordello Missana – entièrement dédiée à l’art aborigène – est également à découvrir, ainsi que de nombreuses vidéos et photographies documentant ces pratiques artistiques singulières.

…ET D’OUEST EN EST

Miguel Angel Molina
Peinture entomologique, Miguel Angel Molina, 2004.

Les cimaises éclectiques de Royère-de-Vassivière. De la poste à la bibliothèque, en passant par la pharmacie, la boucherie ou encore l’atelier de mécanique, c’est un parcours artistique pour le moins original que concoctent chaque année depuis 12 ans les habitants de Royère-de-Vassivière, petite commune de la Creuse, avec la complicité du Frac-Artothèque du Limousin. Pour son édition 2016, intitulée Celle(s) que j’aime, Art en Lieux prend la forme d’un regard rétrospectif, celui de chacun des hôtes – une douzaine – porté sur les sélections réalisées au fil des ans dans la collection institutionnelle, pour ne retenir que l’œuvre qui l’a plus particulièrement marqué. Des photographies de Patrick Tosani, d’autres signées Gilles Bruni et Marc Babarit, des frottages de terre d’Herman de Vries, des toiles d’Anne Brégeaut, Miguel Angel Molina ou encore de Gérard Tranquandi, pour ne citer qu’elles, sont parmi les œuvres disséminées, jusqu’au 27 août, le long de ces cimaises atypiques. Accédez aux détails du parcours d’un clic !

Cristina Iglesias
Chambre végétale Inhotim (détail), Cristina Iglesias, 2010-2012.

S’immerger dans les œuvres de Cristina Iglesias à Grenoble. Travaillant des matériaux variés, tels l’albâtre, le bronze, le cuivre, le béton, la résine, le grès ou encore le verre, Cristina Iglesias réalise des sculptures et des installations, souvent imposantes et à la forte dimension architecturale, à travers lesquelles le visiteur est invité à déambuler, sens aux aguets, pour en apprécier pleinement les jeux d’espace, d’ombre et de lumière. Pour le Musée de Grenoble, l’artiste espagnole a conçu tout un parcours à partir d’œuvres produites ces quinze dernières années. Chaque mercredi à 14 h 30, jusqu’à fin juin, un atelier gratuit – destiné une semaine sur deux aux enfants de 6 et 7 ans et à ceux de 8 à 11 ans – offre de découvrir plus avant son travail. Pendant les vacances d’été, des visites en famille, d’une durée d’une heure trente et accompagnée d’un carnet de jeux, sont organisées les lundi, mercredi, jeudi et vendredi. Enfin, le musée est libre d’accès chaque premier dimanche du mois. L’exposition de Cristina Iglesias est à voir jusqu’au 29 juillet.

L’INCONTOURNABLE PARIS…

Agnès Rosse
Vue de la girafe d’Agnès Rosse.

Singuliers safaris au Musée de la chasse et la nature. L’institution parisienne accueille une double exposition consacrée à la place du safari dans l’imaginaire artistique : si Safarix (présentée jusqu’au 17 juillet) s’intéresse plus particulièrement à la bande dessinée – Enki Bilal, François Boucq, Jacques de Loustal, Yves Got, René Pétillon et Chris Ware sont parmi les créateurs représentés –, Safaris réunit, jusqu’au 4 septembre, des dizaines d’installations, photographies, sculptures, peintures et dessins d’une quinzaine d’artistes disparus ou contemporains. Parmi eux, le Russe Dimitri Tsykalov entreprend par exemple de revisiter la notion de trophée en déployant au sol une peau de lion réalisée à partir de caisses de munitions. L’artiste français Ghyslain Bertholon choisit, quant à lui, d’accrocher au mur l’arrière-train, et non la gueule, du royal félidé. Non loin, le long cou d’une girafe grandeur nature traverse le plafond ; Agnès Rosse a installé entre ses pattes un escabeau menant à son ventre creux : munis d’une lampe de poche, petits et grands sont invités à y déchiffrer d’étonnantes peintures « rupestres ». L’idée de safari renvoie par ailleurs inévitablement à celle des armes. La photographe allemande Sinje Dillenkofer s’intéresse plus particulièrement à leurs étuis et coffrets vides, mettant en exergue la notion de trace. Plusieurs visites et projections singulières sont programmées autour de cette double exposition en ce mois de juin. Plus d’infos sur www.chassenature.org.

Micha Laury
Jellyfish, Micha Laury.

Féérique plongée à l’Aquarium de Paris. Elles sont exactement 29, multicolores, d’un diamètre compris entre 50 et 70 cm et d’une longueur de près de 2,60 m. Suspendues à plus de dix mètres de hauteur, ces méduses conçues par Micha Laury pour son installation Jellyfish sont le fruit d’une recherche et d’un travail entrepris au début des années 2000. Pour l’artiste d’origine israélienne – installé à Paris depuis les années 1970 –, « cette forme-antiforme au mouvement imprécis » est à la fois un symbole de la genèse de la vie sur Terre et des beautés de la création. L’une d’elle, la méduse turritopsis nutricula, est à ce jour la seule espèce vivante répertoriée qui se régénère en permanence ; elle est surnommée la méduse immortelle et inspire à Micha Laury toute une réflexion autour du clonage et de la quête de vie éternelle. Jellyfish est à découvrir à l’Aquarium de Paris jusqu’au 30 juin.

…ET SES ENVIRONS

Kapwani Kiwanga
Kinjeketile Suite, Kapwani Kiwanga, 2015-2016.

Dans le laboratoire de Kapwani Kiwanga. Née en 1978 au Canada, Kapwani Kiwanga a d’abord suivi des études d’anthropologie et de religions comparées à l’Université McGill de Montréal, avant de venir poursuivre des études en arts visuels en France – aux Beaux-Arts de Paris, puis au Fresnoy, à Tourcoing –, où elle est aujourd’hui installée. Un parcours singulier qui la conduit à élaborer ses projets artistiques comme autant de programmes de recherches expérimentaux. Chez elle, fiction flirte avec documentaire, science avec magie, politique avec poétique. A la Ferme du Buisson de Noisiel (77), elle présente un ensemble d’installations, vidéos et pièces sonores et performatives qui privilégient deux axes de recherche : l’un relatif aux pouvoirs magiques prêtés aux plantes, selon des légendes ancestrales et du fait de leur utilisation par les sorcières, notamment ; l’autre concernant le concept d’Ujamaa, qui fut à l’origine du socialisme panafricain. La manifestation est libre d’accès, comme l’ensemble des expositions d’arts visuels présentées au centre d’art. Une visite guidée est proposée chaque samedi à 16 h, tandis qu’une « expo-goûter » est organisée chaque premier dimanche du mois, à la même heure, afin d’appréhender le travail de l’artiste d’un point de vue ludique.

Olafur Eliasson
Waterfall, Olafur Eliasson, 2016.

Olafur Eliasson enchante Versailles. « Le Versailles dont j’ai rêvé est un lieu qui responsabilise chacun. Il invite les visiteurs à prendre le contrôle de leur expérience au lieu de simplement consommer et être éblouis par la grandeur. Il leur demande d’ouvrir leurs sens, de saisir l’inattendu, de flâner à travers les jardins et de sentir le paysage prendre forme à travers leur mouvement. » Olafur Eliasson est l’invité 2016 du château de Versailles. Il déploie pour l’occasion une série d’installations pensées en dialogue direct avec leur environnement : jeux de miroirs et de lumière sont à l’honneur à l’intérieur comme à l’extérieur, où intervient également l’élément eau. Avec Waterfall, l’artiste danois va même jusqu’à donner vie à l’une des idées – jamais réalisée – du paysagiste André Le Nôtre, en installant une cascade d’une hauteur vertigineuse dans l’axe du Grand Canal. « Cette cascade qui ravive l’ingéniosité de l’ingénierie du passé est aussi construite que l’était la cour. J’ai laissé ses éléments de construction à la vue de tous ; apparemment étrangers, ils étendent la portée de l’imagination humaine. » Une bien belle balade à faire jusqu’au 30 octobre.

A L’AIR LIBRE

Sophie Verger
Les éléphants équilibristes, Sophie Verger.

Une ménagerie à ciel ouvert à Saulieu. Qu’ils soient ours ou éléphants, les animaux de Sophie Verger n’aiment rien tant que jouer les équilibristes. Pas moins de sept de ses sculptures grand format, en bronze et en grès, sont à découvrir au fil des rues de Saulieu, en Côte-d’Or, dans le cadre d’une exposition organisée en partenariat avec le Musée François Pompon – du nom de l’artiste animalier né dans la ville en 1855. Colonne d’ours, Colonne des lionceaux, Girafe aux bijoux, Les éléphants équilibristes, Colin-Maillard, Les trois Eve et Girafe enceinte sont autant d’invitations à la rêverie et l’imaginaire dont il est possible de profiter jusqu’à fin octobre.

Jason deCaires Taylor envoie la cavalerie à Londres. A marée haute, on les aperçoit à peine. Ce n’est que lorsque le niveau de la Tamise descend, deux fois par jour, que les quatre cavaliers en ciment de Jason deCaires Taylor se dressent, fantomatiques, en contrebas du pont Vauxhall, à Londres, non loin du Parlement et à deux pas du quartier des affaires. Intitulée The Rising Tide (notre photo d’ouverture), la sculpture, comme l’ensemble du travail de l’artiste – notamment connu pour ses installations figuratives subaquatiques destinées à devenir des récifs artificiels –, entend rappeler le promeneur comme le politique à leurs responsabilités en termes de protection de l’environnement. Les têtes des animaux prennent la forme de la partie supérieure d’un chevalet de pompage – utilisé pour les puits de pétrole –, également appelée « tête de cheval ». « J’aime l’idée que la pièce soit en ligne de mire d’un lieu où siègent nombre d’hommes politiques censés avoir le pouvoir d’aider à changer les choses et qui continuent, pour beaucoup, de nier toute implication dans les changements climatiques », déclarait Jason deCaires Taylor en septembre 2015 à l’occasion de l’inauguration de son œuvre.

CHEZ NOS VOISINS

Lara Almarcegui
Le plâtre, Lara Almarcegui, 2016.

Un Casino pour tous les âges au Luxembourg. Ateliers du samedi et pendant les vacances scolaires pour les plus jeunes, animations adultes-enfants autour d’une tablette numérique, visites guidées parents-bébés (de 0 à 24 mois), fêtes d’anniversaire… Depuis sa réouverture, en mars dernier, le Casino Luxembourg a fait du jeune public et des familles l’une de ses priorités. Le centre d’art accueille notamment, jusqu’en septembre, l’Espagnole Lara Almarcegui, qui exprime ainsi sa quête permanente : « Comprendre et faire partager au public, par un travail in situ, les caractéristiques particulières, parfois invisibles, qui déterminent un lieu et révèlent ainsi les processus de transformation urbaine. » Un immense panneau affiche par exemple la liste chiffrée des Matériaux de construction qui constituent l’édifice, soit un total de 6 360 tonnes de pierre, mortier, ardoise, zinc, verre, ciment, acier, bois, béton, bitume, etc. Sur le parquet de la grande salle, ce sont vingt tonnes de plâtre blanc (Le plâtre) qui ont été déposées en un pâté monumental ; elles sont le résultat des white cubes mis en poudre qui, pendant vingt ans, ont accueilli dans leurs écrins provisoires les expositions du centre d’art.

Eva Clouard
Jeux interdits, Eva Clouard.

Parcours d’art inédit à Bruxelles. P(ART)cours / Par(KUNST) est une toute nouvelle biennale d’art contemporain qui a la particularité de se dérouler en plein air, dans les parcs et le long de la voie verte reliant les trois communes de Woluwe-Saint-Pierre, Woluwe-Saint-Lambert et Auderghem, situées dans la banlieue Est de Bruxelles. « Le lien complexe des civilisations à la nature ainsi que les préoccupations environnementales dans la création actuelle servent de fil conducteur à la biennale, précise son commissaire Guy Malevez. (…) En mettant en lien culture et univers paysagers, la manifestation fait l’éloge de la fragilité, du transitoire, de l’éphémère et des équilibres précaires à préserver dans la relation de l’homme à son environnement. » Une trentaine d’artistes belges et internationaux participent à l’événement ; parmi eux, citons Nathalie Auzepy, Charley Case, Eva Clouard, François Marcadon, Julie Savoye ou encore Pascale Marthine Tayou. Une sortie à programmer jusqu’au 17 juillet.

SUR LA TOILE OU À TÉLÉCHARGER

Pour les architectes en herbe. « Lorsque les enfants viennent en visite à la Fondation Vuitton, j’aimerais élever leur imagination pour qu’ils grandissent avec une perception différente de l’architecture. » Ces mots de Frank Gehry, créateur du bâtiment installé près du Jardin d’Acclimatation, à Paris, ont inspiré une application ludique invitant les enfants à une exploration inédite de l’édifice. La tablette numérique se transforme tour à tour en carnet de croquis, appareil photo, « carte » de chasse au trésor et autres plateaux de jeu virtuel. En téléchargement libre – sur l’AppStore uniquement –, Archi Moi est une appli plus particulièrement destinée aux enfants de 8 à 12 ans.

Exploratorium
Leçon de Light painting par l’Exploratorium.

Tous lightpainters ! L’Exploratorium est un musée situé à San Francisco qui propose d’appréhender le monde selon le triple prisme de la science, de l’art et de la perception humaine. Ses équipes ont mis en ligne, sur un site dédié, tout un ensemble de propositions destinées à poursuivre l’expérience hors ses murs. Parmi elles, une leçon de light painting : « Quasiment tout ce qui projette de la lumière peut être utilisé comme source lumineuse, est-il notamment expliqué. Cette activité n’a donc pas besoin de haute technologie : un vieil appareil photo, et même la Lune, peuvent faire l’affaire ! » Pour plus de détails, rendez-vous sur le site ou téléchargez le document conçu pour l’occasion.

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