Art(s) contemporain(s) & Jeunesse – Les idées cool de septembre

En cette veille de week-end culturel et festif que sont les Journées européennes du Patrimoine – placées cette année sous le signe de la citoyenneté –, voici quelques idées supplémentaires de sorties résolument orientées « art contemporain ». A destination des enfants et des ados, ou à partager en famille, elles vous mèneront de Lille à Marseille, en passant par les petits villages de La Gacilly, dans le Morbihan, et d’Arc-et-Senans, dans le Doubs, sans oublier de faire un tour chez nos voisins allemands et belges !

DU NORD AU SUD…

Dessin signé Zep.
Dessin signé Zep.

L’histoire de l’art revue et corrigée par Zep. « Quand j’étais à l’école et qu’on faisait des visites de musée, je ne comprenais pas pourquoi il y a avait des périodes où, sur les tableaux, on ne voyait que des Jésus, d’autres où les gens étaient tout nus, puis tour à tour habillés, très musclés, tout frêles, ressemblant à des anges, etc. Or, toutes ces périodes ont un sens quand on les raconte : c’est une succession de modes, de tendances, qui ont fait que les peintres de ces époques ont été confrontés à plein de “galères” assez marrantes à raconter. C’est cette histoire un peu catastrophe de l’art qui m’intéresse. »* L’auteur de bande dessinée Zep est l’invité du Palais des beaux-arts de Lille, jusqu’au 31 octobre, dans le cadre de l’édition 2016 de son programme Open Museum. Initié il y a trois ans, celui-ci prend la forme d’une carte blanche délivrée à des artistes de diverses disciplines pour venir dialoguer avec les collections anciennes et modernes de l’institution. Après les interventions du groupe de musique français Air, en 2014, et du collectif allemand interDuck, en 2015, le créateur de Titeuf a entrepris de revisiter l’histoire de l’art à travers une cinquantaine de dessins et plusieurs projections, évidemment pleins d’humour, souvent impertinents et non dénués de philosophie. A noter que l’entrée à l’exposition est gratuite pour les moins de 18 ans.

Plongée dans l’univers onirique de Françoise Pétrovitch. Qu’elles suscitent attirance ou inquiétude, convoquent le merveilleux ou l’étrange, les œuvres de Françoise Pétrovitch (photo d’ouverture) frappent l’imaginaire. Le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et le château de Tarascon accueillent simultanément deux manifestations consacrées au travail de l’artiste française. Plus d’une centaine de peintures, dessins, vidéos, céramiques et sculptures dialoguent entre elles, « révélant des affinités et des obsessions où l’étrange, le merveilleux et l’animal cohabitent dans des paysages hybrides habités de présences humaines délicates et angoissantes, ambivalentes et silencieuses », pour reprendre les mots de Pascal Neveux, directeur du Frac et commissaire de l’exposition S’absenter. Au château de Tarascon, qui abrite le Centre d’art René d’Anjou, l’artiste investit les anciens appartements des princes d’Anjou-Provence avec une proposition intitulée Verdures. Nouant des liens complices avec la mémoire des lieux, ses pièces convoquent chez le visiteur souvenirs d’enfance et réminiscences d’adolescence. Figure humaine, animaux et végétaux s’y entremêlent en de mystérieuses et fascinantes métamorphoses. A découvrir jusqu’au 30 octobre.

…ET D’OUEST EN EST

Léopard fontaine, Patrick Villas, 2015.
Léopard fontaine, Patrick Villas, 2015.

Au royaume des félins avec Patrick Villas. S’inscrivant dans la lignée des sculpteurs animaliers, le Belge Patrick Villas présente Big Cats, jusqu’au 2 octobre, au Centre d’art contemporain de la Matmut, à Saint-Pierre-de-Varengeville (Seine-Maritime). « Le mouvement, la musculature, la beauté des félins me fascinent, explique l’artiste dans le catalogue de l’exposition. Cette mise à l’honneur du “chat”, je la conçois comme une urgence, car certains grands félins, sur cette planète, sont en péril. (…) Je ne proteste pas contre la chasse, dès lors qu’elle sert de régulateur écologique, mais la cote d’alerte est plus que dépassée, et si j’ai sculpté plus de léopards et de panthères que de lions, c’est précisément parce qu’ils sont en voie de disparition. » Une œuvre engagée, donc, qui se traduit par des pièces de bronze dans lesquelles Patrick Vilas aime à laisser apparentes les traces du modelage, fruit d’un long et patient travail d’observation – menés le plus souvent dans les zoos –, puis en atelier. « Représenter une panthère est un acte simple, mais en dresser le portrait, en saisir l’attitude, l’expression, parfois la mimique, est autrement complexe, précise l’artiste. Cela prend des années, avec d’innombrables études comparatives anatomiques. Pour une sculpture, je multiplie les modèles. Dans chaque série, il y aura des pièces vives, je ferai ainsi six fois la même panthère, jusqu’à être absolument sûr de mon travail. Viendront ensuite les variations de poses, mais aussi de matériaux. J’aime profondément la matière. »

Quand la BD inspire le jardin. Dragon, troll, baleines volantes, géant bleu et autres champignons roses peuplent actuellement le parc de la Saline royale d’Arc-et-Senans, dans le Doubs. Ces rencontres mystérieuses sont à faire dans le cadre de la 16e édition du Festival des jardins qui puise cette année son inspiration dans le monde de la bande dessinée. Les univers d’une quinzaine de créateurs sont ainsi convoqués, parmi lesquels ceux de Régis Loisel, Enki Bilal, François Schuiten et Benoît Peeters, François Place, Luiz Eduardo de Oliveira dit Leo, Fred Bernard ou encore Claude Ponti. Jeux d’images, d’échelles, de couleurs et de senteurs rythment un parcours végétal aux allures de vagabondage ludique et fantastique. En relation avec le festival, un atelier de dessin et d’écriture destiné aux jeunes (de plus de huit ans) est proposé le samedi 24 septembre (de 14 h à 17 h). Deux expositions offrent par ailleurs de plonger plus avant dans l’univers de deux des dessinateurs cités plus haut : Les routes de l’imaginaire présente des images issues d’un atlas singulier signé François Place, tandis que Promenade dans les images invite à s’immerger dans le mode fabuleux de Claude Ponti. Attention, la première se termine ce dimanche 18 septembre ; la seconde est à voir jusqu’au 13 novembre, soit bien après la clôture du Festival des jardins, prévue le 23 octobre prochain.

L’INCONTOURNABLE PARIS…

S’initier à la photographie à la MEP. La Maison Européenne de la Photographie invite régulièrement son jeune public à découvrir la pratique de la photographie dans le cadre d’ateliers organisés en relation avec l’une de ses expositions temporaires. Une visite guidée permettant au préalable d’appréhender la démarche et l’œuvre d’un des artistes exposés. Les prochains rendez-vous seront orchestrés autour du travail de Gotscho, connu pour utiliser des éléments du quotidien, tels des vêtements ou des objets d’arts décoratifs, qu’il scénarise dans des photographies, des sculptures, des installations et des créations sonores. Une première visite-atelier est proposée aux enfants de 6 à 11 ans le samedi 8 octobre à 14 h 30 ; un second rendez-vous, s’adressant aux jeunes de 12 à 15 ans, est programmée à la même heure le samedi 15 octobre. Renseignements et réservations (tarif : 30 euros) auprès de reservation@mep-fr.org. Plusieurs expositions sont actuellement à voir à la MEP jusqu’au 30 octobre. Parmi elles, l’intéressante proposition élaborée par Hélène Lucien et Marc Pallain suite à la catastrophe de Fukushima de mars 2011. S’interrogeant sur la représentativité de l’invisible, le duo a cherché à révéler les traces de cet accident nucléaire. Il présente ici un ensemble de photographies prises sur place, des montages vidéo, des sculptures et une série de « chronoradiogrammes », créés à partir de films radiographiques déposés sur les zones irradiées pendant des durées variables et à différents niveaux de radiation.

White Tone, Cai Guo-Qiang, 2016.
White Tone, Cai Guo-Qiang, 2016.

Ecouter le monde animal à la Fondation Cartier. Directement inspirée par l’œuvre du musicien et bioacousticien américain Bernie Krause – quelque 5 000 heures d’enregistrements sonores d’habitats naturels sauvages, terrestres et marins ont été collectés par ses soins en quarante ans –, Le grand orchestre des animaux est une exposition pluridisciplinaire qui réunit une vingtaine d’artistes et de collectifs internationaux explorant tour à tour les dimensions visuelle et sonore du monde animal et de sa beauté, tout en posant sans détour la question de sa vulnérabilité. Réalisée in situ spécialement pour l’occasion, l’œuvre de Cai Guo-Qiang en est une singulière illustration : White Tone est un dessin créé à l’aide du matériau de prédilection de l’artiste chinois qu’est la poudre à fusil et selon une technique pyrotechnique qu’il maîtrise à merveille. La fresque, qui mesure près de 10 mètres de long, représente des animaux de différentes espèces réunis autour d’un point d’eau ; une scène courante de la vie animalière évoquant tout autant un sentiment de paix que d’inquiétude, ces moments étant souvent propices aux attaques de prédateurs… Parmi les artistes invités, citons encore le Congolais JP Mika, les Japonais Manabu Miyazaki et Hiroshi Sugimoto, la Française Agnès Varda ou encore la Brésilienne Adriana Varejão. Leurs travaux sont à découvrir jusqu’au 8 janvier 2017.

…ET SES ENVIRONS

Créteil se met à l’heure de Rio ! 9168 est l’intitulé mystérieux de l’exposition qui ouvrira ses portes, le 24 septembre prochain, à la Maison des Arts de Créteil (94). C’est aussi la distance exacte, en kilomètres, qui sépare Paris de la ville brésilienne de Rio de Janeiro ! Arts urbains, arts visuels, danse et musique sont convoqués dans le cadre d’un projet initié par le plasticien français Henry Hang. Une vingtaine de démarche artistiques sont réunies : celles d’Arbus, Barbosa, Feik, Douglas Neves, Pok, Marcelino Santos, Searc Src, Toz et Daisy Vitorio, côté brésilien ; Batsh, 9e Concept, Marc Goldstain, Irvin Heller, Lazoo, Baptiste Marescaux, Madeleine Sins, Adele Taillefert et Christelle Vinot, entre autres, représentent quant à eux la création parisienne. Tous participent à un dialogue interculturel aussi foisonnant qu’inédit et transdisciplinaire. L’événement, programmé jusqu’au 16 décembre, se verra prolongé par un deuxième accrochage présenté dans le cadre du festival hip-hop Kalypso, qui se tiendra du 5 novembre au 18 décembre en divers lieux d’Ile-de-France.

Yona Friedman
Dessin signé Yona Friedman.

L’architecte et les extraterrestres. Tandis que la Cité de l’architecture et du patrimoine consacre à Yona Friedman une vaste exposition rétrospective jusqu’au 7 novembre, à Paris, le Centre national édition art et images de Chatou (78) accueille, jusqu’au 23 octobre, L’humain expliqué aux extraterrestres. L’exposition présente plusieurs séries de dessins, bandes dessinées, structures en volumes et documents illustrant les quinze dernières années de recherche de l’infatigable penseur et architecte français, né en 1923 en Hongrie, pour qui l’architecture a toujours été davantage relative à la sociologie et à la politique, qu’aux sciences physiques et aux mathématiques. Dès les années 1950, il a théorisé la notion d’« architecture mobile », imaginée pour les habitants. Sa « Ville spatiale », démontable et transformable par ses occupants, en est l’illustration la plus connue. Plonger dans l’œuvre de Yona Friedman offre une bouffée d’utopie optimiste – l’homme s’est toujours affirmé confiant en l’humain – et rappelle à qui veut bien s’en souvenir que non seulement chacun est capable de penser par lui-même, mais que le futur, loin d’être écrit, n’attend pour s’improviser que la mise en commun de nos forces d’imagination et d’innovation.

A L’AIR LIBRE

Focus sur les océans à La Gacilly. Tous les étés depuis 2004, la petite ville de La Gacilly, dans le Morbihan, se transforme en galerie à ciel ouvert pour accueillir le festival international de photographie éponyme. Animés par la volonté « de mettre conjointement en lumière un pays de grande vitalité photographique, tout en développant un enjeu cher à nos engagements environnementaux, pour que l’Homme et la Terre puissent continuer à entretenir une relation durable », les organisateurs ont choisi cette année de rendre hommage à la photographie japonaise, historique et contemporaine, et de mettre l’accent sur la thématique des océans. Du plaidoyer de Paul Nicklen pour la sauvegarde des espèces sous-marines polaires au reportage mené par Shiho Fukada dans le cimetière à cargos qu’est devenu Chittagong, la deuxième ville du Bangladesh, en passant par celui de Pierre Gleizes dénonçant les dérives de la surpêche ou par les témoignages recueillis, au fil des douze dernières années, par Olivier Jobard auprès de trois migrants respectivement camerounais, tunisien et syrien, la beauté des images n’a d’égale que la nécessaire inquiétude générée par les questionnements soulevés. Pas moins de treize expositions sont à découvrir, jusqu’au 30 septembre, au fil des ruelles, jardins et parcs de la commune.

Keep an eye out, Marc Limousin, 2016.
Keep an eye out, Marc Limousin, 2016.

Arles, la ville laboratoire. In Situ est un festival placé sous le signe de l’expérimentation, qu’il s’agisse de celle menée par l’artiste ou de celle vécue par le public. Chaque année en début d’été, entre cinq et dix créateurs sont accueillis une dizaine de jours en résidence à Arles et dans ses environs pour s’imprégner du territoire et échanger avec la population, le plus souvent dans le cadre d’ateliers participatifs. Les œuvres créées à cette occasion habitent ensuite l’espace public jusqu’à fin septembre. Depuis le quai de la Roquette, le promeneur peut ainsi se laisser surprendre par d’étranges paires de globes oculaires (Keep an eye out) posés ça et là sur le Rhône. L’installation, signée Marc Limousin, est une invitation poétique à porter un autre regard sur notre environnement. Parmi les intervenants de cette 11e édition d’In Situ, citons encore le collectif 2AC, qui déploie les branches graffées de son Arbre d’or (Golden Tree) – inspiré de celui niché, selon la légende, au cœur de la Forêt de Brocéliande en Bretagne – sous le pont de la voie rapide, et Hélène Barrier, qui ravive la conscience collective en matière d’environnement en accrochant des essaims d’abeilles en mailles textiles sur l’esplanade Charles-De-Gaulle.

CHEZ NOS VOISINS

A l’assaut des montagnes russes. Ses sommets tout en courbes se repèrent de loin. Surplombant une colline de Duisbourg, au nord de Düsseldorf, Tiger and Turtle – Magic Mountain (Tigre et Tortue – Montagne magique) est un grand huit haut d’une vingtaine de mètres conçu en 2011 par le duo d’artistes allemands Heike Mutter et Ulrich Genth. Une « attraction » à parcourir à pied, sans risquer de subir les désagréments sensitifs habituellement inhérents aux montagnes russes ! Il y a bien une boucle verticale, mais qui reste d’une évidente inaccessibilité. La sculpture est présentée comme une métaphore d’une région en proie à de profondes transformations : la Ruhr, ancien fleuron de la révolution industrielle voué à d’indispensables restructurations. Véritable prouesse en termes d’ingénierie, elle est devenue l’un des symboles visuels – la nuit, les 220 mètres du parcours sont illuminés de centaines de leds – d’une région en plein (re)devenir.

Tiger and Turtle – Magic Mountain, Heike Mutter et Ulrich Genth, 2011.
Tiger and Turtle – Magic Mountain, Heike Mutter et Ulrich Genth, 2011.

Un vernissage rien que pour les enfants ! Le Centre d’innovation et de design du Grand-Hornu, à Mons en Belgique, organise chaque mois un vernissage spécialement destiné à son jeune public. Ce samedi 17 septembre, à 17 h (réservation nécessaire au +32 (0) 65 61 38 81 ou via reservations@grand-hornu.be), c’est à la découverte du travail de Lionel Jadot que celui-ci est convié. Jusqu’au 4 décembre, le plasticien et architecte d’intérieur bruxellois présente Mixed Grill, un joyeux capharnaüm réunissant nombre de ses assemblages sculpturaux, le plus souvent basés sur une philosophie du recyclage. Ici une tapisserie ancienne couverte d’emblèmes empruntés à l’univers de la moto, là un fauteuil sculptural créé à partir d’un siège de camion et d’éléments de chaises en bois… Le temps de l’exposition, l’artiste a entrepris d’installer son atelier et son équipe au Grand-Hornu, allant jusqu’à déménager tout le contenu de son entrepôt – soit d’innombrables objets récupérés de brocantes en décharges – dans le Magasin aux Foins du site. De beaux moments de rencontre en perspective.

SUR LA TOILE

Partage d’expériences. Créée à Troyes, il y a deux ans, afin de promouvoir l’accueil du jeune public et des familles dans les musées et autre sites culturels, l’association Mom’Art met à disposition de tous un site Internet et un blog participatif permettant d’échanger idées et expériences de visite. Une liste pertinente des « dix droits du petit visiteur » – celui d’avoir une œuvre préférée, de s’asseoir, de fermer les yeux, etc – mais aussi un bien utile « guide de survie » à destination des familles sont à consulter en ligne.

* Propos extraits d’une interview donnée par Zep à la chaîne Grand Lille TV en mars 2016.

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