Art(s) contemporain(s) & Jeunesse – Les idées cool de février

Certains sont en vacances, d’autres pas ! Quel que soit votre programme, voici plusieurs idées de visites et activités estampillées « art contemporain » à proposer à vos enfants ou à partager en famille. En ce mois de février, direction Lens, Cajarc, Chaumont-sur-Loire, Schiltigheim, Paris – bien sûr ! –, mais aussi Rotterdam et Berne. Bon circuit !

DU NORD AU SUD…

Miroir, mon beau miroir… Le Louvre-Lens accueille, jusqu’au 18 septembre (en accès libre), une exposition dédiée au thème du miroir, et de cet entre-deux, entre réel et illusion, qui caractérise la notion de reflet. Elle réunit une trentaine d’œuvres de l’Antiquité à nos jours qui évoquent le pouvoir de réflexion d’un élément souvent complice de la création artistique, comme sa capacité à produire des images immatérielles. Parmi les artistes contemporains invités, l’Allemande Isa Genzken et le duo français Marlot & Chopard s’intéressent aux effets des miroirs et des reflets sur notre perception dans le cadre de l’architecture et du paysage. Le photographe d’origine allemande Jürgen Nefzger se concentre sur les jeux de lumière engendrés par le ciel et l’eau. Le Suisse Markus Raetz rappelle combien il peut être parfois naïf d’imaginer que le miroir renvoie toujours l’image exacte des objets qu’il reflète. L’artiste nordiste Hervé Jamen nous fait, quant à lui, mesurer les écarts entre deux mêmes sujets pourtant traités de façon identique. « L’exposition Miroirs est une invitation à nous arrêter sur l’interprétation du monde que livrent les reflets, à nous interroger sur le montré et le caché, résument les deux commissaires, Paul Ripoche et Luc Piralla, à plonger finalement dans les vertiges ordinaires d’un monde qui semble toujours nous échapper. » A noter l’organisation, tout au long de l’année par le musée de visites guidées, ateliers et rencontres à destination spécifique du jeune public et des familles. Plus d’informations.

Exposition Monsters
Dalalven, David-Ivar Herman Düne & Marion Hanania, 2010.

Même pas peur ! Pour la septième année consécutive, le Pays de Figeac, dans le Lot, organise Graines de Moutards, un festival offrant quelque 80 rendez-vous culturels au jeune public. Après les super-héros en 2016, les monstres sont à l’honneur de cette nouvelle édition qui se tient jusqu’au dimanche 19 février. Musique, art contemporain, cinéma, théâtre, patrimoine, écriture, lecture et science sont ici convoqués dans le cadre de rencontres, d’expositions, de spectacles, de projections et autres ateliers. Partenaire de la manifestation, la Maison des Arts Georges Pompidou de Cajarc invite à découvrir, jusqu’au 5 mars, les œuvres d’une vingtaine d’artistes – parmi lesquels Gilles Barbier, Virginie Barré, Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Françoise Pétrovitch, Speedy Graphito ou encore Jan Voss – interrogeant cette figure aux multiples visages qu’est le monstre. Qu’il soit drôle ou inquiétant, hideux ou attachant, il intrigue et fascine petits et grands, activant l’imaginaire pour mieux révéler nos petites peurs comme nos plus profondes angoisses. Le thème est aussi l’occasion de s’interroger sur les notions de l’autre, de la différence, du décalage. Le programme complet du festival.

…ET D’OUEST EN EST

Stéphane Erouane Dumas
Wintertime (série), Stéphane Erouane Dumas, 2016.

Balade hivernale en bord de Loire. Placée cette année sous le signe de l’arbre, la saison « automne-hiver » du Domaine de Chaumont-sur-Loire se tient jusqu’au 28 février. Cinq artistes sont pour l’occasion plus particulièrement mis à l’honneur. Les Galeries hautes du château accueillent une série de toiles (Wintertime), tout en reflets et verticalité, signées Stéphane Erouane Dumas s’inspirant de ses voyages dans les pays du nord de l’Europe. Avec Les chemins de la perception, Alexandre Hollan nous invite à pénétrer dans cet univers délicat et mystérieux qu’il explore depuis de longues années, concentré sur une observation et une écoute attentives des arbres et de la vibration profonde qui les anime. Respectivement accrochés dans la Galerie basse du fenil et dans la Galerie de la cour des jardiniers, les travaux photographiques de l’Allemand Michael Lange (Wald) évoquent la magie des forêts des contes pour enfants, tandis que les images de Denis Darzacq (Comme un seul homme – Paysages et portraits d’arbres), habitées de silhouettes effeuillées ou perdues dans la brume, ont été pensées par l’artiste comme une forme d’hommage à nos ancêtres – « Toutes nations confondues », précise-t-il – disparus sur les champs de bataille de la Grande Guerre. Enfin, une sculpture réalisée par Nicolas Alquin (Présence de bois), aux allures de totem, à la fois puissante et élégante, s’élève dans l’Asinerie. Des pièces qui viennent compléter la (re)découverte d’une vingtaine d’œuvres présentées à l’année dans le parc et le château du Domaine, signées entre autres Gabriel Orozco, Sarkis, Jannis Kounellis, Andy Goldsworthy, El Anatsui, Tadashi Kawamata, Patrick Dougherty, Vincent Barré, Anne et Patrick Poirier ou encore Giuseppe Penone.

Liberté et explorations graphiques. Expression, Image, Liberté est une exposition proposée par la Maison du jeune citoyen de Schiltigheim, dans le Bas-Rhin. Elle s’articule autour des réflexions et des travaux sur la liberté d’expression, comme sur l’expression de la liberté, de onze graphistes et collectifs : Ruedi Baur, Anne Desrivières, Stéphane Dupont, Dugudus, Fabrication Maison, Formes vives, Guillaume Lanneau, Les Trames Ordinaires, Ne rougissez pas !, Vincent Perrottet et Vanessa Vérillon. Affiches, objets graphiques et autres démarches citoyennes sont ici déployées avec la volonté d’engager le débat avec le (jeune) public sur ces enjeux de société que sont la liberté d’expression, les droits à défendre, les inégalités, la beauté de la différence, la paix, la résistance, etc. A découvrir jusqu’au 30 avril, l’exposition est par ailleurs rythmée par une présence active de plusieurs graphistes dans le cadre de divers ateliers accueillant le public à partir de sept ans. Parmi eux, « Vivre ensemble, le rêve ! » est programmé le 19 février, « Poétiquement correct » le 5 mars ou encore « Les images ont la parole ! » le 19 mars. Attention, le nombre de places est limité. Renseignements au 03 88 83 84 80 ou via expressionliberte@ville-schiltigheim.fr.

L’INCONTOURNABLE PARIS…

Les Naufrageurs (affiche pour le Festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo), François Schuiten, 2005.
Les Naufrageurs (affiche pour le Festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo), François Schuiten, 2005.

A la croisée du rêve et de l’ingénierie. Sur une idée originale du dessinateur François Schuiten et de son complice Benoît Peeters, le Musée des Arts et Métiers présente, jusqu’au 26 mars, Machines à dessiner, une exposition où dialoguent des objets techniques centenaires et des images issues de l’univers singulier du duo franco-belge pour lequel la machine, élément récurrent de son travail, est tout aussi source d’inspiration que d’émerveillement. « Quand on se met à dessiner une machine, on a besoin de saisir son fonctionnement, explique François Schuiten. J’ai besoin de sentir quels matériaux, projet, imaginaire sont à l’œuvre dans cette machine. » Une visite guidée tout public est organisée chaque jour, sauf le lundi, à 15 h 30. Une autre, baptisée « Rêves de dessinateurs », a été concoctée spécialement pour les enfants (de 7 à 12 ans) et leurs parents ; rendez-vous est donné le dimanche 26 février et/ou le dimanche 26 mars à 11 h (sur réservation via musee-resa@cnam.fr ou le jour même dans la limite des places disponibles). Plusieurs ateliers sont par ailleurs organisés tout au long de l’exposition. Plus de détails sur www.arts-et-metiers.net.

Un autre regard sur la paternité. L’un passe l’aspirateur un bébé solidement harnaché dans le dos, tandis qu’un autre transforme le double-évier de la cuisine en « double-baignoire » ou joue à la marchande… Tous ont en commun d’être suédois et d’avoir choisi de prendre un congé parental d’au moins six mois. Swedish Dads est une série photographique signée Johan Bävman à découvrir jusqu’au 19 mars à l’Institut suédois. Elle prend source dans le constat suivant : la Suède a mis en place un généreux système de congé parental (480 jours indemnisés dont 90 attribués à chaque parent de manière incessible) dans le but de favoriser un meilleur équilibre entre hommes et femmes sur la question ; or, seuls 14 % des parents suédois partagent ce temps à égalité. « Je cherche à comprendre pourquoi ces hommes ont choisi de rester à la maison beaucoup plus longtemps que les autres pères suédois, explique Johan Bävman, primé en 2015 pour ce projet par le TT Stora Fotopris. Qu’est-ce que cela leur a apporté ? Dans quelle mesure leur relation avec leur partenaire a-t-elle changé ? A quoi s’attendaient-ils avant de prendre leur congé parental ? » A la fois insolites et touchantes, ses images sont en tout cas propices à la discussion quant aux rôles respectifs des pères et des mères, ce quelle que soit leur nationalité !

…ET SES ENVIRONS

Quiet Curious Guys
Dans la gueule du tigre, Quiet Curious Guys, 2016.

Bercy 2 joue la carte du street art. Le lieu est atypique, mais l’initiative intéressante : le centre commercial Bercy 2, situé à Charenton-le-Pont, a initié il y a quelques mois un cycle de quatre rendez-vous annuels placés sous le signe des arts urbains. L’occasion pour le public d’échanger avec les artistes invités à imaginer une œuvre in situ. Suite à une première intervention signée Superpose, le collectif Quiet Curious Guys – Romain Render, Jérémy Benhamou et Tom Burgun – a réalisé Dans la gueule du tigre, un dessin en trompe-l’œil à découvrir jusqu’au 28 février. Du 1er au 11 mars, douze artistes* viendront s’exprimer sur le thème de l’anamorphose dans le cadre du concours Anamorphose Project. Le lauréat sera désigné via le vote du public (invité à se prononcer du 11 au 25 mars) et celui d’un jury professionnel spécialisé dans le street art.
* Masashi Hattori, Renaud Delorme, PEETA, Paul Kichilov, le collectif RB / CP, Noir-Artist, Manfred Stader, Remi Petit, Zag & Sia, Moyoshi, le collectif Photograffée et Lenz.

 Jeanne Susplugas
At Home she’s a tourist : chapter I, Jeanne Susplugas, 2016.

L’habitat en question(s) avec Jeanne Susplugas. Installée à Versailles, La Maréchalerie est une école d’architecture et un centre d’art contemporain. Chaque artiste invité est incité à concevoir une œuvre spécifiquement pour l’espace d’exposition ; un médiateur est présent tous les après-midi pour répondre aux questions des visiteurs. Jusqu’au 26 mars, Jeanne Susplugas y présente At home she’s a tourist : chapter I – deux autres propositions de l’artiste sont à voir en parallèle à la galerie VivoEquidem, jusqu’au 12 août à Paris, et à l’Ecole des beaux-arts de Versailles, du 22 février au 15 mars –, fruit d’une réflexion sur la notion d’espace habité. L’installation, qui prend la forme d’une sculpture monumentale inspirée d’une série de portraits dessinés, interroge notre dépendance aux objets et à l’image comme notre rapport à l’intime, tout en soulevant la question de l’enfermement en soi, et celle de l’apparition de l’autre. A l’occasion du finissage de l’exposition, dimanche 26 mars, le public est convié à un brunch ainsi qu’à une rencontre avec l’artiste et une visite de l’exposition, à partir de 13 h. Entrée libre sur réservation auprès de lamarechalerie@versailles.archi.fr.

A L’AIR LIBRE

Ballade dans les dunes avec Rainier Lericolais. C’est à un véritable portrait sonore de la ville de Dunkerque que s’est livré il y a quelques années l’artiste français Rainier Lericolais, à l’invitation du Frac Nord-Pas de Calais. Diffusée 45’ durant, entre les bâtiments de l’institution, inaugurés en 2013, et le Lieu d’art et action contemporaine (LAAC) voisin, Le Son des dunes est une narration au fil décousu – ponctuée de sons et de musiques – qui débute très précisément le 25 juin 1658, journée durant laquelle les Dunkerquois furent successivement de trois nationalités différentes (espagnols le matin, français le midi et anglais le soir). Equipé d’un casque, le visiteur est libre de choisir son parcours et acteur de son écoute, par le choix, ou non, de la lecture aléatoire ainsi que de la langue, imprimant ainsi sa propre trace dans une mémoire collective.

Altkirch
Œuvre signée Louis Bottero sur la façade de la bibliothèque d’Altkirch.

Le nez en l’air dans les ruelles d’Altkirch. Au printemps et à l’été derniers, une cinquantaine de street artistes – dont Stew, Louis Bottero, Ferni, Niack, Smile et Vinspi pour ne citer qu’eux – ont investi les murs de la ville d’Altkirch, dans le Haut-Rhin, à l’invitation de la mairie et dans le cadre des 15 ans du Festival international du film court. Quelques mois plus tard, près de 25 fresques sont toujours là et un petit guide a été édité pour accompagner le visiteur le long du parcours. Il est disponible à l’office du tourisme (au prix de 15 euros). A noter qu’Altkirch héberge aussi le Centre rhénan d’art contemporain (Crac Alsace). L’institution présente, jusqu’au 14 mai, Zigzag incisions, une exposition collective « qui respire le même air qu’un livre de géométrie pendu à une corde à linge » pour reprendre les mots du commissaire Victor Costales. Tout un programme !

CHEZ NOS VOISINS

De la poésie des écrans de veille. Ils sont au nombre de 27. Vingt-sept logiciels économiseurs d’écran ayant marqué l’histoire de ce graphisme particulier, conçu pour animer nos écrans d’ordinateurs en sommeil, et sélectionnés par le plasticien Rafaël Rozendaal pour son installation Sleep Mode (Mode Veille). A découvrir, jusqu’au 25 juin, au Het Nieuwe Instituut – musée d’architecture, de design et de culture numérique – de Rotterdam, aux Pays-Bas, celle-ci se déploie dans une vaste pièce où sont projetées sur grand écran ces animations très à la mode dans les années 1980 et 1990. « Ce qui me fascine, c’est la manière dont ces images, que l’on regardait sans vraiment les voir, se sont insinuées dans nos inconscients. (…) Cette notion du regard fixe, celui que l’on a quand on est fatigué et que l’on a les yeux “dans le vide”, est pour moi centrale. Car en général, nous utilisons l’ordinateur dans un but précis, or les écrans de veille font écho à une toute autre partie du cerveau. C’est pour cela que j’ai intitulé l’installation Mode Veille. Les visiteurs y sont immergés pour une expérience inédite. » L’exposition est aussi pour lui l’occasion de saluer tous ces créateurs, pour la plupart restés anonymes, d’œuvres paradoxalement conçues pour être montrées alors que personne ne regarde. De quoi s’interroger sur l’état d’esprit à adopter de manière générale face à l’art. « Souvent, il vaut mieux appréhender une œuvre sans trop chercher à réfléchir », estime pour sa part Rafaël Rozendaal.

Ted Scapa
Le Jardin de la mer, Ted Scapa.

Rendez-vous ludiques à Berne. Ted Scapa est l’un des invités actuels du Musée des beaux-arts de Berne. Né en 1931 à Amsterdam, et installé en Suisse depuis les années 1960, le dessinateur de presse et animateur de télévision est également peintre, sculpteur et photographe. Et donc, par ailleurs est une exposition rétrospective de son travail des 25 dernières années : peintures, sculptures et objets de design y témoignent d’une inspiration puisée dans le quotidien avec force humour et vivacité. Attentif à tous ses publics, le musée a imaginé un large programme de visites guidées et d’ateliers destinés aux familles et/ou aux plus jeunes. « Nous proposons une première approche de l’art et des œuvres ludique et pleine de fantaisie, est-il précisé sur le site Internet de l’institution. Nous explorons des expositions ou nous approfondissons certaines œuvres. Des activités créatrices en atelier complètent la contemplation des œuvres et permettent aux enfants de réaliser leurs propres idées. » Des activités sont proposées en ce sens tous les week-ends et des ateliers parents-enfants peuvent être programmés sur demande. Pour plus d’infos, cliquez !

SUR LA TOILE

La Collection Pinault vue par les ados. Teens.palazzograssi.it est un site Internet consacré aux artistes de la Collection Pinault et imaginé spécialement par et pour les jeunes internautes. Tous les contenus – textes, vidéos, photos, musique – sont en effet conçus et réalisés par des adolescents. Une belle initiative pour mettre l’art contemporain à la portée de tous.

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