Art Paris Art Fair élargit l’horizon jusqu’aux confins de l’Afrique

Art Paris Art Fair ouvre, jeudi 30 mars au public, les portes de sa dix-neuvième édition. Près de 140 galeries – pour moitié françaises – venues d’une trentaine de pays sont réunies au Grand Palais. « Après la Russie, la Chine, l’Asie du Sud-Est et la Corée du Sud, Art Paris Art Fair met le cap sur l’Afrique, précise Guillaume Piens, le commissaire général de la manifestation. Confiée à Marie-Ann Yemsi, consultante culturelle et commissaire d’exposition indépendante, cette invitation offre un éclairage inédit à Paris sur les horizons artistiques africains contemporains. Une vingtaine de galeries issues du continent et des diasporas, rejointes par une quinzaine de galeries occidentales, mettent l’accent sur une génération émergente et talentueuse d’artistes rarement présentée en France. » Focus sur quelques points forts d’une programmation à découvrir jusqu’au dimanche 2 avril.

Kendell Geers
The Age of Iron LII , Kendell Geers, 2012.

La part belle aux solo shows… Pour la troisième année consécutive, Art Paris Art Fair se démarque par un nombre important de galeries ayant fait le choix de l’exposition personnelle, moyen privilégié offert au visiteur d’appréhender la démarche d’un artiste. Vingt-quatre solo shows sont ainsi annoncés. L’occasion de découvrir, entre autres, les toiles récentes d’un grand nom de la peinture espagnole qu’est Eduardo Arroyo (galeria Alvaro Alcazar, Madrid), le travail étonnant, puissant et poétique du photographe et plasticien marocain Hicham Benohoud (Loft Art gallery, Casablanca), une insolite Forêt de livres déployée par le Japonais Sou Fujimoto (galerie Philippe Gravier, Paris), un ensemble d’œuvres sur papier et de sculptures du Sud-Africain Kendell Geers faisant écho au roman L’âge de fer de son compatriote J. M. Coetzee (ADN galeria, Barcelone), les spectaculaires dessins du Français Thomas Henriot (galerie Christophe Tailleur, Strasbourg) ou encore les encres subtiles et oniriques du Français d’origine chinois Gao Xingjian (galerie Claude Bernard, Paris).

 

Smell Fighters (a), (b) and (c), Moffat Takadiwa, 2017 (Tyburn gallery).
Smell Fighters (a), (b) and ©, Moffat Takadiwa, 2017 (Tyburn gallery).

…et à la création émergente. Installé en contrebas du balcon d’honneur, au centre du Grand Palais, le secteur « Promesses » accueille des galeries de moins de six ans promouvant des artistes jeunes ou méconnus. Cette année, les douze enseignes sélectionnées sont toutes étrangères et viennent d’Abidjan, Amsterdam, Bogota, Bratislava, Genève, Lagos, Londres, Luanda et Rome. Comme en 2016, où elle avait été attribuée au Tunisien Atef Maatallah, une récompense sera remise à l’un des artistes exposés dans le cadre de « Promesses ». Le Prix L’art est vivant a été créé par le collectif éponyme d’amateurs d’art et de collectionneurs. « Nos propositions de soutien à un artiste interviennent toujours à un moment clé de son parcours, lorsque nous pressentons qu’une nouvelle étape créatrice peut être franchie, précise le collectif. Directement auprès de lui et aux côtés de son galeriste, notre ambition se veut concrète, fondée sur des relations humaines de qualité, de respect et de confiance. De concert avec l’artiste, nos actions doivent également permettre aux œuvres de voyager, d’être vues par le plus grand nombre, et faire que de nouvelles aventures naissent en France et à l’étranger. »

Endabeni 8 (arrêt sur image vidéo), Mohau Modisakeng, 2015.
Endabeni 8 (arrêt sur image vidéo), Mohau Modisakeng, 2015.

La vidéo à l’heure africaine. En lien avec la mise à l’honneur, cette année, de la création contemporaine originaire du continent africain, un programme spécifique de projections vidéo est proposé au public. Intitulé Les territoires du corps, il rassemble une dizaine de courts-métrages qui seront projetés en boucle pendant toute la durée de la foire. Ils ont été sélectionnés par Marie-Ann Yemsi et ont pour fil rouge un rapport au corps, « C’est à travers lui que transitent toutes les expériences, que convergent et se confrontent des dynamiques mémorielles diverses, analyse la commissaire invitée de cette édition 2017. Que se mesurent le rapport au monde et l’espace d’autonomie d’artistes confrontés à des limitations sociales, politiques et culturelles dans le contexte de sociétés complexes, où la question des libertés individuelles, celles du genre, de la sexualité, de la laïcité, font partie des revendications. Enfin, c’est aussi ce corps qui les définit dans l’exil et leur permet de se réinventer. En s’emparant du corps comme sujet, objet ou support de leurs créations, les artistes visent ces questionnements et procèdent à une archéologie du temps présent, qu’elle se situe aux confins de la mémoire autobiographique ou dans l’exploration de problématiques politiques et sociales. » Dans un autre texte, Marie-Ann Yemsi prend appui sur l’engouement actuel des institutions culturelles françaises pour la création contemporaine africaine pour revenir, de manière très enrichissante, sur l’histoire de celle-ci et de sa réception sur le territoire hexagonal.

Saint Jean Chrysostome est enterré à Damas..., Youssef Abdelké, 2014.
Saint Jean Chrysostome est enterré à Damas…, Youssef Abdelké, 2014.

Une chouette « goutte d’eau » caritative ! Les quatre grands murs situés de part et d’autre de la foire, ainsi que les parois extérieures de la galerie Claude Lemand, serviront de cimaises à un projet imaginé par le galeriste et neufs des artistes qu’il représente. Shafic Abboud, Youssef Abdelke, Etel Adnan, Mahjoub Ben Bella, Mahi Binebine, Manabu Kochi, Najia Mehadji, Antonio Segui et Vladimir Velickovic y proposent chacun à la vente une œuvre de leur collection au profit de l’association Codssy, qui fédère plusieurs associations d’enseignants spécialisés dans l’éducation laïque d’enfants syriens réfugiés au Liban. « Mon objectif est de permettre le bon fonctionnement de cinq écoles durant une année entière, et si possible durant deux ans, explique Claude Lemand. C’est un acte d’humanité solidaire et d’espérance dans l’avenir de ces enfants, une goutte d’eau, mais une action ciblée et contrôlée. J’ai signé une convention avec Codssy, qui donnera à chaque artiste une attestation de don et qui nous remettra tous les six mois un rapport d’activité pour chacune de ces écoles. »

Regards décalés sur le petit écran

Around the night tonight Africa, Ivan Messac, 2005.
Around the night tonight Africa, Ivan Messac, 2005.

Télé-Viseurs est le titre d’un accrochage singulier orchestré par l’artiste Ivan Messac pour le stand de l’enseigne lilloise Art To Be gallery. Onze artistes d’horizons variés y sont rassemblés autour d’un thème commun : la télévision, qu’elle soit outil médiatique, sujet pictural ou objet sculptural. « J’ai conçu ce stand thématique après avoir constaté que mon parcours artistique est jalonné de nombreux tableaux consacrés à la télévision, écrivait Ivan Messac dans sa newsletter datée du 11 mars. Si l’on associe Télévision et Art contemporain, on pensera en premier lieu à Nam June Paik ou à Wolf Vostel. C’est ce que j’ai fait, puis d’autres noms se sont imposés : Jacques Monory, Joan Rabascall, François Boisrond, Roland Baladi, etc. Deux “jeunes” artistes de la galerie, Skwak et Sébastien Bayet, ont l’un comme l’autre créé une œuvre de circonstance. »

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