Abracadabra… et la magie œuvre !

Gianno Motti

Erigé en 2012 par Zaha Hadid (1950-2016) sur le campus de la Michigan State University, à East Lansing dans le nord-est des Etats-Unis, le Eli and Edythe Broad Art Museum (MSU Broad) présente actuellement The Transported Man (L’Homme téléporté). L’exposition réunit une quarantaine d’artistes contemporains, et quelques grands noms disparus, autour des notions de croyance et d’illusion.

Première manifestation orchestrée par Marc-Olivier Wahler, qui a pris la direction de l’institution en mars 2016 – le Suisse a notamment dirigé le Palais de Tokyo entre 2006 et 2012 –, The Transported Man s’inspire du nom d’un tour de magie décrit, en 1995, par le Britannique Christopher Priest dans son roman The Prestige. Un tour qui voit un magicien apparaître sur scène, puis sortir par une porte avant de réapparaître, quasi simultanément, par une seconde ouverture située à l’autre extrémité du plateau. L’efficacité d’un numéro de magie, comme celle de beaucoup d’autres types d’illusions, repose sur un système de croyances entretenu entre le magicien et son auditoire. Plus l’écart est grand entre ce que le public voit et ce qu’il lui est demandé de croire, plus spectaculaire et réussi est le tour. Le rapport avec les œuvres d’art ici réunies ? Tout simplement le même type de questionnement – Mais comment est-ce possible ? ! – insufflé dans l’esprit du spectateur lorsque confronté à des objets du quotidien élevés au rang de sculptures. Qu’il ait recours à une table, un éléphant, une tapette à mouches, une barre de savon ou un distributeur automatique, l’artiste se doit de provoquer ce subtil équilibre perceptif entre le sentiment de vivre une situation de magie pure et d’assister à une scène des plus ordinaires. « Lorsque vous êtes confronté à une illusion, à un tour, il est nécessaire que vous ayez l’impression qu’il y a là quelque chose de magique, confiait Marc-Olivier Wahler au magazine britannique Wallpaper, lors du vernissage de l’exposition le 11 juin dernier. Mais dans le même temps, vous savez bien qu’il n’en est rien. Ces deux facettes de votre perception sont aussi importantes l’une que l’autre. » La croyance, l’adhésion que chacun met dans ce qu’il voit agit ainsi tel un curseur dans un champ régi non pas par une forme de catégorisation, mais par une intensité grâce à laquelle l’objet atteint une présence lui permettant d’incarner une multitude de nouvelles identités. Daniel Firman, Urs Fischer, Ceal Floyer, Ryan Gander, Sigurdur Gudmundsson, Christian Jankowski, Joachim Koester, Jonathan Monk, Bruce Nauman, Fernando Ortega ou encore Ugo Rondinone sont quelques-uns de ces artistes-magiciens qui raviront le visiteur de cette exposition collective, qui renouvelle de manière pour le moins originale l’appréhension de la place de l’objet dans l’art contemporain.

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