A Venise, la Biennale d’architecture fait résonner le cri des hommes

Vue de l’installation présentant, à l’Arsenal, le projet de Paulo David à Madère

Dirigée cette année par le Chilien Alejandro Aravena, la 15e Biennale d’architecture bat actuellement son plein sur les bords de la lagune vénitienne. Elle compte 65 participations nationales, tandis que 88 projets émanant d’architectes de 37 nationalités différentes sont à découvrir dans le cadre de l’exposition internationale occupant le pavillon central des Giardini. Tous partagent une réflexion pour le moins engagée quant à notre avenir.

Superbe entrée de la Biennale, à l’Arsenal, réalisée avec des matériaux ayant servi à la précédente édition de la manifestation.
Superbe entrée de la Biennale, à l’Arsenal, réalisée avec des matériaux ayant servi à la précédente édition de la manifestation.

« L’architecture est le plus politique de tous les arts. » Avec cette affirmation, Paolo Baratta explique simplement, mais sans détour, l’esprit de la manifestation qu’il préside. Pas question pour lui de faire de la Biennale d’architecture de Venise un événement pour « happy few », mais bien une occasion de montrer comment et combien la discipline est engagée dans le développement de chaque communauté humaine, qu’elle vive d’un côté ou de l’autre de la planète. C’est Alejandro Aravena, qui a été chargé de diriger l’édition 2016 de la manifestation, visible jusqu’au 27 novembre. L’architecte chilien, chargé de choisir thème et invités, a concocté un événement au plus près des préoccupations actuelles de la planète. Reporting from the front (Des nouvelles du front) illustre une pensée contemporaine de l’architecture : comment faire plus avec moins. Une problématique qui, selon Aravena, nécessite « d’entrer en résistance » face au manque de ressources, aux problèmes économiques, aux défaillances des institutions… Les projets, qui se donnent à voir tant à l’Arsenal qu’aux Giardini, évitent le spectaculaire pour mettre en avant des ingéniosités nées des environnements pour lesquelles elles ont été pensées. Matériaux locaux, mises en œuvre de pratiques vernaculaires, objectifs écologiques… sont mis au service des habitants. La gloire attachée à l’édification d’un bâtiment laisse la place à un souci fondamental des conditions de vie de tout un chacun. Parmi les 88 participants à l’exposition internationale, venant de 37 pays, 50 exposent pour la première fois et 33 ont moins de 40 ans. Deux informations qui pourraient n’être que des détails chiffrés, mais que l’esprit renouvelé de l’événement oblige à considérer comme importants.

Maquette signée Cecilia Puga.
Maquette signée Cecilia Puga.

Si cette édition de la biennale est particulièrement intéressante, c’est assurément parce qu’elle met en avant des projets avant d’encenser la maestria d’architectes stars. « Nous croyons que l’architecture n’est pas un but en soi, mais un moyen d’améliorer la qualité de vie des gens », explique Alejandro Aravena, avant de préciser que la discipline doit répondre tant aux impératifs concrets qu’intangibles de la condition humaine et prendre soin du bien commun. C’est dans cet esprit tourné vers les autres, que travaillent les architectes qui ont particulièrement retenu notre attention. Le Burkinabé Diébédo Francis Kéré, qui a fait ses études à Berlin, se définit comme un pont entre deux continents, deux cultures, deux économies. Aussi, lorsqu’il conçoit le projet de (re)construction du Parlement de Ouagadougou, il s’interroge sur la ville : son histoire, sa spatialité, son fonctionnement, son organisation et ses habitants ; leurs modes de vie, leurs traditions, leurs cultures… Il propose alors une architecture qui permette à la population de se sentir en lien avec son milieu. A Venise, une vidéo installée en mezzanine du bâtiment central des Giardini témoigne de ce travail. Pour sa part, la Chilienne Cecilia Puga présente, à l’Arsenal, sept maquettes dans une matière au rendu de terre cuite. Les formes abstraites posées sur des colonnes à l’aspect brut révèlent clairement la volumétrie, l’organisation, ainsi que le travail de la lumière de chaque projet. Une manière très efficace d’expliciter l’expérience de l’espace et le travail des matériaux en fonction de la structure. Quelques photographies viennent compléter le dispositif et montrer combien l’esprit des formes imaginées par l’architecte a su s’emparer de la réalité. Evoquons pour finir le couple formé par Wang Shu (Prix Pritzker 2012) et Lu Wenyu, de l’agence Amateur Architecture Studio. Soucieux des bouleversements profonds, radicaux, voire violents, que subissent leur pays et leurs compatriotes depuis quelques années, les deux architectes chinois présentent, également à l’Arsenal, une architecture sensible, poétique et profondément contemporaine. Dessins, échantillons de matières, palettes de couleur, vidéos… sont généreusement mis à la portée du visiteur pour expliquer la démarche et la réalisation relatives aux projets de l’académie des Beaux-Arts de Xiangshan et la réhabilitation de la rue Zhongshan à Hangzhou, en Chine.

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