A Sarrebruck, Boltanski ravive la mémoire de la Völklinger Hütte

Installé dans une ancienne friche sidérurgique, à Völklingen, près de Sarrebruck, le Centre européen d’art et de culture industrielle accueille régulièrement des projets d’art contemporain et d’art urbain. Dernier invité en date, Christian Boltanski y réalise une installation monumentale, véritable lieu de mémoire dédié à celles et ceux qui ont été contraints de travailler à l’usine sidérurgique de Völklingen. Une intervention qui s’inscrit dans le cadre de recherches sur le travail forcé menées par le Patrimoine Culturel Mondial Völklinger Hütte – datant de l’apogée de la révolution industrielle, l’endroit est l’unique usine sidérurgique de cette époque à avoir été conservée dans son intégralité et à être inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco – en collaboration avec des historiens. Quelque 12 393 hommes, femmes et enfants originaires de 20 pays ont ainsi été recensés comme ayant été forcés de travailler dans cette usine allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux, 261 personnes ont perdu la vie, dont 60 enfants. L’installation prend la forme d’un couloir bordé de deux murs composés d’innombrables casiers d’archives empilés, contenant des dossiers et menant à une petite pièce au centre de laquelle des pantalons et des vestes noirs s’accumulent en une montagne de vêtements. Par endroit, on distingue un matricule tandis que les noms chuchotés des travailleurs disparus résonnent dans l’espace. Plus loin, sont disséminées 91 armoires métalliques issues de tous les secteurs de l’usine de Völklingen. Déployée à travers les 800 mètres carrés de la grande Salle des minerais, l’œuvre du plasticien français est à découvrir jusqu’au 31 août 2019. Visuel : Die Zwangsarbeiter – Erinnerungsort in der Völklinger Hütte – L’atelier de frittage, Christian Boltanski, 2018. Photo Weltkulturerbe Völklinger Hütte/Hans-Georg Merke.