A des années-lumières avec Tomás Saraceno

Tomás Saraceno

Le Museo de Arte Contemporáneo (Marco) de Monterrey, dans le nord-est du Mexique, accueille cet été la première exposition personnelle de l’Argentin Tomás Saraceno en Amérique Latine. Poursuivant son exploration des liens complices noués entre l’art et la science, l’artiste y présente un nouveau projet aussi pointu que poétique.

La question de l’origine de l’univers a toujours passionné Tomás Saraceno ; son travail regorge de références empruntées aux mathématiciens, astronomes et astrophysiciens. Avec One Hundred Sixty Three Thousand Light Years (163 000 années), exposition qui réunit sculpture, installation, photographie, son et vidéo, l’artiste nous convie à une plongée vertigineuse à la croisée de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, entremêlant les échelles humaine et cosmique. « Dans leur tentatives de simuler l’origine de l’univers, la manière dont, après le Big Bang, les galaxies se sont formées, les physiciens, astronomes et astrophysiciens font souvent l’analogie avec les toiles complexes et tridimensionnelles des araignées, explique-t-il dans une interview mise en ligne sur le site du Marco. Tenter d’observer l’univers existant au cœur d’une toile d’araignée a ainsi constitué le point de départ de ce nouveau projet. » Avec son équipe, Tomás Saraceno a tout d’abord constitué une véritable collection – unique au monde – de toiles d’araignées, ce en travaillant avec des spécialistes du monde entier. « Leurs couleurs et géométries variées en font des éléments d’une fascinante beauté. C’était aussi très intéressant de mettre en contact et de voir réagir des espèces venues de différents milieux et pays : nous les avons vues établir un “dialogue” du type de ce dont nous aurions incroyablement besoin pour survivre aujourd’hui. » Une deuxième étape a consisté en une expédition menée dans le désert de sel d’Uyuni, en Bolivie, l’une des plus vastes surfaces plates de la planète, « à tel point que l’univers entier a l’air de se refléter à l’horizon, lequel tend lui-même à disparaître… Quand vous marchez là-bas, les infimes vibrations que vous provoquez au cœur du cosmos évoquent à mon sens celles de l’araignée au cœur de sa toile ». Troisième élément naturel ayant inspiré le projet : les Nuages de Magellan – qui réunissent deux galaxies –, visibles depuis l’hémisphère Sud. « Leur lumière a été émise 163 000 années avant d’arriver jusqu’à nous… C’est la durée imaginée pour le film montré dans le cadre de l’exposition. » Une durée vertigineuse qui nous rappelle tant notre passage éphémère sur Terre qu’elle nous incite à envisager quelle forme nouvelle d’existence il nous faudrait embrasser pour pouvoir regarder le film jusqu’à sa fin ! « Qui sait, d’ailleurs, si ces constellations existent toujours ; leur lumière garantit uniquement une réalité passée. » La bande son qui accompagne le visiteur durant son parcours dans le musée a été créée à partir de l’enregistrement d’une collision entre deux trous noirs : « Soit une source de distorsion du temps comme de l’espace selon les spécialistes, note encore Tomás Saraceno. Peut-être la durée du film en sera-t-elle modifiée ! » Entre onirisme et rigueur scientifique, utopie et réalité d’un futur possible, une expérience étourdissante à vivre jusqu’au 6 novembre.

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