The Incomplete – New York-Paris en 28 artistes et 45 œuvres

Une «  exposition comme une invitation à explorer le moment présent  ». La formule n’est pas anodine. Lorsque, en 2007, le collectionneur Hubert Neumann présente The Incomplete au Chelsea Art Museum de New York, il écrit  : «  La présentation de cette exposition peut paraître légèrement confuse, mais c’est certainement parce que la complexité définit toute expérience humaine. Cette réflexion sur l’art actuel peut débuter n’importe où et sa compréhension doit s’étendre auprès de tous les publics…  » Et si aujourd’hui cette exposition “incomplète” et “non-moderniste” – selon sa propre expression – échappe à toute classification, on le doit aux galeristes Jean-Luc & Takako Richard et à Hubert Neumann – promu commissaire d’exposition –, en partenariat avec 12 galeries internationales. Ces passionnés se sont découvert une passion partagée pour des artistes qui n’ont en commun que leur art et un travail souvent en marge des courants en vogue. Pour les deux hommes que l’amour de l’art réunit, foin des modes du jour, des cotes et des engouements tyranniques, plutôt l’art des rencontres fortuites qui s’apparentent singulièrement à des coups de cœur. «  L’aspect le plus intéressant de ce collectionneur, note Jean-Luc Richard, se situe dans l’esprit de découverte constant et de confiance absolue dans ses choix, ce qui lui permet de présenter sur un même pied d’égalité des artistes de niveaux de réputation très différents.  » Cet œil qui devine, cet instinct qui presse, cette décision qui entérine l’avenir, indifférente aux célébrations du jour, c’est toute l’histoire des Neumann collectionneurs. Elle remonte à quelques décennies quand le père, Morton Neumann, riche homme d’affaires de Chicago, venait à Paris et passionné d’art, d’atelier en atelier nouait de solides amitiés auprès de jeunes peintres  : ils s’appelaient Léger, Miró, Picasso ou Giacometti… La tradition perdure – ses deux filles et sa femme ont accompagné Hubert Neumann et sa collection à Paris. Une collection prestigieuse qui reflète bien, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, les contradictions et les angoisses de nos sociétés, voire son cynisme.

Justin Craun courtesy galerie Richard
Shorts, Justin Craun, 2008

A défaut de pouvoir citer tous les artistes exposés, évoquons les explosions de formes et de couleurs chez Erik Parker où l’on ne sait qui du corps ou de la machine l’emporte d’une lutte frénétique, ou si ce vain combat n’est qu’une métaphore de notre monde contemporain. Flamboyant Jeff Elrod dont l’espiègle souris de l’ordinateur se joue de l’espace avec jubilation et les lignes aléatoires se moquent de la main de l’artiste, libres au sein du chaos au point de laisser au peintre, au terme de cette joute ludique, le choix de la couleur  ! Ironique, grinçant et détonant, Justin Craun, dont les deux comparses hilares comme pris au piège au cœur d’une cible aux contours de miroir brisé semblent nous crier le tragique de leur humaine condition. Enfin, cette œuvre de JP Munro, hors du temps, intitulée Le triomphe de la mort, d’un classicisme aux allures de grande mise en scène de péplum, nous rappelle que le monde des artistes new-yorkais les plus en vue de ces deux dernières décennies est décidément très éclectique. Et au pied de cette grande toile comme négligemment posée là par inadvertance, une petite sculpture de Xavier Veilhan, personnage en bois qui pour être discret et presque incongru, à terre au milieu de toutes ces toiles suspendues, n’en est pas moins singulièrement présent. Hubert Neumann serait un des plus gros collectionneurs des œuvres du plasticien français. Mais si la peinture suscite bien des discussions et provoque des controverses parfois enflammées, Hubert Neumann, passionné de dialectique et de philo n’est jamais en reste d’une réplique et d’autres rencontres fructueuses auront encore lieu d’ici à la fin de l’année  ; un projet de table ronde sur le thème de l’art et de la transgression a en effet été soulevé. Une autre manière pour la peinture contemporaine de continuer à faire parler d’elle et de prolonger le débat.

Jeff Elrod courtesy galerie Richard
Scorpio, Jeff Elrod, 2010

GALERIE

Contact
Crédits photos