Ars Electronica 2011 – Retour aux origines

Des centaines d’artistes, chercheurs et penseurs ont rendez-vous à partir de ce soir sur les bords du Danube, au cœur de la ville autrichienne de Linz, dans le cadre d’Ars Electronica, la plus importante, et surtout la plus ancienne, manifestation publique et internationale consacrée aux arts numériques. Créé en 1979, le festival propose des centaines de conférences, expositions, performances, concerts et projections de films d’animation s’articulant chaque année autour d’un thème différent. En 2011, Ars Electronica choisit d’explorer la notion de cosmos, les origines de l’homme et celles de l’univers, en partenariat avec le Cern (l’organisation européenne pour la recherche nucléaire, installée en Suisse près de Genève), qui inaugure de son côté un programme sur le long terme spécifiquement orienté vers les rapports entre arts et sciences (lire l’encadré). Origin, how it all begins est le titre de cette nouvelle édition qui, au-delà des travaux de pointe menés par le Cern dans le domaine de la physique des particules, entend mettre en lumière le sens spécifique de l’existence d’une telle structure : plus de 8000 personnes originaires de différents pays collaborent en termes de recherche, de conceptualisation et d’innovation en un même lieu, travaillant à faire reculer toujours plus les frontières du savoir. L’étude des spécificités organisationnelles et structurelles de l’institution pourrait, selon les organisateurs d’Ars Electronica, être source d’idées novatrices permettant de mieux vivre ensemble, voire d’engendrer de nouvelles utopies sociales. «  L’insatiable soif de connaissance, la passion brûlante qui nous pousse à nous frayer de nouveaux chemins et à contredire les anciens points de vue ; l’espoir de découvrir d’où nous venons ; le désir de donner du sens à notre existence et de faire partie d’un tout universel et compréhensible. La satisfaction que nous tirons du fait d’aller au fond de ces questions, de les expliquer, les décrire et les exprimer. Ces éléments absolument fondamentaux de la définition de ce que c’est qu’être humain constituent le terreau commun à l’art et à la science. Ils sont les forces motrices de toute forme d’innovation  », résument Christine Schöpf et Gerfried Stocker, les deux directeurs artistiques du festival.

Ars Electronica met chaque année en avant le travail d’un artiste en particulier. Cet honneur revient ici à Sam Auinger, originaire de Linz et installé à Berlin. Compositeur et enseignant, celui-ci mène notamment des recherches sur le thème de l’interaction entre le son et l’espace publique : Quel sont les bruits produits par l’architecture qui nous entoure ? Quels sont ceux émis par les villes où nous vivons et travaillons ? Telles sont les questions auxquelles il tente de répondre. Dans le cadre du festival, l’artiste propose plusieurs installations et performances sonores ; il animera également une conférence à destination du jeune public.

Art orienté objet, image utilisée sous licence Creative Common (by-nc-nd licence)
Que le cheval vive en moi !@(au premier plan, Marion Laval-Jeantet), performance, Art orienté objet, 2011
Ikumi Aihara, image utilisée sous licence Creative Common (by-nc-nd licence)
Forest, exposition Campus, Ikumi Aihara, 2011
Les clés de l’exposition Campus ont été remise au département d’Art et de Design de l’université japonaise de Tsukuba, une institution depuis longtemps associée à la manifestation de Linz, qui présente cette année des projets menés tant par des étudiants que par des professeurs et des anciens élèves. Ces travaux réalisés en collaboration avec des équipes d’ingénieurs sont réunis sous l’intitulé Seriously Playful / Playfully Serious, qui fait référence à l’état d’esprit – mêlant ludique et sérieux – qui préside à l’enseignement et aux recherches menés au sein de l’université.

Nouveau rendez-vous institué à partir de cette année, Create your world (Créez votre monde) est un ensemble d’une centaine d’ateliers, conférences et activités orientés plus spécialement vers le jeune public et destinés à aider les imaginations fertiles à conceptualiser le monde auquel elles aspirent. «  L’idée est d’inspirer ces jeunes, de les faire se rencontrer et de les encourager, tout simplement, à imaginer le monde de demain, à proposer de nouvelles façons de vivre ensemble et à expérimenter ces idées neuves  », précisent Christine Schöpf et Gerfried Stocker.

Parmi les autres temps forts de la manifestation, on retiendra la remise des Prix Ars Electronica, vendredi 2 septembre, qui récompensent les meilleures créations dans les six catégories suivantes : animation numérique, art interactif, musiques électroniques, art hybride – dont les récipiendaires sont les Français Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin pour la performance Que le cheval vive en moi ! – et communautés numériques. Une septième récompense sera remise à un jeune artiste numérique de moins de 19 ans. Une édition 2011 qui, plus que jamais, s’adresse aux générations futures.

Jun Mitani, image utilisée sous licence Creative Common (by-nc-nd licence)
Spherical Origami, exposition Campus, Jun Mitani, 2011

Le Cern inaugure une nouvelle politique culturelle

Le Cern a mis en place en 2011 un conseil culturel pour les arts qui sera chargé de sélectionner un à deux projets artistiques par an, s’inspirant de la physique des particules et auxquels il apportera son soutien dans la recherche de fonds et de subventions. Dans le cadre de son nouveau programme «  Great Arts for Great Science  », l’institution prévoit également d’accueillir des artistes en résidence et d’organiser des partenariats avec diverses institutions culturelles européennes. «  Ensemble, la science et les arts forment la culture, soit notre façon d’exprimer ce que c’est d’être humain dans notre univers. Notre travail est scientifique, mais en s’engageant aux côté des arts, nous voulons être certains d’approcher le même niveau d’excellence  », a déclaré cet été Rolf Heuer, directeur général du Cern, lors de l’annonce de la création du conseil culturel.

GALERIE

Contact
Crédits photos