Fabrice Hyber à Sète – Le possible infini du vivant

Fabrice Hyber, photo Marc Domage, courtesy galerie Nathalie Obadia et Crac LR

L’œuvre picturale de Fabrice Hyber est présentée tout l’été au Musée régional d’art contemporain du Languedoc-Roussillon, à Sète. Intitulée 2716,43795 m2 – en référence à la surface très précise occupée par l’artiste au sein de l’institution –, l’exposition offre un regard sur l’ensemble de sa carrière et l’évolution de sa démarche depuis le début des années 1980.

«  Si nous transformons la matière de la Terre en un fil de 0,2 mm de diamètre, le fil mesure 5 410 000 000 000 000 000 000 km.  » C’est par cet improbable calcul, formulé à l’entrée de l’exposition, que Fabrice Hyber rappelle l’approche initiale de son travail, basée sur l’expérimentation. A défaut d’être rétrospective – l’artiste est engagé dans une recherche résolument protéiforme –, la manifestation rassemble un très large ensemble de peintures, pour certaines inédites, datant de 1981 à nos jours et proposant un riche aperçu de sa réflexion artistique. C’est la deuxième fois seulement – après l’exposition de Saint-Etienne en 1995 –que sa production picturale est ainsi plus particulièrement mise en lumière, ce au fil d’un parcours chronologique et en forme de boucle au gré duquel des flèches directives, titres des œuvres et autres inscriptions écrites sur les murs guident le visiteur. Si les fameux Prototypes d’Objets en Fonctionnement – série d’objets quotidiens astucieusement détournés de leur fonction classique – manquent à l’appel, l’univers décalé et anticonformiste du plasticien se rend accessible à travers ses grands thèmes de recherche.

Fabrice Hyber réalise ses premiers tableaux durant ses études aux Beaux-Arts de Nantes. Des œuvres qui, observées une trentaine d’années plus tard, semblent bel et bien préfigurer la suite. A l’époque, il recouvre de rouge à lèvre une toile d’un mètre carré (Rouge Baiser, 1981)  ; une idée annonciatrice de sa marque de fabrique  : l’utilisation de matériaux sortis de leur contexte alliée à une précision scientifique et rationnelle. Ce tableau – présenté comme originel – témoigne par ailleurs de l’innovation artistique qu’il a apportée. Dès le début des années 1980, Fabrice Hyber commence à mener sa production en collaboration avec des entreprises – le rouge à lèvre susmentionné lui a d’ailleurs été fourni par un fabricant. Une démarche nouvelle qui a beaucoup contribué à forger sa réputation. Un comportement néanmoins toujours associé à la volonté – contradictoire  ? – d’affirmer sa liberté en imaginant des projets selon des angles inédits. A l’inverse de certaines considérations nihilistes actuelles, l’artiste dit toujours tenter d’amener un point de vue positif. Les quelques œuvres de l’exposition issues de son partenariat avec l’association Sidaction (2003-2004) en attestent. Passionné par le phénomène de prolifération de la matière et du vivant, il définit alors cette maladie comme une «  passion contemporaine  » et choisit de mettre en valeur les actions louables qu’elle engendre, qu’il s’agisse de la recherche médicale ou de l’entraide qu’elle génère.

Fabrice Hyber, photo Marc Domage, courtesy galerie Nathalie Obadia et Crac LR
Double trompe, Fabrice Hyber, 2011
Fabrice Hyber, photo Marc Domage, courtesy galerie Nathalie Obadia et Crac LR
Vue de l’exposition 2716, 43795 m2 (salle n°2), Fabrice Hyber, 2012
Fabrice Hyber, photo Marc Domage, courtesy galerie Nathalie Obadia et Crac LR
Alambics, Fabrice Hyber, 2010

Cette pensée originale est au cœur de la réflexion de Fabrice Hyber, qui véhicule également des valeurs de transparence, soit l’absence de hiérarchie entre les différents aspects d’une même question. Levels, toile sur laquelle il a simplement tracé des traits à différentes hauteurs, tous accompagnés de l’inscription «  0 m  », illustre bien cet état d’esprit. Autre source d’inspiration pour ses travaux  : le concept de transformation. D’où le grand intérêt de l’artiste pour la mutation génétique, qui reflète sa vision du monde  : le vivant est imprévisible, les possibilités qu’il offre sont infinies. Il se plaît ainsi à imaginer un pommier dont les fruits se transformeraient en cerises en tombant de ses branches. Ses toiles sont peuplées d’invraisemblables créatures, animales et végétales. De corps humains, également, qu’il n’hésite pas à mettre en jeu dans des «  expériences  » génétiques – mutations, clones et autres greffes –, comme le montrent Double Main et Double Trompe. Une habitude qu’il applique à l’ensemble du vivant, à l’image de Paysage reconstruit, toile sur laquelle les êtres et objets représentés s’entremêlent selon une logique propre à son imagination débordante.

La notion d’évolution – celle de la théorie darwinienne comme la simple idée de progression – se mesure aussi au cours de la création de l’œuvre, comme dans les Notes, tableaux à fond blanc affichant quelques mots hasardeux écrits au crayon à papier ici et là, qui laissent supposer une réflexion sur le statut de l’œuvre et son processus de création. Fabrice Hyber affectionne par ailleurs le thème de l’énergie et de l’essence du vivant. En témoigne Jurassique  : un dinosaure peint sur toile avec du pétrole  ! Revendiquant une forme simple de l’œuvre finale, il use souvent d’humour, voire d’ironie, et privilégie le côté étrange des situations peintes plutôt que l’aspect esthétique et purement technique. C’est sans doute aussi cette forme d’accessibilité qui offre au visiteur de lire dans ses tableaux ce que bon lui semble. Et s’il ne prétend pas plaire à tout le monde, son art a l’indéniable mérite de nous interpeler  !

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