De la Touraine à la Provence – L’œil et le palais enchantés

Séverine Cadier

Mêler plaisir des papilles et curiosité culturelle  ? Pourquoi pas  ! Du Bordelais à la Provence, en passant par la Touraine, le Rhône ou le Roussillon, les domaines viticoles sont de plus en plus nombreux à ouvrir leurs portes à la création contemporaine, allant souvent jusqu’à lui dédier un espace pérenne d’exposition. Voici quelques idées de découvertes.

Carrés de verdure et graines géantes au chai

Sur le terroir de Chinon, Pierre et Bertrand Couly cultivent des vins de caractère et des œuvres qui parlent des petites choses qui font la vie des champs. La galerie Nathalie Bereau assure la programmation du lieu, ouvrant pour l’été un dialogue entre deux artistes toqués de nature, le photographe Sébastien Maloron et la céramiste Séverine Cadier. Jeux d’échelle et variations de points de vue, Sébastien Maloron hante terrains vagues, jardins et potagers. Ses photographies collectent, dans des paysages anodins, des concentrés de bonheur qui se diffusent à qui sait ralentir le regard. Etat de suspension et effet de rapprochement, Séverine Cadier façonne des graines géantes en terre. Ces grandes formes modelées à partir de colombins renferment un potentiel de force et de beauté qui attend son heure et pourrait éclore sur votre passage. Une visite au chai Couly s’impose.

Jusqu’au 29 septembre.

Le vigneron collectionneur d’Arsac

Depuis 1992, le domaine du château d’Arsac, situé à Margaux dans le Médoc, accueille une importante collection de sculptures contemporaines  : une vingtaine d’œuvres sont à découvrir dans le parc ou à l’intérieur du château. Le Jardin des sculptures rassemble entre autres les œuvres de Bernard Pagès, Claude Viallat, Bernar Venet, Jean-Pierre Raynaud et Mark di Suvero. Il se visite notamment dans le cadre des circuits Art et Vin, organisé par l’office de tourisme de Bordeaux, et Winery Côté Vignes, proposé au départ de la Winery, complexe «  œnotouristique  » créé par le propriétaire du vignoble d’Arsac, Philippe Raoux. L’initiative culturelle de ce passionné d’art a déjà été récompensée par trois « Best of Wine Tourism » (en 2004, 2005 et 2010), dans le cadre du concours annuel organisé par le Réseau des capitales de grands vignobles.

De Monbazillac à Sainte-Alvère

Au château de Monbazillac, l’art contemporain est présent tout au long de l’année à travers un programme varié d’expositions temporaires, résidence d’artiste, conférences, ateliers et rencontres avec des plasticiens. Il est également l’une des six étapes du festival d’art in situ Éphémères, moment de rencontre privilégié entre la création contemporaine et des sites patrimoniaux de la vallée de la Dordogne. Il reçoit dans ce cadre Bertrand Gadenne et Florent Lamouroux  : le premier investit le château avec un théâtre optique pouvant provoquer quelques surprises ! Le second s’empare pour sa part du parc avec une installation alliant humour, ironie et simulacre. Le parcours du festival se poursuit à Creysse, par l’ancien chai où Marco Dessardo a déployé ses gargouilles. A Couze et St Front, Cornélia Konrads crée des illusions d’apesanteur trompeuses, tandis qu’à Lalinde, Jeanne Tzaut s’amuse à détourner le bassin du canal. Suivre celui-ci jusqu’à Mauzac pour y découvrir sa section balisée par Mireille Fulpius. Le parcours se clôt par l’église de Sainte-Alvère, où Benoît Schmeltz expérimente un langage numérique sublimant l’architecture.

Jusqu’au 30 septembre.

Claude Viallat
Fond de barrique, Claude Viallat

Onirisme au caveau du château Calavon

A la sortie de la ville, côté du vieux Lambesc – près de Salon-de-Provence –, le caveau du château Calavon a été totalement restauré et présente aujourd’hui des chais où cohabitent barriques et cuves en aluminium et béton. A l’étage, une salle a été aménagée en lieu de rencontre et d’exposition. Dans le cadre du projet Ulysses – programmé pour le 30e anniversaire des Frac et associé à Marseille-Provence 2013 –, l’artiste Marie Thébault a transformé l’espace de vente et les cuves de la cave du château en une étrange chambre de monstration. Montez l’escalier et plongez dans un monde de rêve. Vous pourriez voir apparaître des personnages mi-humains mi-végétaux, symboles d’une humanité métamorphosée. Au moment du finissage, les 19 et 20 octobre, l’artiste a prévu de s’emparer de la salle des associations – qui accueille le Salon du livre à l’occasion du Festival de l’imaginaire – pour la transformer en un lieu onirique où se trament des réinterprétations du paysage lambescain.

Jusqu’au 20 octobre.

Mireille Fulpius
Avant-projet pour le canal de Lalinde, Mireille Fulpius, 2013
Le musée à ciel ouvert du château La Coste

«  Planter  » des œuvres contemporaines parmi 130 hectares de vignes, c’est la culture du vin façon château La Coste. Le domaine, qui produit 650 000 bouteilles de coteaux-d’aix bio par an, est la propriété de Patrick McKillen, collectionneur tout autant érudit que discret. Son idée  ? Inviter des artistes de renommée internationale à créer des œuvres in situ sur ses terres. Louise Bougeois est venue en son temps déposer l’une de ses araignées aériennes sur un bassin d’eau  ; l’architecte Tadao Ando, lui, a construit un centre d’art en forme de sept. Oak Room d’Andy Goldsworthy, Aix de Richard Serra ou encore Calix Meus Inebrians de Guggi habitent les collines. Les Foxes de Michael Stipe se tiennent, quant à eux, tapis dans les bois. Ajoutez des chais signés Jean Nouvel, un pavillon de musique dessiné par Frank Gehry, deux maisons restaurées sous la direction de feu Jean Prouvé, vous obtenez une balade de trois kilomètres entre ceps, oliviers et petits bijoux d’architecture. Compter deux heures.

Michael Stipe
Foxes, Michael Stipe, 2008
Le texte en exergueau domaine Deleuze-Rochetin

Trois artistes nous invitent à les suivre dans la galerie du domaine Deleuze-Rochetin, à Arpaillargues, dans le cadre d’une exposition intitulée Entre les mots/Zones lithique et neigeuse. Cécile Andrieu, Martine Lafon et Denis Pondruel ont pour point commun une relation singulière au texte. Installée au Japon, Cécile Andrieu développe ainsi un travail méticuleux autour du langage et du mot, «  tantôt présent comme tel (journaux, livres, dictionnaires, caractères en plomb), tantôt suggéré par divers éléments visuels dont la craie, le tableau ou différents types de papier à écrire  ». «  Quelle qu’en soit la mise en scène, précise l’artiste, il ressort toujours investi d’une présence silencieuse ou mieux, d’une présence qui s’efforce d’éveiller le silence plutôt que de le combler.  » Martine Lafon aborde pour sa part lieux et paysages à travers la photographie et le dessin qu’elle accompagne de ses réflexions écrites, l’ensemble offrant une double lecture attachante des espaces traversés. Elle présente ici un travail mené en Lettonie autour de la place qu’occupent les paysages de l’enfance et la couleur rouge chez le peintre Mark Rothko. Denis Pondruel nous entraîne quant à lui dans le volume de ses chambres avec textes, mêlant fibre optique et béton pour livrer ici et là des pensées fugaces, qui pourtant titillent l’imaginaire du visiteur.

Jusqu’au 14 septembre.

Histoires de couples au château de Jau

Vignoble emblématique du Languedoc-Roussillon, le château de Jau invite trois couples d’artistes à investir son espace dédié à l’art contemporain. Couples dans la vie comme dans l’art ou collaborant simplement en duo, pour le meilleur et sans le pire, ils sont peintres, dessinateurs, photographes et vidéastes. Alors qui fait quoi et comment ? Couple emblématique, autoproclamé et se définissant comme les «  jumelles hermaphrodites de l’art  »Eva & Adèle se considèrent comme des socles de représentation. Au-delà de leur présence performative, elles proposent une œuvre foisonnante mêlant supports et matériaux classiques. Ida Tursic & Wilfried Mille s’inspirent, pour leur part, des images médiatiques pour peindre des tableaux où se côtoient le glamour, la pornographie, la mode, le luxe, l’urbain et la mort. Anne Colomes & Laurent Le Deunff, enfin, présentent une mise en scène de la notion de paysage et de sa représentation.

Jusqu’au 30 septembre.

Cécile Andrieu
Pierre de silence, Cécile Andrieu, 2012

Débusquer des sculptures au château de Bosc

Lové dans une petite commune du Gard, le château de Bosc est un domaine qui produit de belles cuvées – sans sulfites – et a ouvert l’an dernier une galerie d’art contemporain, sitôt repérée pour avoir exposé des œuvres d’artistes majeurs de la figuration libre, tel Combas, ou du nouveau réalisme, comme ses aînés disparus César, Arman et Niki de Saint Phalle. Cette année, avec Imagine, le parc accueille une vingtaine de sculptures qui sont à découvrir comme autant d’œuvres remarquables installées le long d’une allée, dans une prairie, sous les arbres ou autour des buis. Laissez-vous prendre au jeu  ! On se frotte aux pièces silencieuses de Jean-François Coadou, qui ne s’enjambent ni se contournent, à l’oiseau de Régina Falkenberg, porteur d’un message mystique, à la Tour rose de Jordi, objet ludique à marier les contraires et autres figures singulières.

Jusqu’au 15 novembre.

Retrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2013 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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