Anne Marie Laureys – La volupté au bout des doigts

« Très vite, je me suis lassée du beau, de la symétrie et ai été attirée par le bizarre, le laid », confie la céramiste Anne Marie Laureys. La quinzaine de ses pièces d’argile exposées à la galerie Claire Scremini dépasse effectivement les limites du genre et propose un art de la céramique du déconstruire. Depuis les années 2000, cette artiste belge s’est éloignée de ses premières amours consacrées aux techniques d’assemblage pour développer une approche plus sensuelle, très organique, basée sur la déformation de ses sculptures intitulées Clay-e-motion, l’argile en marche…

De son four installé en Belgique, non loin de Tournai, sortaient alors des vases, des plats ou des jardinières. Peu à peu, l’artiste décide de s’affranchir de ces formes trop sages, de pièces qu’elle juge par trop « décoratives ». Exit les pièces parfaites ! Patiemment, elle retient son souffle, tord, plie, ride les parois fragiles de l’argile fraîche encore molle et, avec une retenue proche de la volupté, crée du bout des doigts des débordements de lignes, joue des creux et des pleins, invente fronces et boursouflures. « Il faut un certain courage pour détruire des pièces si sereines », précise-t-elle. Pour obtenir l’élasticité nécessaire, elle réalise un modelage appuyé et souple à partir de pièces en en cours de séchage, témoins des infinies possibilités plastiques de cette matière qui la fascine.

Il en résulte des pots aux contours inédits, dont la texture rappelle celle d’une peau aux couleurs crayeuses d’un trouble velouté. En effleurant les sculptures, on capte l’irrationalité de cette chair, le magnétisme de la pièce, les tensions qui l’habitent, la sensualité de l’artiste et son rapport à la terre charnel et viscéral. Avec leurs tons grège, leurs renflements, leurs stries et ondulations, les créations d’Anne Marie Laurens s’inscrivent dans un environnement où « la relation avec la terre est autre ». « Ses œuvres, écrit le spécialiste de la céramique contemporaine Yves Peltier, suggèrent des concrétions minérales souterraines formées par le ruissellement de l’eau (…) mais aussi des paysages désertiques avec (…) leurs lignes de crête ».

Depuis 2009, Anne Marie Laureys s’est lancée dans une nouvelle recherche, entend dépasser le concept de contenant et questionner le bord et la lèvre de la forme tournée. « Dans le silence de mon atelier, je travaille à de nouvelles pièces fermées par assemblage pour me concentrer sur leur seul extérieur ». Une nouvelle empreinte pour, toujours, remettre en question la règle, transgresser la forme. Entre sensualité de la recherche et plaisir de l’utilitaire, une même quête l’anime, celle qui rompt avec la monotonie, une manière de forcer tout ce qui pourrait ressembler à une habitude.

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Vue d’exposition, Anne Marie Laureys, 2011

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