Arryn Snowball – L’explorateur du quotidien

Arryn Snowball courtesy Heiser gallery

Des volutes de vapeur s’échappant d’une bouilloire, des draps séchant au gré du vent, un rayon de soleil traversant la fenêtre pour tracer son chemin sur un mur, Arryn Snowball n’aime rien tant que s’inspirer de ces petits moments du quotidien, dont il met en exergue les jeux d’ombre et de lumière, saisit le mouvement ou pointe avec poésie toute chose simple. « J’aime la nourriture, la vie, les livres, les amis, l’art, les nuages, les montagnes et la mer. Tant d’autres choses m’attirent, parfois jusqu’à l’obsession. » De la tomate qu’il est en train de cuisiner, à l’hélicoptère miniature qu’il tente de faire décoller, en passant par la lecture d’un essai sur la perspective dans la peinture du XVe siècle, tout est chez l’artiste australien prétexte à un questionnement esthétique, à une application plastique. Observateur assidu de la nature et de ses éléments, il affectionne particulièrement le vent (Sheet painting, 2009), mais aussi la lumière pour son influence sur notre perception et la subtilité de ses effets. Au cœur d’un nuage de vapeur, par exemple, dont il reste fasciné par le caractère éphémère, la douceur, mais aussi le côté mystérieux (Steam 07). « La vapeur est un sujet libre et sans forme, un élément littéralement dans un état de transition, un moment situé entre l’eau et l’air, un souffle. Elle contient son propre vide, sa propre plénitude. Dans mes récents travaux sur le sujet, je me suis appuyé sur la vidéo pour tenter de transcrire le mouvement en cours, mais aussi la lumière qu’elle contient. » Et de reconnaître, également, une forme d’hommage à Turner dans son souci de représentation d’une atmosphère.

« Je suis peintre », tient-il à affirmer. Pourtant, si Arryn Snowball commence toujours avec le désir de coucher son intention sur la toile, il lui arrive parfois de préférer s’exprimer à travers la photographie, la vidéo ou l’écriture. C’est le cas pour Structures for the half and half man (Sticks and shadows), une série de photos dans lesquelles il joue depuis différents angles avec la lumière, toujours, et les ombres produites par ses petites constructions de bois, abstraites et intrigantes. Sa curiosité pour le texte, il la doit notamment à son attrait pour le travail du peintre néo-zélandais Colin McCahon. « C’est en écrivant à son propos que j’ai eu envie de peindre du texte. Ce que j’ai fait de multiples manières. » Avec Synonym to antonym : Endings (2011), il propose des listes de synonymes « non pas peintes, mais imprimées, qui sont pour moi un moyen de démontrer à quel point le langage est labile et comment un mot aussi ferme que “tenir” peut, en une vingtaine de synonymes successifs, perdre toute sa force. »

Installé à Brisbane, sur la côte Est de l’Australie, il en apprécie le caractère cosmopolite et le « dynamisme » de la communauté artistique, qui compte dans ses rangs l’Autrichien Franz Ehmann, l’Ecossais Pat Hoffie ou bien encore l’Anglais Ian Friend. Après avoir longtemps occupé un atelier, il a pris la décision d’aménager son propre espace de création chez lui, afin d’y gagner en liberté, tant de réflexion que de travail. Nouveau lieu, nouveau projet. Après trois expositions coup sur coup en quelques mois, il a aujourd’hui toute une année devant lui avant la prochaine échéance (au musée de la Queensland University of Technology). Un répit qu’il compte bien mettre à profit pour explorer de nouvelles pistes dans les méandres du quotidien.

Arryn Snowball courtesy Heiser gallery
Synonym to antonym : @Endings (Breathe), Arryn Snowball, détail, 2011

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