Nuit Blanche 2015 – Ne perdez pas le Nord !

La 14e édition de la Nuit Blanche de Paris a lieu ce samedi 3 octobre. Conçue autour des enjeux environnementaux contemporains – COP21 oblige ! –, la manifestation propose notamment deux parcours artistiques traversant respectivement l’ouest et l’est de la moitié nord de la capitale. Une trentaine de sculptures monumentales, performances et installations visuelles et sonores sont à découvrir qui entendent faire réfléchir, sensibiliser aux questions environnementales ou encore interroger les rapports entre l’univers urbain et la nature. Petit tour d’horizon.

Pour la première fois, la Nuit Blanche de Paris s’articule autour d’un thème commun proposé aux artistes invités à investir la capitale en cette soirée dédiée à l’art. Un choix en lien direct avec l’accueil en décembre de la COP21, sommet international des Nations unies relatif à la problématique du réchauffement de la planète. Au-delà d’un militantisme inédit prôné par cette édition, le maire de la capitale Anne Hidalgo tient à réaffirmer l’importance de l’événement : « En dehors de l’aspect économique, l’attractivité d’une ville se mesure aussi à sa capacité de création artistique. Nuit Blanche est un moment de communion pour les Parisiens et, plus largement, pour tous les amoureux de notre ville. Nous avons fixé deux objectifs primordiaux : l’accessibilité et l’excellence. » Le premier se traduit par une attention particulière portée aux handicapés, qui devraient disposer de facilités de déplacements, l’ouverture toute la nuit de certaines portions de lignes de métro et par l’installation de la majorité des œuvres dans l’espace public. Pour la deuxième année consécutive, la direction artistique du rendez-vous a été confiée à José-Manuel Gonçalves qui, en réponse au thème choisi, a souhaité convier les spectateurs à une « interrogation ludique et citoyenne, mais pas catastrophiste ».

Zhenchen Liu
Ice Monument (photomontage), Zhenchen Liu

Parmi les nouveautés du programme 2015, deux parcours – Nord-Ouest et Nord-Est – sont réalisables à pied et reliés entre eux par un troisième circuit intitulé Tangente ; tous ont à cœur d’investir des lieux méconnus. Si une volonté de décentralisation se traduit par l’investissement de la Petite Ceinture* – ancienne ligne de chemin de fer qui fait le tour de Paris – et le prolongement de l’un des itinéraires dans la ville d’Aubervilliers, le quartier « historique » de la manifestation s’étendant autour de l’Hôtel de Ville reste lui aussi très actif. Le parvis de la mairie accueille notamment l’installation phare Ice Monument, qui fait explicitement écho à la COP21. Réalisée par l’artiste chinois Zhenchen Liu, elle est constituée de 270 blocs de glace colorés représentant les différents pays du monde qui devraient fondre progressivement au cours de la soirée pour, finalement, former une toile abstraite à même le sol. Le processus, à la fois très esthétique et symbole de la fonte des glaces, devrait durer entre 4 et 6 heures* Pour des raisons de sécurité, il est précisé que l’accès à la Petite Ceinture ne sera autorisé qu’aux personnes portant des chaussures fermées.

Non loin, entre 22 h et 22 h30, Elisa Pône se livrera à une performance alliant feux d’artifice et musique spectrale. Parmi les nombreux autres rendez-vous alentour, notons l’accès aux collections permanentes du Centre Georges Pompidou ou encore InterDÉPENDANCE, exposition sur le thème de l’indépendance spatiale proposée par le Cnes – le Centre national d’études spatiales – qui réunit une installation, une sculpture et une œuvre vidéo, respectivement signées de Paolo Codeluppi & Kristina Solomoukha (Computer), Bruno Petremann (Du désert, Diamant s’en va) et Erwan Venn (A la conquête de l’espace) et qui interroge la relation entre archives, histoire, mémoire et création. A la Maison du geste et de l’image sera lancée la septième édition de l’Opline Prize, prix d’art contemporain décerné à partir du vote des internautes.

Erik Samakh, photo Marc Domage
La nuit des abeilles, Erik Samakh

Le parcours Nord-Ouest, qui s’étend du VIIIe au XVIIIe arrondissement sur environ quatre kilomètres, débute par le Musée Nissim de Camondo, près du Parc Monceau, dans la cour duquel Massimo Furlan a installé un ancien carrousel et convie 12 philosophes à y monter pour déclamer sur la mort, la catastrophe, le temps et autres questions relatives aux changements climatiques (Après la fin, le congrès). Non loin, du côté du boulevard de Courcelles, Erik Samakh met en place La nuit des abeilles, installation sonore poétique conçue à partir de bruits d’animaux – insectes, oiseaux, batraciens, etc. – enregistrés dans le sud de la France. L’artiste offre ici au public parisien, plus habitué au vacarme de la ville qu’aux divers langages de la nature, d’« écouter » les effets du réchauffement climatique, qui modifie profondément les différents écosystèmes. La suite de la balade nous emmène vers le Parc Clichy-Batignolles, avec deux étapes à la clé : Waterlicht, « la lumière de l’eau », est une œuvre du Hollandais Daan Roosegaarde qui emploie un dispositif lumineux pour simuler une vague de trois mètres de haut, métaphore des conséquences de la montée des eaux. Plus insolite, Parsec est une installation cinétique signée Joris Strijbos et Daan Johan à découvrir sur la Petite Ceinture au creux d’un tunnel habituellement interdit au public. Seize bras munis de dispositifs lumineux et sonores y tournent à vive allure autour d’un même axe, produisant un spectacle des plus hypnotiques. Enfin, parmi les quelques possibilités sélectionnées, citons Nuage qui allie installation et performance : Stéphane Ricordel entend jouer les funambules au-dessus des anciens rails de la Petite Ceinture avant de se laisser chuter sur un nuage installé plus bas – à 10 m du sol ! –, faisant écho tant à un rêve d’enfant qu’à l’instinct de conquête propre à l’homme.

Etienne Saglio
Projet fantôme, Etienne Saglio.

Pour faire le lien entre les deux parcours principaux, se déployant dans des directions parallèles, les organisateurs ont imaginé vous faire prendre la Tangente ! Ne manquez pas, place Jules Joffrin, l’amusant et poétique Projet Fantôme d’Etienne Saglio, une performance qui le verra guider une forme énigmatique, évoquant le mythe des esprits défunts, à l’aide d’une technique dont lui seul a le secret ! De quoi aborder le parcours Nord-Est avec le goût du mystère. Si la plupart des œuvres ne sont présentées que le temps d’une nuit, plusieurs sont destinées à devenir pérennes. C’est le cas de Maison Fond, installation signée Leandro Erlich, observable à la Gare du Nord. Allégorie de l’impermanence, il s’agit de la reproduction d’un bâtiment parisien donnant l’illusion de fondre à cause du réchauffement climatique. Le titre a été choisi pour sa proximité phonétique avec « mes enfants » ; une manière d’interroger le spectateur sur l’héritage légué aux générations futures. Autre installation, située sur le pont de la rue de l’Aqueduc et signée Julius Popp, Bit.Fall (notre photo d’ouverture) utilise un logiciel simulant sur un écran une pluie dont les gouttes dessinent différents mots et messages d’avertissement. L’assemblage de pixels évoque les particules fines, si minuscules et pourtant sources immenses de problèmes ; le défilement des mots reprend l’idée d’intemporalité et d’évolution.

Encore Heureux
Extinction, Encore Heureux.

Le parcours Nord-Est comporte également sa part d’endroits insolites : le tunnel piétonnier de la gare Rosa Parks – ouvert exceptionnellement pour Nuit Blanche –, par exemple, accueille Spectrum, œuvre utilisant les phénomènes de réfraction et de diffusion de la lumière. Conçue par Chikara Ohno et Yusuke Kinoshita, architectes et plasticiens japonais, elle semble créer un immense faisceau lumineux aux couleurs variées, se propageant puis disparaissant, telle une métaphore du climat. Enfin, dans un style plus direct, le collectif d’architectes Encore Heureux met en place une centaine de gyrophares formant le mot « extinction », également titre de la création. Une tentative de réanimer les consciences face à aux tristes prédictions reprises en chœur par les scientifiques : la sixième extinction massive de l’histoire de la planète est en marche, majoritairement à cause de l’action humaine. Terminons sur une note plus douce, pour une nuit supposée festive, avec Exo, une proposition de Félicie d’Estienne d’Orves et Julie Rousse, réalisée en collaboration avec l’astrophysicien Fabio Acero, offrant de regarder et d’« écouter » les étoiles en temps réel. Bonne Nuit !

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