Kleber Matheus à Marseille – Les couleurs du Brésil

Dans le cadre de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la culture, agnès b. a imaginé une suite d’expositions qui valorise, in situ, différentes facettes de son attachement à l’art contemporain et aux artistes émergents. Chacun de ceux qui ont été sélectionnés incarne une forme d’escale, l’ensemble des sept propositions – intitulé Dépaysement – esquissant un parcours qui entraîne le public à la découverte d’univers culturels inédits ou méconnus. L’installation pensée par le Brésilien Kleber Matheus est la cinquième escale proposée dans le project-room de la boutique marseillaise de la marque.

L’œuvre de Kleber Matheus est chargée de caractères spécifiquement brésiliens et issus du tropicalisme, comme l’utilisation de la couleur pure et de ses harmonies franches, une atmosphère festive et luxuriante, ou encore la création d’ambiances qui transmettent aux spectateurs des sensations positives. A l’occasion de l’invitation qui lui a été faite à Marseille, le jeune néoniste a imaginé un jardin épanoui autour d’un bassin illuminé par un ensemble de néons rythmant l’espace et magnifiant les éléments, aquatiques et végétaux. Les plantes sélectionnées ici entendant dépayser le regard marseillais et tropicaliser la citée phocéenne.

Kleber Matheus est né à São Paulo en 1980. L’immensité de la ville, capitale culturelle du Brésil, à la fois centre financier et carrefour urbain le plus important d’Amérique latine, marque ses souvenirs d’enfance tout autant que le souffle qui la déride à partir de 1985, après des années de dictature militaire. Deux ambiances conjuguées vont alors influer sur les goûts de l’artiste en devenir et permettre à sa sensibilité de s’épanouir totalement : la découverte de la modernité et la redécouverte d’un patrimoine presque ignoré marqué par la figure tutélaire d’Oscar Niemeyer  ; enfin, la présence maternelle, originale et sensible, dont il conte l’âme d’esthète. Kleber Matheus s’oriente vers des études d’art dès 1996, intégrant, à l’âge de seize ans, l’Ecole de dessin technique de São Paulo. Deux ans plus tard, il étudie au Liceu de Artes e Oficios (Lycée des arts et métiers) de la ville. Il découvre alors les œuvres d’Hélio Oiticica, Lygia Clark, Burle Marx et s’inspire des néoconcrétistes, du Bauhaus, de De Stilj. La géométrie et l’abstraction s’enracinent dans son œuvre lumineuse et graphique, qui flirte souvent avec l’architecture. Les premiers néons datent de 2002  ; ils établissent dès le début des combinaisons chromatiques dont la résultante est essentielle et choisie, tout comme leur présentation souvent néoconstructiviste. Lignes droites, courbes, nœuds, cubes et masques composent son vocabulaire usuel.

Le jeune plasticien confie sa passion pour le design et l’art moderne. Mais au-delà de la forme et d’une profonde contemporanéité, qui permettent à la mode et au design de s’harmoniser à l’ensemble des médiums utilisés, est diffusée une valeur spirituelle et philosophique inhérente à la mise en espace végétale de la lumière ainsi qu’à la mise en exergue de la forme. Ce procédé rappelle le principe suprématiste de Kazimir Malevitch selon lequel le motif, représenté au cœur de l’infini blanc, définissait l’accession pour l’âme humaine à une dimension suprême, extatique.

Kleber Matheus, photo C. Waligora
Jardin d’Eden (détail), installation, Kleber Matheus, 2013
Kleber Matheus, photo C. Waligora
Jardin d’Eden (détail), installation, Kleber Matheus, 2013
l’aube du troisième millénaire, Kleber Matheus ressuscite à travers le matériau de prédilection de Dan Flavin, Claude Lévêque, François Morellet, ou encore Tracey Emin, un « système » où la forme illuminée agit directement sur les consciences. Il imagine ici, avec cette installation pensée au seuil de la Méditerranée, un nouvel éden au cœur duquel il fait bon oublier la notion de péché originel. A l’inverse de la mythique caverne platonicienne, les néons suspendus et qui émergent du plan d’eau installé à la galerie agnès b. de Marseille figurent les stalactites et stalagmites d’un antre extraordinaire, où l’on se sent invité à demeurer à plaisir. Ce projet est pleinement l’héritier de l’installation Neornamental, présentée en 2008 à la galerie Polinesia, à São Paulo.En résidence au Frac Paca

La présence de l’artiste brésilien dans la cité phocéenne ne se limite cependant pas à la boutique agnès b. – saluons ici le rôle joué par l’énergique Laura Morsch, de la Galerie du Jour à Paris, dans la diffusion de l’œuvre. Travailleur insatiable, il s’intéresse de longue date à la création de maquettes de livres, notamment pour le collectif franco-brésilien Avaf (Assume Vivid Astro Focus), avec lequel il expose à plusieurs reprises entre 2006 et 2011. Auparavant, en 2002, il a imaginé avec Dudu Bertholini – mannequin, styliste et créateur de mode – un fanzine d’art et d’esthétique contemporaine, 2 Fanzine, dont le numéro 7 doit être lancé dans le cadre du salon international d’art contemporain ART-O-RAMA qui se tient à Marseille jusqu’au 7 septembre. La publication expérimente toute forme de techniques d’impression, parmi lesquelles le marquage à chaud, la sérigraphie, le découpage, et diffuse les œuvres et créations d’artistes brésiliens émergents ou déjà consacrés internationalement. Chaque page est pensée comme un espace d’exposition par Kleber Matheus, qui en assure la direction artistique. Un petit bijou de l’impression contemporaine, qui vient de rejoindre les collections du Fonds régional d’art contemporain de Provence-Alpes-Côte d’Azur dans le domaine du livre, de l’édition et des multiples d’artistes. Le directeur de l’institution, Pascal Neveux, a invité cet été l’artiste en résidence pendant deux mois. Celui-ci a conçu dans ce cadre une installation qui sera présentée sur la terrasse du bâtiment signé Kengo Kuma. Pour ce travail, Kleber Matheus est allé, notamment, à la rencontre des fabricants d’enseignes publicitaires et nénonistes marseillais Eric Servi et Joseph Tomasi. Ancrée dans le présent, l’œuvre forme un cercle de lettres obliques et lumineuses occupant l’espace de toutes leurs vibrations  ; composée d’éléments de récupération – lettres et cannes de verres, qui étaient conservées depuis des décennies à Marseille et Aubagne –, elle rend compte d’une mémoire marseillaise du néon. L’installation doit être inaugurée demain, samedi 31 août, et devrait, elle aussi, intégrer la collection du Frac Paca.

La scène brésilienne à l’œuvre

A l’occasion d’ART-O-RAMA, la boutique marseillaise d’agnès b. présente une exposition collective qui met à l’honneur la scène artistique brésilienne en réunissant, autour de Kleber Matheus, notamment Ricardo de Castro, Fabio Gurjao et Camila Sposati. Le premier doit interpréter sa performance Transformer au cours de laquelle, dans une ambiance explosive, le public est mis à contribution puisqu’invité à lancer sur un mur des ampoules de verre remplies de peinture  ! Camilla Sposati présente, quant à elle, pour la première fois en France, la vidéo – tournée au Brésil – Submarine Rescue Signal (2003), où des fumigènes de couleur orange émergent d’un bord de mer rappelant les crêtes des calanques provençales. Ces œuvres viennent faire écho – selon les jeunes artistes – aux manifestations et au soulèvement populaire de juin dernier. Pour couronner cet élan, le tympan de la voûte couvrant le fond de la boutique – précédemment peint par le duo Lek et Sowat – a été confié à Ricardo de Castro, Fabio Gurjao et Yassin Lahmar. Seul invité français auprès des Brésiliens, ce dernier est l’inventeur de motifs colorés qui font de toutes ses créations sur tissu des pièces uniques.

Kleber Matheus, 2 Fanzine
Extrait du septième numéro@de 2 Fanzine, Kleber Matheus, 2013

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