Design Parade 7 à Hyères – Matière à formes

Julie Richoz courtesy Villa Noailles

Devenue centre d’art en 2003, la Villa Noailles, à Hyères, soutient la création contemporaine dans les domaines de la mode, de la photographie, du design et de l’architecture à travers différents types de manifestations. Le festival international Design Parade, qui s’est tenu fin juin, célébrait cette année sa septième édition. Plusieurs expositions, inaugurées à cette occasion, restent ouvertes jusqu’au 30 septembre. Parmi elles, la présentation des travaux de dix designers mis en compétition lors du festival, une autre dédiée à François Azambourg, président du jury, ou encore celle rassemblant les pièces de Jean-Baptiste Fastrez et de Brynjar Sigurðarson, lauréats ex-aequo du Grand Prix Design Parade 2011. La récompense, décernée en partenariat avec la Cité de la céramique de Sèvres, le Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques de Marseille (Cirva) et la galerie Kreo, a été remis cette année à la Franco-suisse Julie Richoz*, qui présente à Hyères deux séries d’objets : le set de bureau Arrotolare, inspiré par la gestuelle du ramasse-miette, et le plat Bouleau, réalisé à partir de panneaux multiplis en bois. Le Prix du Public 2012 a, quant à lui, été décerné au jeune designer français Marc Sarrazin, pour son projet développé autour du réveil. Tous deux livrent ici quelques-unes des clés de leurs démarches respectives.

Julie Richoz  : «  J’aime les libertés qu’offre le métal  »

ArtsHebdo|Médias. – Comment s’articule votre travail  ? L’idée précède-t-elle le choix d’une matière ou bien l’attrait pour une matière prime-t-il sur l’idée ?

Julie Richoz. – Cela dépend du projet, mais partir d’une matière est une méthode qui me convient très bien. J’aime comprendre ses particularités, ses limites et jouer avec ces dernières. Pour la série de corbeille Thalie, j’ai eu dès le départ envie de travailler de très fines plaques d’acier. J’avais également en main un livre ancien, un ouvrage de dames donnant les clés de certains savoir-faire manuels tels que le crochet, le tricot et autres broderies. J’ai utilisé ces deux références pour obtenir des paniers très souples, aux courbes douces, à mi-chemin entre le métal et le textile.

Affectionnez-vous une matière plus qu’une autre  ?

J. R. – J’aime beaucoup le métal. Il peut être dur, souple, pliable ou ressort. Il est froid mais peut avoir un aspect très chaleureux. J’aime les libertés qu’il offre et les lignes très claires qu’il dessine. Mon travail se base aussi beaucoup sur la découpe de plaques ou de feuilles qui sont ensuite mises en volume. C’est le cas, par exemple, avec le plateau et la corbeille Bouleau  : une planche de bois est découpée de sorte qu’elle devienne souple et s’enroule autour d’une plaque en métal pour former un contenant. Cette manière de faire me permet de travailler d’abord avec des feuilles de papier, et de développer le projet par de nombreuses maquettes.

Avez-vous recours à la modélisation numérique  ?

J. R. – Je ne suis pas particulièrement attirée par la modélisation par ordinateur et, tant que le projet le permet, je préfère éviter les logiciels 3D  : je pense être plutôt manuelle. D’ailleurs, rien de remplace une maquette à l’échelle 1 pour visualiser au mieux le résultat final.

Quels sont vos projets ?

J. R. – J’ai deux amis avec lesquels je souhaiterais m’associer. C’est un projet qui me tient à cœur car j’aime beaucoup échanger avec eux et j’ai énormément de considération pour leur travail. Sinon, j’espère simplement que la suite me réservera de bonnes surprises  ; je préfère ne rien attendre de particulier, pour mieux apprécier ce qui peut m’arriver.* La jeune designer bénéficiera d’une exposition personnelle à la Villa Noailles en juillet 2013, de deux résidences – l’une à la Cité de la Céramique de Sèvres, l’autre au Cirva –, ainsi que d’une bourse de création de 5 000 euros offerte par la galerie Kreo.

Julie Richoz, photo Olivier Amsellem courtesy Villa Noailles
Julie Richoz
Julie Richoz photo Olivier Amsellem courtesy Villa Noailles
Vue d’exposition, Design Parade 7 à la Villa Noailles, Julie Richoz, 2012
Marc Sarrazin  : «  L’idée prime sur le choix de la matérialité  »

Marc Sarrazin, photo Claire Lavabre courtesy Villa Noailles
Rêveils, Marc Sarrazin, 2012
ArtsHebdo|Médias. – Le design semble être pour vous, davantage que la conception de formes, un moyen d’interroger notre relation à l’objet. Qu’entendez-vous par-là ?

Marc Sarrazin. – Le designer est effectivement souvent considéré comme un créateur de formes spécifiques pour une industrie donnée, alors que le design devrait être envisagé, plus en amont, comme un moyen de questionnement et de remise au cause des choses au sein d’un environnement en perpétuel mutation. C’est davantage une équation conditionnée par de multiples facteurs : culturels, économiques, sociaux, artistiques, technologiques, etc. Pour ce qui est d’un objet, sa forme, quoiqu’importante, ne me semble pas non plus être la question essentielle. Il me paraît plus intéressant de l’envisager tout d’abord comme le composant potentiel d’un système et, donc, de se concentrer sur la manière dont il va intervenir, sur les rapports et articulations qu’il va engendrer, sur les nouveaux usages qu’il va déclencher. C’est finalement un travail de questions ouvertes, tandis que la conception de formes en est une réponse arrêtée à un instant T.

Quelles sont les questions soulevées à travers Rêveils, présenté dans le cadre de Design Parade<sp> ?

M. S. – Il s’agissait justement de la remise en cause d’un objet fonctionnel rarement revisité, en l’occurrence le réveil matin. Le terme « fonctionnel » est trop souvent considéré comme lié à un but  : par exemple, nous réveiller… coûte que coûte  ! Mais ce qui est « fonctionnel » est pour moi quelque chose qui s’adapte à un ordre ou à un système. Or le système auquel le réveil matin devrait être adapté n’est ni notre chambre à coucher, ni notre table de chevet mais, plus largement, le sommeil  : un cycle vital, un espace de transition entre rêve et réalité qu’il est important de prendre en compte. C’est ce postulat que j’explore à travers le projet Rêveils, en revisitant librement l’objet selon les trois temporalités du sommeil. Tour à tour dédiés à l’endormissement, au sommeil profond et au réveil à proprement parler, les trois Rêveils proposent une nouvelle approche de l’archétype qui va au-delà du signal quotidien programmé à heure fixe, en s’appuyant sur le développement des sciences cognitives, l’avènement des nouvelles technologies, tout en donnant la part belle à l’irrationnel, complément du rationnel.

Le travail d’une matière particulière a-t-il de l’importance ou bien l’idée prime-t-elle sur le choix de la matière ?

M. S. – Tout dépend du contexte. Si un industriel ou un éditeur me contacte pour travailler sur un projet devant intégrer une matière spécifique, soit pour la mettre en avant, soit pour faire rentrer un objet dans une collection, il n’y a, a priori, pas lieu de s’y opposer  ; cela peut même être un ancrage intéressant. Mais en règle générale, l’idée prime sur le choix de la matière, on pourrait même dire que l’idée prime sur le choix de la matérialité, car la réponse d’un designer peut être un service. Tout dépend du contexte.

Marc Sarrazin, photo Olivier Amsellem courtesy Villa Noailles
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