Je Vœux à Villeneuve d’Ascq – Offrande collective

L’exposition Je Vœux met en scène une pratique à laquelle l’humanité s’adonne depuis des millénaires : la confection d’ex-voto, ces symboles de la piété populaire qui ont pour fonction de protéger, guérir, exaucer, ou encore remercier. Médiateurs entre l’homme et les dieux, treize artistes* sollicitent ici les forces du monde invisible à travers un ensemble d’œuvres présentées dans le cadre de l’Atelier-2, à Villeneuve d’Ascq dans le Nord, jusqu’au 24 février.

« Depuis toujours, je m’intéresse à ces objets que l’on charge d’espoir, de demandes, de suppliques, explique Béatrice Meunier, artiste instigatrice de l’exposition. J’étais très curieuse de la façon dont ce sujet pouvait être interprété par d’autres plasticiens. » Fascinée par le textile, elle coud, brode, tisse depuis toujours ; une création méditative pendant laquelle elle charge son travail de puissance affective. Elle présente ici une pièce paradoxale : Le Combat, une robe chinoise dépouillée de ses dragons, animaux symboliques et protecteurs, qui ne peuvent donc pas jouer leur rôle. Il s’agit notamment de dénoncer la condition de la femme en Chine, devenue une « denrée rare  », enlevée et vendue au plus offrant. Béatrice Meunier a également habillé pour l’occasion les Femmes recousues de Catherine Ursin, des « ex-voto du dedans » à découvrir grâce à la radiographie.

Chaque œuvre est porteuse d’une prière ou d’un vœu ; chaque artiste poursuit le fil d’une narration personnelle ou universelle. Pour guérir de sa phobie des papillons de nuit, Laure Guelle a choisi de créer des papillons-broches, à partir de cols Claudine. Chacune de ses pièces correspond à un cauchemar. Dans l’espoir de conjurer la maladie, Lika Guillemot entreprend pour sa part de revêtir le membre défaillant d’une protection, qui repousse les maux du corps et de l’esprit. Les âmes d’Audrey Dewet frôlent l’amour, tandis que les vanités de Boistine tutoient la mort. Visibles et invisibles, les sculptures textiles de Cristine Ricateau, fragiles armures, exhibent les organes en une étrange et délicate demande d’intercession.

Saura-t-on, en définitive, à quel saint se vouer ? Il n’y a sans doute pas de réponse à attendre. Incarnation de la révolte, Josiane, femme dansante de Catherine Ursin, a été sacrifiée par le feu lors du vernissage de l’exposition. Fides, sculpture canine et incarnation de la fidélité absolue d’Armelle Blary, veille dans l’attente silencieuse de sa récompense. Entre ces deux figures se place la fragilité de la confiance, la nécessaire persévérance de la foi et la force que ces œuvres votives continuent de distiller après la fermeture des portes.

* Avec Béatrice Meunier, BMZgd, Lika Guillemot, Laure Guelle, Catherine Ursin, Laurence Verdier, Cristine Ricateau, Caroline Martin, Boistine, Yuri Toroptsov, Armelle Blary, Audrey Dewet et Anne Leurent.

Catherine Ursin
Terres Brûlées, Josiane, Catherine Ursin

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