L’art contemporain et la Côte d’Azur – Sur les traces des muses azuréennes

Noël Dolla courtesy galerie Dominique Fiat

Du Muy à Menton, en passant par Barjols, Saint-Laurent-du-Var ou Coaraze, ce sont une trentaine de communes et plus de 50 lieux culturels qui participent à la programmation de l’une des plus ambitieuses manifestations de l’été, intitulée L’Art contemporain et la Côte d’Azur – Un territoire pour l’expérimentation. Consacrée à 60 années de production artistique, de 1951 à aujourd’hui, elle s’organise autour des œuvres de près de 300 artistes venus puiser leur inspiration sur les rivages lumineux ou dans l’arrière-pays escarpé de la Méditerranée. Revendiquant une histoire riche et mouvementée, la région s’affiche ici en tant que laboratoire audacieux et dynamique de recherches artistiques. Une multitude de rencontres et de rendez-vous sont au programme et s’organisent en parallèle au projet commun imaginé par les institutions participantes, organisatrices d’une vaste exposition à la fois historique et scientifique. Ce premier volet de la manifestation vise à appréhender les grands sujets abordés et les principaux médias utilisés par les artistes depuis 1951. Peinture, sculpture, vidéo, performance, architecture, toutes les disciplines sont à l’honneur et témoignent autant de l’intérêt des artistes contemporains pour la couleur, le son, l’objet ou la figure que de la multiplicité de leurs approches.

Développé au sein de centres d’art, d’écoles, d’associations, de fondations ou de galeries, un second volet, constitué d’une très grande diversité de propositions, vient offrir un regard complémentaire aux thématiques énoncées par les grands musées de la région. A Nice, par exemple, la galerie de la Marine met en lumière la jeune création contemporaine en présentant les travaux des diplômés 2011 de la Villa Arson. Le lieu associatif Le Dojo accueille pour sa part Céleste Boursier-Mougenot, musicien et plasticien auteur d’une installation sonore et numérique. Index (v5) met en scène un piano à queue «  relié  » à l’ensemble des ordinateurs des collaborateurs du Dojo. Chaque saisie de texte est transformée en un morceau joué par le piano et participe à l’élaboration d’une partition unique, composée au fil des trois mois que dure l’exposition. Une deuxième installation de l’artiste est à découvrir sur le site de l’ancien lavoir de Mougins. Fisheyedrone est une autre pièce sonore, mais également vidéo, créée cette fois grâce à l’intervention involontaire et aléatoire de centaines de poissons rouges dispersés dans les bassins !

Céleste Boursier-Mougenot
Fisheyedrone, installation présentée au Lavoir@de Mougins, Céleste Boursier-Mougenot, 2011
Roland Flexner courtesy galerie Nathalie Obadia
Sans titre n°21 (Mourner vert), huile sur toile, au musée d’Art moderne@et d’Art contemporain de Nice, Roland Flexner, 1992

Odeurs et éveil des sens, luxe et design, industrie et matériaux, travail plus spécifique du verre et jeux de transparence, sont les thèmes des œuvres spécifiquement conçues par Berdaguer & Péjus, Gérard Collin-Thiébaut, Peter Downsbrough, Brigitte Nahon, Jean-Michel Othoniel et Dominique Thévenin, à la suite de l’invitation originale qui leur a été lancée par le musée international de la Parfumerie de Grasse. La commune de Coaraze a eu l’idée non moins séduisante de renouveler une expérience menée en 1969 par Daniel Dezeuze, Patrick Saytour, Bernard Pagès et Claude Viallat (groupe Supports/Surfaces), lesquels avaient investi l’espace public du village. En 2011, quatre jeunes plasticiens – Frédérique Nalbandian, Pierre Descamps, Xavier Theunis et Emilie Perotto – relèvent le défi et nouent des liens complices avec les spécificités architecturales et naturelles des lieux.

A Cagnes-sur-Mer, la Maison des artistes réunit Tatiana Wolska et Alexandra Guillot pour une mise en résonance de leurs œuvres – sculptures, installations, dessins –, qui se rejoignent notamment par la dimension poétique et intuitive que chacune des deux plasticiennes leur confère. Patrick Moya est l’invité du centre d’art La Malmaison de Cannes et y transpose son univers virtuel, mis en scène sur Second Life, par le biais de vastes toiles tendues et peintes in situ qui entraînent le visiteur au cœur d’un monde imaginaire, étrange et merveilleux. C’est une autre forme de voyage que propose Le Module, à Saint-Laurent-du-Var, où le dessinateur et scénariste de BD Edmond Baudouin présente une sélection de planches, peintures, dessins et esquisses réunis autour du thème de l’évasion et de la liberté. Le photographe Nicolas Frémiot, qui met la marche au cœur de son travail, s’est pour sa part esquivé le temps de réaliser, pour le musée de la photographie André Villers de Mougins, une œuvre-performance intitulée Je photographie donc je marche !. Au fil de ses pas qui l’ont conduit de Mougins à Menton, d’un lieu d’exposition à l’autre, l’artiste a porté un regard particulier sur la quasi totalité des espaces participant à la manifestation, tout en s’attachant à montrer le territoire et la nature environnante sous l’angle des paradoxes qui font leur spécificité. Une singularité déclinée avec beaucoup de réussite par ce grand rendez-vous estival offert sur la Côte d’Azur aux amateurs d’art contemporain.

Edmond Baudouin
Un enfant, au Module à Saint-Laurent du Var, Edmond Baudouin

Trois «  traversées  » du territoire inédites

L’association Botox[s], qui fédère les principaux lieux de l’art contemporain à Nice et dans la région, propose d’expérimenter ses Traversées du territoire, forme de visites inédites, conçues et pensées par trois artistes contemporains suite à un temps de résidence artistique effectué sur la Côte d’Azur. Dector & Dupuy, Mathieu Tremblin et Hendrik Sturm sont chacun l’auteur d’un parcours original*, basé sur une réflexion autour de la notion de territoire et qui s’adresse à un public «  marcheur  ». En leur compagnie, les visiteurs partiront à la découverte de traces, vivront des rencontres, urbaines ou rurales, appréhenderont de manière insolite les lieux et espaces traversés. Entre performance, médiation culturelle, expérience artistique, sociale et/ou politique, balade poétique et flânerie, chaque plasticien est laissé libre de concevoir la forme et la durée de sa visite, et les promeneurs d’en orienter le déroulement…

* Samedi 20 août : parcours imaginé par Dector & Dupuy (à Nice, environ 2 h) ; samedi 17 et dimanche 18 septembre : parcours imaginé par Mathieu Tremblin (à Nice, entre 3 et 5 h) ; samedi 1er et dimanche 2 octobre : parcours imaginé par Hendrick Sturm (à Mouans-Sartoux, entre 3 et 4 h). Prix : 5 euros. Réservation nécessaire en écrivant à info@botoxs.fr

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