Maureso et Soladie – Janus, dieu du passage

Le premier aime saisir la rapide ascension du soleil dans le ciel matinal, le second s’envelopper du vent en bord de mer pour éprouver la concavité et la convexité de l’être. Le premier n’aime pas discourir sur ses œuvres, il dit préférer parler de ses « trucs », le second est intarissable sur le rôle du hasard dans la création, le pouvoir de l’illusion et sur la différence entre exprimer et signifier. Le premier a été maçon longtemps, le second a fait les Beaux-Arts. Le premier s’appelle Patrick Soladie et le second Joseph Maureso. Exposer ensemble était un souhait, un rêve, une gageure aussi. Tous ceux qui les connaissent savent l’amitié qu’ils se portent mais n’arrivaient pas à imaginer comment ils allaient réussir à faire tenir en un même lieu leurs univers aux antipodes… apparemment du moins. C’est la Casa Carrère de Bages qui prend le pari et leur ouvre ses portes : quatre étages à installer, 111 pièces à disposer. Cette maison toute de cailloux, née au milieu du siècle dernier des mains d’un agriculteur fasciné par les pierres lisses du Tech, possède une telle personnalité qu’elle ne s’efface que rarement devant les intrus. Peu avant le vernissage, les deux artistes décident de l’amadouer ; ils arpentent les pièces, montant et descendant les escaliers : Joseph aux commandes, Patrick silencieux. Franchie la volée de marches du perron, la porte s’ouvre sur une pierre en l’air, dans le même axe jaillit une peinture vive sur bois. Le la est donné : elles ont résisté au premier coup d’œil. Il n’est plus question dès lors de les séparer, de les dissocier. Elles se parlent, se jaugent, se narguent aussi. La peinture de Soladie prend ses aises, elle s’éclate, remplie l’espace, force le regard. Murs abstraits et fleurs célestes ouvrent le bal avec les rochers en apesanteur et les closques ouvertes sur le ciel de Maureso. Serrés les uns contre les autres, montés sur de longues jambes en roseau, de roses gardiens donnent le change aux fulgurances colorées des toiles. Au sous-sol, un potager imaginaire se taille la part du lion, des tuteurs comme plantés en terre soutiennent leurs fruits de pierre et découpent l’espace sans jamais oublier de diriger le regard vers les fleurs qui poussent et repoussent les murs. Au premier étage, une closque étrange s’amuse des points d’interrogation qu’elle fait naître, découpée sans aucun doute par la main inspirée de l’un, elle a été apprivoisée par le pinceau malin de l’autre. Comme deux galaxies se rencontrant, naît un nouveau ciel, celui d’un artiste étonnant qui pourrait se nommer Patrick Maureso, ou peut-être, Joseph Soladie !

Joseph Maureso et Patrick Soladie
Vue d’exposition, Joseph Maureso et Patrick Soladie

GALERIE

Contact
Crédits photos