Gorchov et Kirili – Célébration de la main

C’est une amitié de plus de trente ans qui réunit ici le peintre Ron Gorchov et le sculpteur Alain Kirili. Une secrète connivence les rassemble dans cette galerie lumineuse et dépouillée, d’un blanc éclatant, quasi monacale ; une austérité qui semble avoir été inventée à dessein pour mieux mettre en lumière l’art épuré de ces New-Yorkais d’adoption. Deux artistes qui possèdent en partage, à travers l’abstraction qui les caractérise, un dépouillement qui subtilement anime l’œuvre, l’incarne. Les espaces courbes de Ron Gorchov – des toiles montées sur des châssis en bois dont la courbure s’accentue à mesure que le tableau se fait de dimension modeste – soigneusement calculés par le peintre, se livrent comme autant de signes à décrypter, surprenants masques amérindiens qui flamboient, schématisés à l’extrême. On imagine ou l’on devine une béance, un secret enfoui dans un visage qui ne se livre ; ou ne se délivre ? En inventant ces châssis courbes dans les années 1960, Ron Gorchov a fait entrer la peinture dans un espace tridimensionnel ; et si la peinture l’emporte sur la forme, rien d’anecdotique, plutôt une pure présence délestée du langage, mais non du mystère.

Installé à Paris, partageant son temps entre New York et la capitale, Alain Kirili est l’initiateur de cette rencontre et de ce dialogue à deux sur le thème de la Célébration de la main. Sculptures en liberté, en équilibre, ses œuvres dansent, aériennes, filiformes. Ardent défenseur de l’art contemporain et farouche contempteur du kitsch façon Jeff Koons, il affirme qu’« un sculpteur qui ne peut plus créer, et ce sont Rodin et Carpeaux qui nous deviennent étrangers ». Une de ses œuvres parmi les plus récentes, Funambule, rend hommage au beau texte de Jean Genet, long et déchirant poème d’amour dédié à un jeune acrobate suicidé à 28 ans. Ce sont ici de fines barres en fer dont les spirales sont comme aspirées vers le haut, Equivalences, appuyées à la verticale contre un mur. Fragilisées, leur posture rappelle la précarité de l’existence, l’éphémère équilibre qui maintient en vie, l’appréhension que les barres ne s’écroulent ; une liberté en sursis. Martelées, façonnées, malaxées par la main, elles se subliment, se font chair, sensualité retrouvée, défi gracile et angoisse conjurée. D’autres, sculptures en terre cuite, Adamah ou Adam nous racontent la plus ancienne histoire de l’humanité ; et si certaines de ces terres portent des brisures, l’artiste les garde comme autant de blessures. Il ne signe que dans l’urgence du combat.

Alain Kirili
Funambule VII, Alain Kirili, 2008

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