Olivier Jauzenque – Dans le geste, la liberté

Une cinquantaine de toiles d’Olivier Jauzenque sont exposées actuellement à Arcades Institute, à Tours. Depuis plus de dix ans, le peintre tire le fil d’une œuvre toute en délicatesse.

Les mouvements du pinceau sont à la fois libres et précis, comme ceux d’un calligraphe. Le peintre fait jaillir sur un fond aquarellé d’énergiques aplats de couleur. Différentes nuances de bleu côtoient quelques failles vertes ou ocres. La composition cerne le voyageur mais élève le regard. Une touche de blanc vient éclairer le haut de la toile. Elle attire l’œil comme un aimant, offre une issue de secours dans un monde à la verticalité impressionnante, oppressante parfois. A y regarder de plus près, nous ne sommes pas seuls. Un homme minuscule se tient sagement suspendu à un fil. Les mains le long du corps, il ne fait rien. Il est là, c’est tout. «  Le geste doit structurer l’espace. Le personnage insuffle le sens  », explique Olivier Jauzenque qui expose actuellement une cinquantaine de toiles à Arcades Institute, à Tours. «  J’ai dû faire un choix  », lance l’artiste qui se souvient de sa rencontre avec le peintre et scénographe Jean Maillot. A l’époque, il n’est encore qu’étudiant aux Beaux-Arts quand son professeur l’amène au théâtre et lui demande un coup de main. Il devient alors assistant, puis, durant trois ans, peintre décorateur. La vie est agréable, plutôt confortable, mais le jeune homme aspire à autre chose  : la peinture. Il décide de tout lâcher et de s’y consacrer pleinement. Comme un passage obligé, il s’astreint à une pratique assidue du portrait et des natures mortes, «  se cogne à l’huile comme on le ferait à l’histoire de l’art  ». Il faut que la vie passe de la main à la toile. La quête engloutit plusieurs années.Et un jour, sans crier gare, il se sent peintre. Le temps de l’apprentissage est terminé, l’heure de la liberté a sonné.[[double-v280:4,5]]

Olivier Jauzenque, photo MLD
Olivier Jauzenque

Au mur, des panneaux élancés en bois brut évoquent ceux très prisés au pays du Soleil Levant. «  Ils conviennent à mes grandes verticales, précise l’artiste avant de poursuivre. Pour cette série, j’ai décidé de me confronter au thème très codifié du jardin d’Eden. Son interprétation demande une vraie préparation.  » L’œuvre complète possédera 19 pièces qui seront exposées ensemble. Jouant comme à son habitude des mats et des brillants, Olivier Jauzenque fait naître le volume et de l’abstraction surgissent de vertigineux paysages, habités tour à tour par de téméraires acrobates, de facétieux petits faunes ou de fiers Minotaures  ! Autant de minuscules acteurs, que l’artiste utilise comme un compositeur les notes de la gamme et qui viennent aujourd’hui illustrer un sentiment d’hier  : celui de petitesse ressentie certains soirs quand se dressaient sur scène de gigantesques décors.

Le sourire franc et l’envie de partager chevillée au corps, le peintre passe de toile en toile. «  Quand les compositions perdent en spontanéité, je laisse les personnages me prendre la main pour m’amener ailleurs. Le mouvement peut aussi se faire en sens inverse. Aujourd’hui, c’est la couleur qui mène la danse  !  » Peut-être parce que le monde est gris, il déploie une palette des plus vives. «  J’ai appris beaucoup en regardant les œuvres de Miró et de Matisse. L’utilisation de la couleur permet un abord plus simple et celle du dessin, une lecture plus subtile.  » Quand le format se réduit, trapézistes ou duellistes ne changent pas d’échelle comme si la scène n’était qu’un détail d’une œuvre plus grande. Toujours en équilibre au bord d’un précipice, juchés sur un mat ou immobilisés au bout d’un fil, ils défient les lois de la nature, se jouent des difficultés de l’existence, narguent la solitude du haut de leur taille de Lilliputiens. Ils font face. «  Naturellement optimiste  », Olivier Jauzenque a choisi dernièrement l’orange, le fuchsia, le rose  ! Amateur de botanique, il s’émerveille de la diversité des plantes et de la capacité de la nature à s’immiscer dans tous les interstices du monde. Comme l’art.

Olivier Jauzenque
Rouge Faune, Olivier Jauzenque, 2011

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