Un été dans la capitale – Paris à profusion

Douglas Gordon, photo Mike Bruce, Studio lost but found, courtesy galerie Gagosian et Amadeus Chamber Orchestra, ADAGP

Paris, c’est Paris ! A côté d’illustres artistes des temps passés, la capitale propose tout au long de l’été une programmation « art contemporain » de première importance. Tandis que la Fondation Cartier met à l’honneur la vitalité culturelle de la République démocratique du Congo, la Fondation Louis Vuitton, qui a ouvert ses portes en octobre dernier, poursuit son programme inaugural avec la présentation du troisième accrochage de sa Collection, mêlant pop art et installations sonores. Au Palais de Tokyo, les chanceux qui sont allés à la Biennale de Venise retrouveront Céleste Boursier-Mougenot, l’invité du pavillon français. Dans un autre registre, le sculpteur mexicain Pablo Reinoso propose Un monde renversé à la Maison de l’Amérique latine. A voir sans hésiter.

Que du beau monde à la Fondation Vuitton

La Fondation Louis Vuitton poursuit son programme inaugural avec la présentation du troisième accrochage de sa Collection, mêlant pop art et installations sonores. La première partie met en scène la société de consommation à travers des œuvres imprégnées par l’imaginaire collectif associé à la pop culture et témoignant des transformations sociétales et des modes de transmission de l’information. Les créations présentées sont ainsi marquées par l’influence de la publicité, du cinéma et plus récemment d’Internet. L’exposition rassemble les travaux d’artistes ayant marqué de leur empreinte l’évolution de l’art contemporain, à l’image de Bertrand Lavier ou de Gilbert & George. La seconde partie de l’exposition est consacrée à des artistes tels que Marina Abramovic ou Douglas Gordon, dont les travaux tiennent la musique pour matériau constitutif, à travers des sculptures et des vidéos où s’expriment des influences symphoniques, populaires ou chorales. Le parcours prend fin avec la présentation des projets commandés à Thomas Schütte et à Cerith Wyn Evans. A découvrir jusqu’au 4 janvier 2016.

L’extension du domaine de l’art de Pablo Reinoso

Pour sa première rétrospective en France, Pablo Reinoso investit les espaces d’exposition de la Maison de l’Amérique latine à Paris, jusqu’au 5 septembre. Un monde renversé retrace trente ans de la carrière singulière du sculpteur, réinventant, non sans humour, l’objet quotidien en le détournant de son usage initial. Ses arabesques d’acier, volutes de bois ou paysages de marbre donnent une expansion particulière aux objets usuels qu’ils habitent en se jouant de la rigidité de leurs formes. Ses créations se déploient ainsi, tels des corps animés et mouvants, dépassant les limites de leurs fonctions ou de leur dimension. L’artiste franco-argentin produit des œuvres à double face, entre le visuel et le fonctionnel, investissant la frontière poreuse entre sculpture et design et proposant une extension du domaine de l’art. Reinoso offre des propriétés végétales aux matériaux qu’il utilise, du bois au marbre en passant par l’acier. Il leur donne vie, les fait défier les lois de la pesanteur, évoquant la croissance inexorable du monde végétal.

Pablo Reinoso
Two for Tango, Pablo Reinoso, 2012

Un petit peu d’Haïti à la Dorothy’s Gallery

Allant à la rencontre des arts du monde, André Malraux décrit Haïti comme «  le seul peuple de peintres  ». Des décennies plus tard, la Dorothy’s Gallery, à Paris, rend hommage à la création contemporaine haïtienne en exposant, jusqu’au 27 septembre, les travaux d’une dizaine d’artistes. De l’art naïf à l’art contemporain mêle différentes démarches à travers une pluralité de médiums, entre peintures, sculptures, artisanat et vidéos. L’occasion de découvrir les tableaux de Sébastien Jean, représentations d’univers fantastiques, peuplés de monstres prédateurs, d’oiseaux et de fantômes errants. A signaler, les photographies prises par Katherine-Marie Pagé durant les dix années qu’elle a passé à parcourir l’île, du nord au sud.

Eddy Saint-Martin
Toile signée Eddy Saint-Martin
L’inquiétante étrangeté selon Valérie Belin

Malgré la grande diversité iconographique exprimée par ses séries de photographies, l’œuvre de Valérie Belin témoigne d’une cohérence singulière. Jusqu’au 14 septembre, le Centre Pompidou rassemble une trentaine de ses œuvres autour de la série Super Models. L’artiste reste fidèle au style qui a fait sa notoriété, prise rapprochée, cadrage serré et forts contrastes en noir et blanc. Grâce à une absence totale de contexte et à un contrôle des proportions de tirage, les clichés de Valérie Belin provoquent la perplexité et l’incertitude. «  Je suis une personne tourmentée. Je suis taraudée par le doute en permanence  », avoue la photographe. Elle ne cache pas que ses personnages «  ont toujours un côté monstrueux  », il est d’ailleurs très difficile de dire s’ils sont doués de vie ou inanimés, s’ils sont réels ou virtuels. Une situation paradoxale qui n’est pas sans rappeler le concept de l’inquiétante étrangeté développé par Sigmund Freud. Les Images intranquilles présentées ici illustrent cet aspect spécifique des travaux de Valérie Belin. Parmi elles Michael Jackson, Black Women II, Lido

Valérie Belin, courtesy galerie Nathalie Obadia, ADAGP
Métisses (Sans titre), Black Women II, Valérie Belin, 2006
Couleurs du Congo à la Fondation Cartier

Depuis plus d’une quinzaine d’années, la Fondation Cartier suit de près la créativité artistique et la vitalité culturelle de la République démocratique du Congo. Souvenons-nous notamment de l’exposition consacrée, en 1999, au sculpteur congolais Bodys Isek Kingelez (1948-2015), et plus récemment, en 2012, de Show and Tell, qui présentait, parmi cinquante artistes venus du monde entier, des représentants congolais. Beauté Congo – 1926-2015 – Congo Kitoko s’inscrit dans cette continuité et révèle, jusqu’au 15 novembre, le cheminement artistique du pays depuis les peintres précurseurs de la fin des années 1920 jusqu’aux artistes et collectifs contemporains. La peinture constitue ainsi un point de départ historique pour une exposition qui met en lumière la richesse et la diversité des pratiques actuelles. Prolongeant le courant figuratif et populaire né dans les années 1970, le trentenaire J-P Mika peint avec humour et parfois dérision une Afrique très dansante. Fondé en 2003 à Kinshasa, le collectif Eza Possibles s’inscrit, pour sa part, dans la création contemporain à coups de peintures, de collages et d’esprit critique  ! Sculpture et photographie sont également au programme de l’exposition. Citons notamment les visions de Rigobert Nimi, d’étonnantes pièces aux allures futuristes évoquant des usines robotisées et colorées. Sans oublier la mystérieuse poésie des images de Kiripi Katembo, mort le 5 août dernier à Kinshasa d’une malaria cérébrale ; il avait 36 ans.

J-P Mika
Kiese na kiese (Le Bonheur et la Joie), J-P Mika, 2014
A la Galerie des Galeries, l’art mis en scène

La Galerie des Galeries expérimente une nouvelle forme d’exposition et invite six personnalités à contribuer au projet Idées multiples, mêlant les champs créatifs de l’art, de la mode et du design. Le résultat final est le fruit d’un processus collégial mené en plusieurs étapes. Mélanie Scarciglia et Christophe Boutin, éditeurs d’art, sélectionnent huit œuvres (en édition limitée) que la styliste Victoire Simonney interprète en proposant un choix de tenues et d’accessoires issus d’une trentaine de marques. Pour sa part, Jean-Baptiste Charpenay-Limon choisit des objets pour faire naître un environnement propice à mettre en valeur chaque création  ; préparant ainsi le terrain à la mise en scène imaginée par l’architecte Pauline Marchetti. Tous dialoguent avec des œuvres contemporaines créées par des artistes français et internationaux tels que John Armleder, Pierre Bismuth ou Elvire Bonduelle. «  Tout est à vendre  », est-il précisé. Ce jusqu’au 12 septembre  !

S’immerger au Palais de Tokyo avec Céleste Boursier-Mougenot

Représentant cette année la France à la 56e Biennale d’art contemporain de Venise, Céleste Boursier-Mougenot investit le Palais de Tokyo, jusqu’au 13 septembre. Musicien et plasticien, habitué des transformations radicales des espaces d’exposition, il propose au public d’appréhender un phénomène qui habituellement ne touche que la lagune vénitienne  : l’acqua alta (hautes eaux). Cette période d’inondation qui s’étale entre l’automne et le début du printemps se poursuivra donc cette année dans le lieu d’art parisien  ! Invité à traverser l’espace inondé et plongé dans un flux d’images puisant aussi bien dans la mythologie antique que dans le cinéma moderne, le visiteur fera une expérience à la fois visuelle, tactile et auditive. «  Le déploiement dans l’espace d’un dispositif, en relation avec un lieu ou une situation, correspond pour moi à ce que d’autres musiciens accomplissent en faisant des concerts  », explique Céleste Boursier-Mougenot.

Lire aussi «  De l’expérience au rêve  ».

Pierre Bismuth
Pièce signée Pierre Bismuth

Retrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2015 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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