Pierre Terrasson – Rock’n roll can never die

Pierre Terrasson

Gainsbourg, Mick Jagger, Coluche, Lou Reed, The Cure, Vanessa Paradis… Pour ne citer qu’eux  ! Dans les années 1980, Pierre Terrasson a tiré le portrait de toutes les stars de la planète rock. Trente ans plus tard, le photographe expose une sélection choisie de ce travail de légende à Tours, chez Arcades Institute, nouvel espace dédié aux arts qui met en exergue une culture décloisonnée. Sur ces murs vieux de plusieurs siècles, l’histoire du rock se raconte magnifiée par l’éclat éternel du tuffeau. Deux patrimoines aux antipodes qui, pourtant, dialoguent à merveille.

C’est avec nostalgie que le photographe évoque cette période dorée et s’interroge. «  En France, depuis Noir Désir, qui y-a-t-il  ? De la pop. Tout est très formaté.  » Pierre Terrasson loue une époque où les retouches d’images sont embryonnaires, surtout dans le milieu qu’il fréquente. Le code éthique du bon punk qui se respecte ne l’aurait guère supporté ! La spontanéité des rencontres guide son objectif. «  Je n’avais pas de méthode particulière. Beaucoup de photos ont été faites à l’arrache. Tout était une question de feeling et de dialogue avec l’artiste. Les photos pouvaient se faire partout, les mises en scène étaient improvisées dans un studio, dans une rue, en loge parfois. Au milieu des années 1990, les choses ont commencé à changer. Je me suis enterré dans mon studio.  »

Après avoir décroché un diplôme d’arts plastiques à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 1978 et passé une année en restauration d’art à Berne (Suisse), il enseigne le dessin à Neuilly et la photographie au Centre d’arts plastiques d’Aubervilliers. Les prises de vue s’enchaînent. Pierre Terrasson devient l’un des témoins majeurs de la scène rock au point que tous les médias le courtisent  : Libération, le Nouvel Observateur, Rock and folk… En juin 1982, il frappe un grand coup  : il couvre le retour, après six ans d’absence, des Rolling Stones sur une scène parisienne. Un concert mythique devant 140 000 personnes hystériques. Terrasson ne se contente pas des stars sur scène, il choisit de montrer l’après-concert, les loges, le magma de cannettes et de gobelets… C’est aussi ça le rock  !

Son sentiment de nostalgie ne tient pas seulement à la tiédeur du moment. L’homme est un affectif. Son amitié pour Gainsbourg et sa femme Bambou, Coluche, Catherine Ringer et Frédéric Chichin des Rita Mitsouko ou Vanessa Paradis dont il a été le photographe officiel pendant de longs mois, reste intacte. «  Avec tout ce petit monde, et j’en oublie, on se voyait presque en famille.  » Certains clichés entrent dans l’Histoire. Comme ce portrait en noir et blanc des Rita : Catherine Ringer et Frédéric Chichin posent face à l’objectif, traits de khôl sous les yeux et coupes de cheveux déstructurées, tenant leur guitare électrique tel un crucifix. Un temps révolu. Malgré quelques expériences du côté du rap et du raï au début des années 2000, le photographe ne s’y retrouve pas. Trop étriqué, pas assez rock  ! «  Pour faire de bonnes photos, il faut aimer les gens  », soutient-il mordicus. Il s’éloigne de la musique pour d’autres formes de production, des bouquins et beaucoup d’expos à Paris, Anvers ou New York. A l’Institut français de Tokyo, il donne à voir son «  Gainsbarre  ».

Pierre Terrasson
Alice Cooper, Pierre Terrasson

Désormais, il suit Bartabas et les circassiens de Zingaro, ou d’autres personnalités bien trempées comme Charly Bauer, fidèle complice de Jacques Mesrine. Rien que de fortes têtes susceptibles d’étancher sa soif de «  rencontres hors normes  ». Il garde par ailleurs en tête son parcours aux Beaux-Arts qui lui a ouvert d’autres horizons. «  J’ai toujours pris en photo des paysages. Un exercice plus proche de la sculpture.  » La soixantaine arrivant, Terrasson a le spleen mais n’en reste pas moins affable. «  Je continue de travailler et de faire des rencontres. C’est le plus important. Les responsables d’Arcades en font partie. » Cécile Jauzenque et son frère Dominique, propriétaires de cet espace inclassable, ouvert aux artistes depuis décembre dernier, sont sous le charme. «  Pierre Terrasson reviendra en octobre pour une rétrospective de son œuvre. Sa présence symbolise l’esprit du lieu  : éclectique et sans préjugés. C’est à l’artiste de nous convaincre. » Pierre Terrasson les a conquis.

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