Les Entrepreneurs Mécènes – Des créatures géantes dans le parc d’Ar Milin’

Cyrille André

Avec près de 20 pièces réparties au cœur des 5 hectares du parc d’Ar Milin’, à Châteaubourg (Ille-et-Vilaine), les Entrepreneurs Mécènes offre au grand public une exposition d’art contemporain taille XXL. Et aux artistes, une gigantesque vitrine pour leurs œuvres qui peuvent atteindre 65 tonnes.

Installer sciemment dans le ciel breton des cumulus et toute une série de courants d’air, il fallait oser. Mais tout est permis dès qu’il s’agit de créer une «  envie d’art  ». Car ces perturbations-là sont bien inoffensives. En acier ou en aluminium, il s’agit en réalité de sculptures monumentales. Chaque année, au printemps, le parc d’Ar Milin’ (ndlr  : le moulin, en breton) du petit village de Châteaubourg en Ille-et-Vilaine, accueille «  d’étranges apparitions, des sculptures géantes émergent entre les arbres séculaires  », comme le souligne le communiqué du Jardin des Arts.

Derrière cette manifestation qui se tient du 1er mai au 19 septembre, ce sont 18 entrepreneurs mécènes qui se sont fixés comme objectif de faire rayonner l’art et la sculpture dans le Grand Ouest tout en créant une proximité entre les artistes et le grand public. «  La loi sur le mécénat de 2003 et les avantages financiers qui en découlent ont stimulé la création de l’association mais tout ceci est né, avant tout, de l’envie de Gisèle Burel de redonner un élan au parc et au moulin que son beau-père avait totalement fait restaurer par un grand paysagiste breton il y a déjà plus de 50 ans  », explique-t-on au sein de l’association. Ce gigantesque parc privé de 5 hectares où se marient rivière, jardin d’herbes et d’aromates et arboretum de plus de 100 espèces devient accessible gratuitement au grand public pendant toute la durée de l’exposition.

Mikael Poullard
Cumulus Congestus, (environ 3 à 4 mètres), Mikael Poullard

Huit ans plus tard, l’épouse de Jacques Burel, président de l’entreprise de semoirs Sulky, est toujours à la tête de cette association dont le nombre de membres n’a fait que croître tout en conservant fidèlement les partenaires des débuts. Ce sont aujourd’hui 18 entreprises de taille très variée – du courtier en assurances qui emploie moins de 10 salariés jusqu’à l’enseigne nationale de grande distribution Super U – qui acquittent chaque année et pour trois ans au minimum une cotisation de 3 000 euros. Mais l’engagement va au-delà de signer un chèque. Deux fois par an, en octobre et en novembre, ces entrepreneurs se réunissent pour déterminer qui seront les six artistes invités du prochain Jardin des Arts. Auparavant, Gisèle Burel évalue les candidatures spontanées et prospecte au fil de ses déplacements. Puis elle rencontre les artistes dans leur atelier pour affiner la sélection.

Éric Theret
Le Passage, 6 arches, 65 tonnes, 20 m de longueur sur@ 3.20 à 4.50 m de hauteur., Éric Theret

Les six heureux élus, prioritairement originaires de la région du Grand Ouest et travaillant obligatoirement le bois, la pierre, le métal ou la résine sur des grands formats, sont libres de produire une pièce pour l’exposition ou de puiser dans leurs travaux existants. Pour cette édition, Brigitte Sillard, plasticienne, a installé in situ son Chant des nuages, constitué de 20 miroirs d’une hauteur de 3 mètres. En revanche, le Passage d’Eric Théret et ses six arches totalisant 65 tonnes de granit Lanhelin existait déjà. Cette manifestation offre à ces œuvres un lieu à leur mesure et donne à leurs auteurs un accès à des chefs d’entreprises qui sont autant de clients potentiels. «  Cela permet la rencontre de deux mondes qui n’évoluent pas à la même vitesse et de ce fait, ne se croisent que rarement  », souligne Daniel Jouan, porte-parole de l’association depuis sa création. Et cela fonctionne car ces rencontres débouchent régulièrement sur des commandes. Une manière efficace de marier art et business en toute simplicité, loin de certains excès du marché de l’art contemporain.

Annelise N'Guyen
Fil de métal, Annelise N’Guyen

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