Jirí Kornatovský – L’au-delà de la forme

Jirí Kornatovský à la galerie Intuiti, à Paris.

Pour la première fois, la galerie Intuiti accueille à Paris l’œuvre de Jirí Kornatovský. Ses grands formats emplissent l’espace et hypnotisent le regard. Venu en bus de Prague, histoire de se donner du temps, l’artiste tchèque poursuit depuis plus de vingt ans une recherche artistique et spirituelle.

Happé par la forme, le regard glisse le long du trait. Il se laisse prendre à l’exercice mille fois répété de la main qui connaît le chemin. Sensiblement, il s’immisce et épouse les courbes, s’imprègne de la lumière qui pointe et se laisse absorber par le mouvement circulaire de la vie. Sans commencement, sans fin non plus. Jirí Kornatovský livre ses Méditations en toute simplicité, celle d’un carton cloué au mur. L’artiste tchèque déploie une œuvre portée par le silence, la répétition du geste et l’abolition du temps. Son dessin est une oraison. « La première fois que je suis venu en France, c’était pour mon voyage de noces en 1977. A cette époque-là, c’était très difficile de quitter la Tchécoslovaquie. Nous avons toutefois réussi à avoir une permission de six jours. Quand j’ai visité Montmartre, je me suis dit que j’aimerais y revenir avec un projet », explique-t-il le soir du vernissage de l’exposition que lui consacre actuellement la galerie Intuiti, à Paris. Le joug communiste n’encourage pas les aspirations individuelles. Travailler est la priorité. Jirí Kornatovský devra attendre d’avoir trente ans pour entrer à l’Académie des beaux-arts de Prague en 1982. Peu importe, il en sort diplômé six ans plus tard et commence à enseigner. Aujourd’hui, il est professeur à l’Institut de l’art et du design de l’Université de Bohême à Pilsen, qui sera Capitale européenne de la culture en 2015. « J’ai commencé par la peinture à l’huile, la céramique, aussi. J’ai tout essayé ! Le dessin est arrivé avec la sérigraphie, peu après la Révolution de velours (NDLR : fin 1989). » Depuis lors, il n’a plus jamais été question d’autre chose. Voilà plus de vingt ans maintenant, que l’artiste affronte l’immensité de ces « pages blanches ». « Le grand format prend du temps et j’aime en avoir pour résoudre la difficulté du contenu. Pendant la réalisation, d’autres choses naissent, d’autres projets, d’autres idées. Je travaille toujours plusieurs dessins à la fois. »  A la place du noir, il lui arrive d’utiliser du rouge. « La couleur n’a pas un sens esthétique, mais symbolique. Quand je désire avoir une nouvelle énergie, j’en change. A une certaine époque, j’ai même fait des dessins bleus. » Rendu à ce point de la conversation, impossible de ne pas lui poser la question de la spiritualité dans son œuvre. « C’est comme une litanie, mais pas un travail religieux. Je préfère parler de transcendance spirituelle. J’essaye de toucher des choses métaphysiques, hors du temps. » Comme un derviche tourne, Jirí Kornatovský dessine. Il s’applique à franchir, dépasser les limites de l’espace qu’il investit tout entier. « C’est assez automatique. Je ne peux pas m’empêcher de vivre une expérience. » La forme naît. Elémentaire, fondamentale, elle surgit. Elle est. « Ce n’est pas une représentation. »

Vue d'exposition à la Galerie nationale de Prague, Jirí Kornatovský.
Vue d’exposition à la Galerie nationale de Prague, Jirí Kornatovský.
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