Marseille-Provence 2013 – L’Europe célèbre la culture en Provence

Le 12 janvier dernier, devant près de 500 000 personnes, l’année européenne de la culture a été lancée à Marseille et dans des dizaines de villes de Provence. Plus de 400 manifestations sont au programme de cet événement gigantesque, pour lequel de nouvelles infrastructures ont ouvert – ou sont sur le point de l’être – offrant notamment à l’art contemporain une place de choix.

De l’avis des Marseillais, ce fût une belle fête. Autour d’un Vieux-Port rénové et rendu à la circulation après des mois de chantier, Marseille et sa région ont ouvert leur année « capitale européenne de la culture », un événement aux dimensions hors normes associant une soixante-dizaine de communes et proposant sur une année plus de 400 manifestations, dans des domaines d’expression aussi variés que l’art contemporain, les cultures urbaines, l’art lyrique ou encore le spectacle vivant. Enfin ! Car, avant d’atteindre ce rang envié de capitale européenne de la culture, il fallut bien des efforts, et souvent laborieux.

Ainsi, Marseille a dû porter son projet tout le long d’un marathon de démarches, débuté en 2007, et écarter de sa route ses concurrentes, réputées mieux placées, qu’étaient Toulouse, Lyon et Bordeaux. La ville a retourné ses a priori faiblesses à son avantage, comme sa sociologie populaire ou la pauvreté dans laquelle sont tombées ses institutions culturelles depuis deux décennies.

Mille visages

Photo Jean-Dominique Billaud, Nautilusphoto
Retour de Pêche, La Machine de Nantes, janvier 2013.

En effet, depuis sa création en 1985 par Jack Lang et Melina Mercouri, alors ministres de la Culture respectivement de la France et de la Grèce, le titre de « capitale européenne de la culture » vise à développer un territoire donné de l’Union européenne à partir de la dimension culturelle ; un retard relatif dans ce domaine peut donc se muer en avantage.

L’argent investi et la mobilisation des énergies pour être à l’heure au rendez-vous a mis en branle une dynamique d’ores et déjà visible à travers les nombreux chantiers, terminés ou en cours d’achèvement, d’infrastructures dévolues à l’art et à la culture (lire l’encadré). Ces lieux, pour la plupart pérennes, accueilleront les grandes expositions qui scandent l’année 2013 autour du thème de la Méditerranée, lui-même décliné en trois épisodes : « Marseille Provence accueille le monde » jusqu’en mai, « Marseille Provence à ciel ouvert » jusqu’en août, et, enfin, « Marseille Provence aux mille visages ».

Dans une étude datant de 2003 consacrée à ses « capitales » de la culture, l’Union européenne relève que leur réussite tient pour une grande part à l’engouement populaire et à l’adhésion des habitants. Le demi-million de personnes rassemblées le 12 janvier dans le centre-ville pour assister à la fête de lancement de l’année MP2013, une affluence au-delà des attentes des organisateurs, est de bon augure, au moins pour rétablir l’image d’une ville trop souvent associée aux règlements de compte, aux trafics en tous genres, à la délinquance et à l’état de la prison des Baumettes. Lille 2004 initia un mouvement bénéfique à la ville et à son agglomération, « l’année capitale » à Marseille pourrait rendre à la cité et à son arrière-pays un rôle de premier plan au sud de l’Europe, se prend-on à rêver sur le Vieux-Port.

Terreau créatif marseillais

On n’en est pas encore là, et le directeur de Marseille-Provence 2013, Jean-François Chougnet, exprime un souhait de dimension plus modeste, comme une première étape à franchir dans un contexte local de relations compliquées entre les responsables institutionnels et les artistes : « Il est normal de parler de retombées économiques, mais ce qui m’importe aussi, c’est l’immatériel, la modification des comportements, avec plus de collaboration entre acteurs culturels et collectivités. » Autrement dit, que le terreau créatif très riche de Marseille soit à nouveau porté par une politique culturelle ambitieuse. C’est tout le mal que l’on souhaite à Marseille-Provence 2013.

Des musées très attendus

Chantier de la Villa Méditerranée, à Marseille.
Chantier de la Villa Méditerranée, à Marseille.

A Marseille, c’est principalement la façade portuaire qui est aménagée dans le cadre d’un vaste projet baptisé EuroMéditerranée. Sans conteste, le bâtiment qui suscite le plus d’enthousiasme est celui du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), financé par l’Etat et œuvre de l’architecte Rudy Ricciotti. Son ouverture est prévue en juin.

La Villa Méditerranée, financée par la région Paca, dotée d’un encorbellement vertigineux au-dessus de la darse (déjà surnommé le « plongeoir » par les Marseillais), œuvre de l’architecte Stefano Boeri, sera consacrée aux « échanges culturels et artistiques entre les rives de la Méditerranée ». Ouverture prévue début avril.

Le musée Regards de Provence est le plus important des investissements privés dans le domaine de la culture, parmi les mises en chantier autour de cette « année capitale ». L’architecte Guy Daher a réhabilité l’ancienne station sanitaire maritime construite en 1948 pour la consacrer à l’exposition de la collection de la Fondation Regards de Provence et à des expositions temporaires d’arts moderne et contemporain. L’ouverture est prévue le 1er mars.

Le Fonds régional d’art contemporain (Frac) de Paca doit inaugurer vers la fin mars son nouveau bâtiment de verre, réalisé par l’architecte Kengo Kuma, pour présenter ses collections et accueillir des artistes en résidence.

Košice, l’autre Capitale européenne de la culture

Antoine d'Agata
L’Odyssée (détail), Antoine d’Agata.

Depuis 2007, la Commission européenne désigne systématiquement chaque année non pas une, mais deux capitales culturelles : l’une à l’Ouest, l’autre à l’Est, ce afin de représenter les états ayant rejoint l’UE après l’élargissement de 2004. Marseille partage ainsi avec la cité slovaque de Košice le titre de Capitale européenne de la culture 2013. Située à l’est du pays près des frontières ukrainienne et hongroise, la deuxième ville de Slovaquie (240 000 habitants) mise notamment sur le recyclage de son patrimoine industriel pour promouvoir la culture et la rendre accessible à tous. Une manière, pour cette ville longtemps portée par la sidérurgie, de confirmer le virage entrepris il y a quelques années, lorsqu’elle a décidé de miser sur les industries créatives et les nouvelles technologies. Dès la période de candidature, Marseille-Provence et Košice se sont rencontrées pour concevoir des projets communs. C’est dans ce cadre que le photographe Antoine d’Agata doit effectuer une double résidence, à Marseille et à Košice, tandis que l’artiste marseillaise Sylvie Réno, qui a déjà effectué en 2010 une résidence en Slovaquie, retournera y créer une œuvre in situ. Tous deux mènent un travail sur la question des flux migratoires et des frontières. www.kosice2013.sk

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