Frac Limousin – Mesures et démesures

Avec les « œuvres maquettes », tout est question d’échelle. Celles de Chris Burden, artiste reconnu pour ses performances radicales dans les années 70, jouent autant du gigantisme que du modèle réduit. Le Frac Limousin expose l’artiste américain, ingénieur et physicien et présente l’une de ses sculptures les plus remarquées, Another World (1992), vision « utilitaire » et réduite de la tour Eiffel imaginée comme un drôle axe de manège autour duquel tournent deux répliques du Titanic. « Le vaste monde est un jeu d’enfant et faire de l’art, c’est jouer le jeu avec un esprit de vengeance », proclamait l’artiste en 1996. Le Fonds régional d’art contemporain en profite pour présenter également des œuvres de plusieurs générations d’artistes qui ont modélisé leur rapport au monde. Nés dans les années 30 et 40, les contemporains de Chris Burden ont porté un regard particulièrement critique sur la société. Joan Rabascall aborde, dans les années 1990, l’hégémonie du « tout télévisuel » dans la culture populaire et dénonce la télévision, devenue média de masse, comme sujet de pervertissement (Monument à la télévision, Babel, 1994). L’artiste Georg Ettl insiste, lui, sur le lien perdu entre artiste et architecte, quand Peter Hutchinson imagine une ville du futur où les énergies seraient utilisées au mieux et crée un improbable réseau urbain constitué de multiples tubes à essai, photos et minéraux abrités sous une vitrine (Mégalopolis, 1976-1996). Les surprenantes constructions modulaires de Thomas Bayrle sondent également le thème de la structure urbaine et des masses. Par des assemblages de bandes de carton proches du montage filmique, l’artiste réalise une série de paysages citadins – dont Structure, 2003 – où l’œil perd tout point de repère. Avec les générations suivantes, l’« œuvre maquette » prend une dimension plus métaphysique et nous interpelle sur le possible et le nécessaire. Didier Marcel connaît bien l’architecture d’avant-garde : sa modélisation subtile en ciment et plâtre d’un bâtiment en ruine inverse l’objet même de la maquette, qui n’est plus une projection dans l’avenir, mais au contraire une commémoration (Sans titre, 2001). Le Polder 2001 de Tatiana Trouvé nous entraîne sur le terrain de la mémoire des lieux et de l’archivage par la création de modèles d’espaces administratifs. Les Polders de cette jeune artiste qui a reçu le prix Marcel Duchamp en 2007, font partie du Bureau d’Activités Implicites, une œuvre qui s’immisce dans les recoins des lieux d’exposition et ne cesse de croître depuis 1997 pour se décliner en modules constitués de banquette, table avec moniteurs, radio et caméra, reliés entre eux par des câbles électriques, tels des fils qui retraceraient les chemins parcourus par le souvenir. Mets ta mémoire, nous dit enfin Kristina Depaulis, avec sa maquette préparatoire à la réalisation d’une œuvre qui peut être habitée par un corps humain, sorte de combinaison en tissu bleue réputée capable de faire renaître la sensation d’un lieu ou d’une situation.

Norton Maza, courtesy Frac Limousin
sans titre, Norton Maza

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