Anne-Christine Roda à Paris – Portraits sensibles

Anne-Christine Roda

Anne-Christine Roda ne peint que des portraits ou presque. «  Mon travail n’est pas hyperréaliste  »,aime rappeler cetteartiste qui vit et travaille à Saint-Cergues, près de Genève. La peintre expose cette semaine au salon Macparis. Rencontre avec une œuvre émouvante.

Au hasard d’une soirée, la porte de l’atelier s’ouvre sur une foule, saisissante. On dirait qu’ils sont là, devant nous, ces touristes partant à la découverte de la ville. La peinture met en présence avec une puissance inattendue. Ces personnages de dos, grandeur nature, sont presque vivants, on ne peut que les aborder physiquement. C’est touchant, presque bluffant. Solidement ancrés dans la toile qui leur donne une tenue inhabituelle, ils flottent dans la légèreté de l’anonymat. «  Mon travail n’est pas hyperréaliste, quand on s’approche on voit que c’est de la peinture. Je ne cherche pas à reproduire ce que la photo sait très bien faire, saisir l’instant  », explique Anne-Christine Roda. Restauratrice de peintures de formation, l’artiste peint depuis toujours, exclusivement des portraits. Depuis trois ans, une ligne très personnelle s’affirme, comme si chacun de ses tableaux révélait un petit quelque chose de l’humanité. Un visage de femme, où lire la perte de l’être cher et les sillons qu’elle creuse entre les yeux et les joues. Un mégot de cigarillo accroché au doigt de l’électricien, telle une prothèse lui permettant de continuer à faire passer le courant de la vie à travers les chemins cabossés de son existence. Un regard bleu perçant qui illumine une femme et laisse échapper rêves et désirs en attente.

La peinture nous place frontalement devant des personnes que l’on pourrait croiser dans la rue. Le tableau les isole, cadre leur singularité et l’expose. Le format détache Monsieur et Madame Tout le monde dans leur posture de tous les jours et leur confère une certaine aura. Il y a quelque chose de très contemporain dans cette confrontation avec l’autre, une mise en scène proche des productions de soi qui alimentent les réseaux sociaux. Ce pourrait être une sorte d’alter-portrait faisant écho à l’ego-portrait qui inonde la toile. La facture très classique le relie à la tradition de la commande aristocratique.

Anne-Christine Roda, photo Carine Bel
Anne-Christine Roda dans son atelier, 2013
«  J’adore la peinture ancienne, je la connais bien, eu égard à mon métier de restauratrice. Ma peinture n’a pas de dimension sociale ou politique. Je cherche des sujets dans la vie de tous les jours, des gens qui ont quelque chose qui m’interpelle, un peu atypique, un peu mélancolique. Ce qui retient mon attention est de l’ordre de l’esthétique. Pour la plupart, ce sont des gens que je ne connais pas beaucoup et dont le vécu transparaît sur leurs traits. Je les approche et leur propose de poser pour moi. On fixe un rendez-vous. Ils viennent comme ils veulent, je les laisse s’installer et les prends en photo comme ils sont. Ça peut être très rapide ou durer une demi-journée. Je ne cherche pas à créer une relation avec eux  », précise l’artiste.

Le dispositif est toujours le même  : une séance de pose, des tirages à l’échelle 1, puis la réalisation du portrait d’après photo. Le fond est noir intense, les attitudes et les cadrages très classiques. «  C’est un peu comme les portraits d’autrefois, quand on se faisait prendre en photo trois fois par an lors de grandes occasions. J’aime l’idée de la pose, que la peinture ne remplace pas la photographie. Je reviens souvent fouiller sur les visages, je cherche pourquoi ils m’ont séduit. Ça bascule très vite. L’expression fugace ne m’intéresse pas, je suis concentrée sur ce que les traits dessinent en profondeur.   » L’homme à la chemise à carreaux, la brune au regard attristé, les deux frères complices…, tous ont une gravité qui se révèle sous le pinceau au fil des superpositions de couches. La foule est l’un des tableaux les plus récents. S’il s’inscrit dans la continuité des autres, il est aussi comme un point de rupture, un changement d’échelle qui annonce une nouvelle série. «  Ce sujet de foule n’était pas intentionnel. Je me rendais à un rendez-vous avec la danseuse de cabaret burlesque, Anne Thropy, pour une séance de pose. J’ai croisé ces gens que j’ai pris en photo. J’avais l’idée de faire un tableau avec plusieurs personnages, j’ai eu envie de les peindre. Je vais commencer une série sur ce qui lie les gens entre eux, des tableaux de deux ou trois personnes, centrés sur la relation qu’ils partagent.  »

Anne-Christine Roda
Bruxelles – Grand Place – Avril 2013 -@9h30 (détail), huile sur toile (120 x 200 cm), Anne-Christine Roda

Macparis, la parole aux artistes

«  Nous sommes curieux des gens et des artistes, de leur expression et de ce qu’ils ont envie de communiquer, affirme Hervé Bourdin, plasticien et président de l’association Mac2000, organisatrice de Macparis. Nous sommes attentif à l’émergence, la nouveauté, sans ostracisme, ni limite.  » Telles sont quelques-unes des grandes lignes directrices du salon qui célèbre cette année ses trente ans d’existence et accueille 125 artistes, aux pratiques les plus diverses, sélectionnés parmi plus de 1 000 candidatures. Initiée en 1984 dans le but d’offrir un espace de visibilité de qualité aux plasticiens, la manifestation se veut un lieu d’échange privilégié entre les créateurs et le public – amateur et professionnel –, les premiers étant tenus d’être présents sur leur stand tout au long des quatre jours que dure l’événement. Pour la troisième année consécutive, un Carré Mécénat met par ailleurs plus particulièrement en lumière le travail de quatre jeunes artistes avec le soutien de l’ADAGP – la société française de gestion collective des droits d’auteur dans les arts visuels.

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