Jörg Hermle – A la manière des contes

Rue de Seine. Au numéro 49, Claudine Legrand inaugure une nouvelle exposition consacrée aux œuvres récentes de Jörg Hermle. Ce n’est pas la première fois que le peintre a les honneurs de la maison. Vingt toiles sont accrochées aux cimaises, vingt toiles qui en subliment les murs blancs. Le peintre passe le pas de la porte. Il est venu à vélo. Il apporte une petite dernière qu’il pensait avoir envoyée en province mais qui, facétieuse, s’était dérobée à sa vigilance. Objets inanimés avez-vous donc… La galeriste est heureuse, elle souhaitait vraiment la faire découvrir à ses collectionneurs. Deux pièces ont déjà trouvé preneur. Bienheureux ceux qui vivront avec elles. Peu importe le format, chaque tableau de Jörg Hermle raconte une histoire qui ignore le mot fin. Sur fond vert ou terre de Sienne, le décor a disparu, les plans se sont resserrés, des animaux hybrides sortis d’un bestiaire fantastique s’affichent en gros plan, les personnages sont plus rares, des bambins sont désormais maîtres du jeu. Pour comprendre la nouveauté, il faut remonter dans le temps. 2008, une page se tourne. Après en avoir longtemps refusé l’idée, Jörg Hermle a travaillé deux années à une monographie qui paraît cette année-là. «  Pour moi, un livre c’est un peu comme une pierre tombale. Avant, il venait couronner une vie de peinture, aujourd’hui, on le fait à 20 ans  !  », s’amuse l’artiste. La parution de l’ouvrage est comme un point, non pas final mais d’étape, qui lui permet de passer à autre chose. «  C’était comme si ma peinture se secouait et laissait tomber le superflu.  » Les tables et leurs invités disparaissent, les couleurs changent, les scènes de vie s’évanouissent. Naît alors une première série de toiles sur fond vert. Un pélican sans ailes accepte sans rechigner une bride dans le bec, un taureau hybride aux gigots de gazelle se pourlèche les babines jusque dans la narine, un chien au museau rouge et aux frêles gambettes ignore l’agressivité d’un molosse court sur pattes, tous chevauchés par un enfant dans l’ardeur de la jeunesse. En pied, apparaît parfois un homme que les ans ont courbé. Tout est différent et pourtant, nul doute sur l’auteur de ces toiles. La maîtrise de la composition, le brio de la technique picturale, la densité de la narration sont autant de cachets qui scellent l’œuvre de l’artiste et la rendent unique. Chaque tableau agit comme le témoin muet d’une histoire à la fois absurde, tragique et joyeuse. Comme la vie. Ces allégories de l’existence parlent de naissance et de mort, de jeunesse et de vieillesse. Elles mettent en scène l’homme dans ce qu’il a de plus fantasque, son enfance, et de plus bouleversant, son grand âge. On le voit chevauchant un éléphant badine à la main, interloqué devant une drôle d’otarie qui laisse échapper force fumée de sa bouche, surgir bras en l’air de la gueule d’un poisson. La figure est grave, les situations poussées parfois jusqu’au burlesque. La peinture de Jörg Hermle s’apprécie jusque dans le moindre de ses détails, de ceux qui font les contes. Pourquoi cette petite fille porterait-elle des bas, à côté d’une femme, sa mère…, aux pieds nus  ? Quelle est cette forme ronde qui rebondit de toile en toile, rassurante comme un ballon, inquiétante comme une tête aux orbites vides, clownesque quand elle arbore un nez rouge  ? Qui nous expliquera cette défense d’éléphant en forme d’ogive  ? Il suffirait de se retourner et de poser la question à l’artiste. La tentation est réelle mais s’envole face à son sourire silencieux et à ses yeux rieurs. La compréhension du cœur est forcément la meilleure.
MLD
Jörg Hermle

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