Patrick Neu à Paris – En matière de poésie

Patrick Neu, photo André Morin, ADAGP

Dans le cadre de sa saison estivale, le Palais de Tokyo consacre, jusqu’au 13 septembre, une exposition monographique aux œuvres poétiques de Patrick Neu. Le travail virtuose de l’artiste alsacien invite à une réflexion sur la temporalité et l’instabilité à travers un dialogue poétique et délicat.

Du cristal au papier en passant par les cendres ou bien encore le corps d’animaux, l’ancien pensionnaire de la Villa Medicis (1995) aime jouer avec les matières. Tout en profondeur et en finesse, le travail de Patrick Neu est une invitation à pénétrer une nouvelle dimension, à s’interroger sur la mémoire du monde. En pénétrant dans la salle qui lui est consacrée, le visiteur découvre une série d’iris peints à l’aquarelle, année après année lors de la floraison, qui reflète cet épanouissement éphémère propre au vivant. Un peu plus loin s’offrent au regard des ballons de vin aux parois couvertes de noir de fumée  ; en s’approchant de plus près, il est possible de distinguer des corps tracés minutieusement dans la suie. Autant de personnages qui en appellent à l’histoire, évoquant les univers de Rubens, Bosch ou encore Holbein… Non loin, des vitrines enduites de ce même noir de fumée deviennent lieu de croisement entre la vie, la mort, son lot de tentations et de plaisirs en référence au jardin des délices de Bosch, justement. En détournant les techniques traditionnelles, Patrick Neu s’approprie notre histoire collective et s’interroge avec audace sur le processus de l’oubli et de la mémoire. Au centre de la salle, trône une armure de samouraï imposante  ; là encore, la matière intervient subtilement en posant le contraste entre force et fragilité  : le cristal est en effet la composante essentielle de la cuirasse. «  J’inverse les matériaux, les usages. Le cristal pour moi est à la fois coupant, lourd, fragile et transparent. () Et son utilisation, par exemple pour un objet guerrier, me permet d’ouvrir le champ des interrogations. ». Edifiant un véritable musée de l’évanescence, Patrick Neu nous livre une œuvre périlleuse et éclatante de modestie. Complices, les matières, dimensions et formes s’entremêlent  ; en témoignent ces pattes de moineau moulées dans le métal côtoyant l’imposante sculpture de l’homme en cristal et noir de fumée. L’artiste nourrit les contrastes. Il étonne, surprend, pour figer la vie de la plus belle des manières.

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