Céleste Boursier-Mougenot à Paris – De l’expérience au rêve

Céleste Boursier-Mougenot investit les murs du Palais de Tokyo jusqu’au 13 septembre avec une installation impressionnante. L’artiste – actuel représentant de la France à la Biennale de Venise –, propose d’appréhender à Paris un phénomène qui ne touche habituellement que la lagune vénitienne  : l’acqua alta (hautes eaux). Une période d’inondation qui s’affronte en barque, ici comme là-bas  ! Préparez-vous à un parcours au cœur de sensations aussi inhabituelles qu’étonnantes.

La saison estivale bat son plein au Palais de Tokyo. Parmi les expositions à découvrir, l’installation de Céleste Boursier-Mougenot est la plus imposante. Située au sous-sol, acquaalta investit à elle seule un espace de 1 500 m2. Dans une obscurité très étudiée, l’artiste propose une promenade sur un plan d’eau artificiel aménagé pour l’occasion. Chacun peut donc prendre une barque pour un voyage poétique et ludique. Un projet ambitieux à la hauteur de celui qui représente actuellement la France à la 56e Biennale de Venise. L’univers de la ville italienne s’invite donc à Paris pour un été avec cette «  inondation  ». Au programme, une balade rythmée par un son assourdissant qui habite tout l’espace, plongé dans un noir opaque. Grâce au «  zombiedrone  », dispositif technique permettant de capter et de retranscrire les mouvements, les murs s’animent. Ainsi, nos silhouettes se retrouvent affichées aléatoirement ici et là par la magie d’une lumière fluorescente. Cette technologie, déjà utilisée par l’artiste, est une métaphore de ses motivations  : l’étude du vivant est récurrente dans ses travaux.

L’œuvre propose un nouveau format d’exposition, à la fois original et inédit, que Céleste Boursier-Mougenot emploie comme toujours à des fins expérimentales. La découverte se veut très sensorielle, sollicitant la vue, l’ouïe et le toucher. L’artiste tente de mettre les observateurs face à leur ressenti, se cantonnant, d’après ses propres termes, à un rôle de médium. Les références sont nombreuses, particulièrement en lien avec la mythologie grecque  : certains compareront cette curieuse navigation à la traversée du Styx, d’autres au périple d’Ulysse contraint, notamment, de résister au chant des sirènes. L’idée de reflet, à la fois présente dans l’eau et sur les murs, évoque également le mythe de Narcisse. La dramaturgie rappelle enfin La Nuit du Chasseur, film tiré d’un livre de l’écrivain américain Davis Grubb (1919-1980), relatant la fuite d’enfants à l’aide de barques. La présence du visiteur est mise en scène et correspond à une volonté bien précise de l’artiste, qui encourage souvent celui-ci à devenir acteur de la proposition qu’il découvre. Le plasticien et musicien explique  : «  En arrivant dans cette installation, chacun devient un signal. Il y a aussi cette notion de flux continu du vivant et donc du mouvement que j’ai essayé de transmettre.  » Ces différents flux – les visiteurs, l’eau, le son, la vidéo – sont donc interconnectés, formant le fil conducteur de la manifestation. Le voyage se conclut sur une «  île  » où les explorateurs peuvent s’allonger pour un moment de contemplation, passant ainsi de l’expérience au rêve.

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