Babel à Lille – Tours et détours

Jakob Gautel, photo MLD

Cet été, Babel est à l’honneur au palais des Beaux-Arts de Lille. L’institution, qui s’adonne à l’art contemporain depuis peu, présente 85 œuvres qui explorent le mythe d’une des plus célèbres tours de l’histoire.

Au pied de l’escalier, l’œuvre s’impose. Hypnotisé par tant de matière, le regard s’accroche aux aspérités de la toile, s’enfonce dans l’histoire tumultueuse de cette terre nuageuse et lumineuse à la fois. Emergence ou fin d’un monde  ? L’esprit rebondit, agile. Il joue à s’égarer dans un dédale de réminiscences. Fertile Crescent d’Anselm Kiefer est un monument. Tant par sa superficie, près de 20 m2, que par sa puissance. Difficile d’imaginer plus prestigieuse ouverture pour une exposition. Parmi toutes les invitations estivales, celle du palais des Beaux-Arts de Lille caracole en tête. Babel présente 85 œuvres (peintures, sculptures, photographies, installations, dessins et vidéos) qui déclinent autant de visions contemporaines du mythe babélien. Elles explorent toutes ses facettes et utilisent tous les détails de son édification et de son imaginaire destruction. «  Pour les artistes contemporains, le mythe conserve tout son sens, non comme parabole religieuse, ni comme fait historique, dont la véracité est depuis longtemps transformée par l’affabulation de l’homme, mais comme fable universelle que les hommes lient à l’histoire collective. Babel est toujours d’actualité. Elle se réalise sous nos yeux quand les mégalopoles poursuivent leurs courses vers les sommets, quand le langage web devient le nouvel esperanto qui relie les hommes en une seule communauté d’internautes. Du village global au réseau mondial, de la crise internationale aux bouleversements climatiques, Babel illustre l’évolution incontrôlable du monde présent  », explique Régis Cotentin, commissaire de l’exposition.

Dans une grande salle divisée en plusieurs espaces, le visiteur se déplace librement, secondé efficacement par des médiateurs. En ce samedi matin, un bus d’amateurs d’art anglais a fait halte dans la capitale des Flandres. Organisés et équipés, ils sillonnent l’exposition avec sous le bras un petit pliant  ! Chacun à son rythme profite d’une contemplation confortable de ses pièces préférées. Beaucoup de travaux photographiques aux cimaises  : des toujours spectaculaires hyperphotos de Jean-François Rauzier aux superbes photomontages d’Eric De Ville. Dessins, vidéos et peintures se succèdent autour des œuvres phares de la manifestation, «  véritables totems  » selon l’expression de Jean-Marie Dautel, attaché de conservation à la Ville de Lille. Deux tours et une suspension jouent les rôles principaux  : la Tour Bruxelles de Wim Delvoye qui domine l’ensemble de ses quelque cinq mètres de hauteur, La Tour (Tour de Babel) de Jakob Gautel, probablement l’œuvre la plus «  manipulée  » de l’exposition – pièce hélicoïdale composée de 15 000 ouvrages – et Le Monde en forme d’histoire tissée (version 2 – La Goutte) de Gilles Barbier, pelote exubérante de phrases entremêlées accrochée au plafond. Non loin, l’œil est attiré par Les souffrances du jeune Kafka, illustration réalisée pour Le Petit Robert par François Schuiten. Si Babylone semble bien éloignée des préoccupations de l’écrivain totalement absorbé par la lecture d’un ouvrage, l’esprit s’envole à la vue de ce dessin fantastiquement minutieux et libérateur d’imaginaire en diable. Une qualité commune à tous les grands mythes.

Eric De Ville
La Tour de Bruxelles, œuvre issue d’une série de six@photographies couleurs@(140 x 140 cm), Eric De Ville, 2008

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