Mark Dion – L’arpenteur des océans

Crédit Photo: NMNM, Musée océanographique et Mauro Magliani & Barbara Piovan

Esquivant l’effervescence des préparatifs du Grand Prix de Formule 1 de Monte-Carlo, je me dirige vers le rocher monégasque pour découvrir l’autre évènement majeur du moment en principauté. Culturel, celui-ci. Successeur de l’exposition de Damien Hirst de l’été dernier, Oceanomania : Souvenirs des Mers Mystérieuses présente une série d’installations de Mark Dion au Musée océanographique et à la Villa Paloma, l’une des entités du Nouveau musée national de Monaco. Marquée par l’achèvement du recensement de la vie marine, qui s’est déroulé sur une dizaine d’années, et la catastrophe causée par l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique, l’«  actualité des mers  » 2010 a alimenté la réflexion de l’artiste américain  : ses créations mettent l’accent sur les contradictions de l’homme qui tantôt célèbre et classifie la nature, tantôt la pille et la détruit.

Crédit Photo: NMNM, Musée océanographique et Michel Dagnino
Détails, du Cabinet de curiosités de Mark Dion.

Surplombant les flots scintillants de la Méditerranée, le majestueux édifice du début du XXe siècle abritant le musée est à la démesure du monumental cabinet de curiosités réalisé par le plasticien. Constituée pour partie d’une sélection à la fois minutieuse et éclectique issue des collections permanentes du musée, l’exposition accueille les visiteurs au second étage.

Depuis plusieurs années, Mark Dion explore la notion de collection et ses modes de présentation. Au cœur de ses recherches non pas la nature, mais plutôt l’idée de nature qu’il aborde à travers une tentative de déconstruction et de détournement des codes visuels et idéologiques qui formatent notre connaissance. S’affranchissant de toute classification ou catégorisation scientifique et muséale, l’œuvre dévoile un univers à la fois merveilleux et effrayant où un ours polaire côtoie une tête de morse femelle, dans lequel divers spécimens d’animaux naturalisés, pour certains disparus, surplombent l’un des premiers scaphandres ou une monstrueuse sirène empaillée ramenée du Japon… Dans les salles adjacentes, l’artiste a disséminé parmi les collections du musée une douzaine de pièces pour la réalisation desquelles il a endossé tour à tour l’habit de l’archéologue, de l’explorateur naturaliste, ou encore celui du biologiste. Jouant de ces différents camouflages, entre science et art, son travail reflète un regard à la fois grave et léger, désenchanté et utopiste, dubitatif et admiratif. Sur le ton de la parodie, chaque pièce prend valeur de symbole de l’extinction des espèces et de la représentation que cette dernière engendre.

Crédit Photo: NMNM, Musée océanographique et Michel Dagnino
Détails, du Cabinet de curiosités de Mark Dion.

A la Villa Paloma qui jouxte le jardin exotique, Mark Dion réunit les œuvres de 20 artistes, toutes générations confondues, qui, tous, appréhendent l’océan comme un territoire d’exploration et de découverte. Un ensemble qui ne manque pas de souligner l’intervention humaine sur le monde marin, dont l’immensité tend à masquer sa vulnérabilité. Le pirate de Peter Coffin, les yeux rivés vers le large, trône sur l’esplanade tandis que le Totem de Cousteau d’Ashley Bikerton accueille le visiteur pour un voyage au cœur des fonds marins emplis d’étrange et de merveilleux. Avec appréhension, on se glisse dans la cheminée de David Casini pour découvrir l’installation Planète bleue, microcosme futuriste maintenu en vie artificiellement par des machines. A l’étage supérieur, plongé dans la pénombre et installé sur un canapé douillet, vous pouvez découvrir trois films projetés en boucle de Man Ray et de Jean Painlevé. A défaut de citer toutes les œuvres, ne manquez pas celle où Mark Dion joue le flibustier et plonge le spectateur dans la ténébreuse légende du pirate Davy Jones, mi-homme, mi-monstre.

Courtesy in situ/Fabienne Leclerc Paris, Crédit Photo: NMNM, Musée océanographique et Mauro Magliani & Barbara Piovan
Flamingo & The Tar Museum – Heron,, Mark Dion, 2002 & 23006
Courtesy : Murderme - Crédit Photo : NMNM et Mauro Magliani & Barbara Piovan
Vue d’exposition à la villa Paloma, Orange Shark, Ashley Bickerton et@ Study for well known, Rosemarie Trockel, 2008

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