Mécénat – Pommery fait pétiller des statues de sel

A 30 mètres sous terre, les crayères gallo-romaines de la prestigieuse maison de champagne accueillent les sculptures de sel de Jean-Pierre Formica. Pour le plasticien, que fascine le processus de vie ou de mort de ses œuvres, cette immersion dans l’antre des grands crus champenois lui révèle, impromptue, une seconde vie.

Des Expériences, c’est ainsi que chez Pommery, on désigne les expositions monumentales d’art contemporain financées par la maison de champagne* depuis 2004. C’est par dix degrés à peine et 30 mètres de profondeur, après avoir descendu 118 marches, que les visiteurs découvrent l’Expérience #7. Jusqu’au 26 août, les sculptures de sel de Jean-Pierre Formica investissent les crayères gallo-romaines du domaine Pommery où reposent des millions de bouteilles de brut en attente d’être expédiées vers New York ou Shanghai.

Quelques jours après le vernissage de l’exposition, l’artiste n’en revient toujours pas. « Lorsque j’ai accepté cette expérience, je pensais que mes œuvres disparaîtraient très rapidement au contact de cette humidité et je m’aperçois que non. Elles vivent une nouvelle vie, différente de celle qu’elles auraient vécue si je les avais laissées sécher au soleil. C’est même émouvant de les voir se rapprocher de l’aspect qu’elles avaient en sortant de l’eau. Cette surprise que m’a réservée la nature me donne un nouvel élan pour mon travail. », s’enthousiasme Jean-Pierre Formica avec l’accent du Sud dont il est originaire.

Depuis une dizaine d’années, l’artiste veille jalousement sur ces rencontres fortuites entre l’eau et le sel, et l’imprévisible métamorphose qui en découle. Il immerge sans façon mannequins et autres têtes de morts dans les Salins du Midi et « plonge régulièrement pour les surveiller », précise-t-il. Des moments mis en scène et parfois filmés, qui se muent en véritables happenings. Puis il laisse le temps faire son œuvre.

L. Formica

A l’origine de sa rencontre avec les époux Vranken, nul dîner mondain, mais une simple coïncidence géographique : l’atelier de Jean-Pierre Formica à Aigues-Mortes jouxte le vignoble de Listel (propriété de la famille Vranken). « Nous fonctionnons à l’instinct dans nos décisions », affirme Nathalie Vranken, qui gère toutes les actions de mécénat chez Pommery.

Pour les précédentes expériences, elle avait désigné des commissaires libres de recruter les artistes de leur choix autour d’un thème (L’emprise du lieu, L’idiotie, Supernova, etc.). Certaines expositions ont rassemblé jusqu’à 50 artistes. Une aubaine pour les créateurs bénéficiant d’un lieu d’exception mais aussi d’un public estival de près de 50 000 visiteurs. Tous ne sont évidemment pas férus d’art contemporain ; nombre d’entre eux viennent surtout pour découvrir l’histoire de la maison et profiter de la dégustation à l’issue de la visite.

Devant le succès de ces manifestations, Nathalie Vranken garde la tête froide. « Nous n’avons pas inventé le mécénat chez Pommery », confie-t-elle, et de rappeler que Louise Pommery l’avait initié à son époque en commandant, en 1882, quatre bas-reliefs monumentaux au sculpteur Henri Navlet pour magnifier ses crayères. Egalement passionnée d’art contemporain, elle acquiert, entre autres, Les Glaneuses de Jean-François Millet, tableau convoité par les Etats-Unis, et en fait don au musée d’Orsay.

Le groupe, qui mène aussi des actions de concert avec des musées et des institutions, est notamment l’un des principaux partenaires financiers du Printemps de septembre de Toulouse (l’ex-Printemps de Cahors). Un festival de création contemporaine qui s’apprête à fêter ses 20 ans et qui fera l’objet d’une rétrospective… au domaine Pommery à partir du 14 septembre.

* Propriété du groupe Vranken Pommery Monopole

L. Formica

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